Politique | 29.01.2014

L’avis des hommes : entre solidarité et responsabilité

Texte de Barbara Santos
Les femmes ne sont pas seules concernées par le financement de l'avortement. Les hommes ont aussi ont leur avis et leur mot à  dire. Tink.ch est allé à  leur rencontre.
Julien pense qu'au delà  de l'avortement, la contraception devrait être gratuite. "Les avortement de cesseront pas parce qu'on arrête de le financer" Patrick. Photos: Barbara Santos

«Oui, oui, oui à  l’avortement libre et gratuit ! » : bien que le slogan ait surtout été scandé par des voix féminines, de nombreux hommes ont également manifesté le 18 janvier dernier à  Lausanne contre l’initiative « Financer l’avortement est une affaire privée ». Tant du côté des partisans que des détracteurs, le remboursement de l’IVG par l’assurance maladie de base mobilise également la gent masculine. Tink a recueilli des opinions d’hommes sur cette initiative soumise au vote du peuple le 9 février prochain.

 

« Chaque Suisse doit contribuer »

Julien Nagel, 23 ans, étudiant en soins infirmiers

 

« Je m’oppose à  l’initiative par souci d’équité envers toutes les femmes, et parce qu’à  l’échelle de la société les IVG représentent des coûts infimes. Si cette initiative est reçue, le financement individuel de l’avortement toucherait toutes les femmes voulant avorter, mais pèserait beaucoup plus lourd sur les finances et la vie des femmes qui ont moins d’argent. Devoir s’occuper d’un enfant parce qu’on n’a pas eu le choix de le garder peut bouleverser toute une vie. Il est donc important que chaque Suisse contribue au financement de l’IVG en solidarité avec les femmes les plus précarisées. Au delà  du financement de l’IVG, il faut même aller plus loin en luttant pour la gratuité de la contraception. »

 

« La question devrait être traitée au cas par cas »

David Casasnovas, 34 ans, collaborateur vente et marketing

 

« Je ne suis ni totalement pour, ni totalement contre. Il faudrait légiférer de manière à  tenir compte des différents cas. Par exemple, lorsqu’une femme tombe enceinte après un viol, je pense que l’avortement devrait être remboursé puisqu’elle n’a pas choisi cette grossesse. A l’image d’une maladie, il s’agit d’une grossesse dont elle n’est pas responsable, les assurances sont là  pour ça. En revanche, lorsqu’une femme tombe enceinte parce qu’elle ne prend pas la pilule, notamment par peur des risques d’embolie pulmonaire, et n’utilise pas de préservatif non plus, c’est un choix de sa part. Dans ces cas-là , je suis contre le remboursement de la prestation par l’assurance maladie de base. Je connais une femme qui avorte pour la troisième fois en cinq ans, simplement parce qu’elle ne prend pas la pilule. En voyant cette femme qui avorte parce qu’elle ne prend aucune mesure sérieuse pour éviter les grossesses, j’ai envie que l’avortement ne lui soit pas remboursé pour qu’elle assume son choix. C’est donc une question à  laquelle il faut répondre au cas par cas.

 

Mais je suis aussi conscient que si les assurances maladie devaient traiter tous les cas individuellement, cela impliquerait une augmentation importante de personnel pour étudier les dossiers, enquêter et décider. Du coup, l’économie de coûts qu’on voudrait réaliser en arrêtant de rembourser l’avortement se répercuterait ailleurs. Ce questionnement survient en raison d’une minorité qui abuse, à  l’image de l’aide sociale et de l’assurance invalidité. Le risque est alors qu’on arrête de payer des prestations à  des gens qui en ont réellement besoin parce qu’on soupçonne tout le monde d’abuser du système. »

 

« Nous devons nous soutenir »

Patrick Bapst, 25 ans, enseignant de latin

 

«Si cette initiative passe, les premières victimes seront les personnes les plus vulnérables, celles qui ont de faibles moyens financiers. Les avortements ne cesseront pas, et les femmes sans moyens de prendre en charge un avortement supporteront des conséquences socio-économiques telles que la pauvreté ou la mise à  l’écart. Quant aux femmes qui décideront de procéder à  un avortement en dehors des cadres légaux, elles risqueront des conséquences médicales graves. Le principe de l’assurance maladie est basé sur la solidarité, c’est un système social où on ne doit pas se demander qui est responsable de quels coûts. Si on s’en tient à  la réflexion du comité à  l’origine de l’initiative, alors il faudrait aussi forcer les cancéreux qui ont fumé pendant des années à  payer leurs propres soins et à  faire une chimiothérapie maison pour se soigner s’ils n’en ont pas les moyens. On est une société solidaire et on doit se soutenir. »