Culture | 18.01.2014

Aso Mohammadi : le briseur de codes

Des confins de l'Irak au quartier de la Bourdonnette, Aso Mohammadi, jeune photographe de 23 ans exprime, dans l'exposition Folon, l'éclectisme d'un univers personnel riche et créatif. Jusqu'au 28 février, son travail est mis en valeur grâce à  l'atmosphère intimiste de la salle d'exposition des Docks de Lausanne.
Le travail d'Aso Mohammadi est exposé jusqu'au 28 février aux Docks de Lausanne.
Photo: Joan Plancade Deux photographies réalisées par l'artiste. © Aso Mohammadi

Réalisée sur plusieurs années, la quarantaine de clichés de l’exposition Folon recèle d’éléments du parcours atypique qui a mené Aso Mohammadi de son Kurdistan natal jusqu’en pays vaudois. De ses voyages et retours aux sources, la photographie de militaires américains accompagne la représentation d’un jeune kurde armé. Pourtant, l’oeuvre ne bascule pas dans le militantisme politique. On sent d’avantage chez l’artiste un goût pour les parallèles et le mélange des genres.

 

De fait, ses influences s’étendent au delà  de sa double origine. Pour dénommer son exposition, Aso Mohammadi reprend un titre du chanteur Selif Keita. Auparavant, il s’était déjà  inspiré d’un autre artiste malien, le photographe Malick Sidibe, pour produire avec Nicolas Caviedes la série « People from the west ». Avec Folon, l’auteur marque à  nouveau sa prédilection pour le portrait en noir et blanc et les jeux de clair-obscur.

 

Contrastes

On s’arrête devant la représentation du visage d’une femme, voilé de noir et ceint de perles blanches. On saisit immédiatement le contraste entre sobriété et apparat, entre Orient et Occident, particularité qui a fait connaître l’auteur. Mais au delà , l’expression de ce visage  intrigue et suscite l’émotion. Surprise ? Douleur ? L’expressivité très marquée des portraits et le goût de l’artiste pour l’ornement confinent parfois à  la violence, mais une violence suggérée, dénuée de morbide. Les pointes croisent souvent la peau, le métal la chair, participant à  l’esthétique excentrique et très personnelle d’Aso Mohammadi.

 

Son univers proche

Par l’absence de légende, laissant libre cours à  l’interprétation de chacun, l’artiste traduit son approche presque instinctive de la photographie : une approche qui se retrouve dans le choix des lieux et des modèles. Cette femme voilée, c’est sa mère ; le jeune kurde armé, son frère ; lui-même se met en scène à  deux reprises dans l’exposition. Aso Mohammadi puise ainsi son inspiration dans son environnement proche, mis en scène à  la lueur de son imaginaire.

 

L’exposition Folon est un melting pot culturel, où le paysage côtoie le portrait, la modernité la tradition, et la couleur, le noir et blanc, avec ces effets de contraste parfois provocants qui sont la griffe même de l’artiste.  Une exposition souvent surprenante, parfois dérangeante mais en tout état de cause difficilement classable.

 

 


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