07.01.2014

Si j’avais des Google Glass…

Texte de Catherine Bellaïde | Photos de DR
Les Google Glass, ces lunettes à  réalité augmentée équipées d'une caméra et d'un micro intégré, de tout l'attirail nécessaire pour surfer sur le web et de l'accès à  toutes les fonctionnalités Google seraient-elles la genèse d'un incroyable récit de science-fiction? Billet d'humeur un brin décalé et fantaisiste... Ou pas ?
Une sorte de prolongation de mon intuition s'est développée, une manifestation extrasensorielle, un observateur de signes...
Photo: DR

Je suis terrifiée, mortifiée, pétrifiée, stupéfiée par l’arrogance de cet incroyable outil d’investigation qui a le pouvoir de déshabiller, non pas les femmes comme dans la pub, mais les âmes. Une arme redoutable qui dévoile les individus, leurs habitudes, leurs vices, leur humeur, leur démence, leur indécence, leur essence et leur âme. Une carte d’identité virtuelle immédiate, instantanée qui se reflète comme dans un miroir. «Miroir dis-moi qui est la plus belle». Objet fantastique, mythique, mystique et onirique inscrit dans nos mémoires collectives. L’imaginaire de l’homme des années 80 en a rêvé et le génie de celui du -¨21ème siècle l’a créé. Les lunettes de nos super-héros : Terminator, Dark Vador, Neo et Iron Man ne sont plus une fiction mais une réalité.

 

Pour le meilleur et pour le pire, je suis donc devenue «bêta-testeuse». J’ai enfilé mon vieux perfecto, j’ai chevauché ma belle moto et je suis partie pour du vrai Gonzo. «Asta la vista baby». Un sentiment de toute puissance s’est alors installé en moi. C’était merveilleux, c’était fou, je me sentais comme un demi-dieu. Il suffisait que mes yeux se posent sur un objet, une personne ou mille lieux pour que mon cerveau, aidé de mon ami, «googly», analyse à  la vitesse grand V : je voyais ce que les gens ne voient pas, j’observais des faits improbables, je percevais un monde formidable, j’analysais tous les minables, je comprenais les grands sages, je savais tout sur tout. A chacune de mes pensées ou questions posées, une véritable encyclopédie s’affichait, guidait mes pas et éclairait ma destinée. Je m’éveillais au monde.

 

Soudain, je m’exposai à  quelques transformations. Une sorte de prolongation de mon intuition s’est développée, une manifestation extrasensorielle, un observateur de signes : ces petits signes de tous les jours qui orientent nos décisions, un sixième sens, un supplément d’âme, une toute-puissance exaltante, enivrante, fusionnelle avec la machine. Alors, j’ai commencé à  faire du journalisme instantané. J’ai vu, -¨j’ai pensé, «googly» l’a aussitôt écrit et publié à  travers toute la planète. Extase, jubilation et addiction. Des perturbateurs endocriniens commençaient à  m’influencer sur le traitement de mes informations.

 

J’ai aspiré, convoité, ambitionné et déambulé dans un monde désenchanté et anesthésié qui n’existait pas vraiment. Je me suis perdue, car ce n’était plus mon regard qui se posait sur le monde, mais la machine au potentiel infini qui était en train d’inventer et construire un monde d’un genre nouveau : virtuel, factuel -¨et superficiel. L’ivresse éphémère avait donc laissé place à  un goût amer dans mon existence de -¨simple mortelle, mais je retrouvais, peu à  peu, ma véritable essence.

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