20.12.2013

Tu lis-tu? Le prix unique du livre au Québec

Texte de Marion Malique
Au Québec, le prix unique du livre fait parler de lui. La preuve avec deux exemples récents et une interview audio.

Commençons par le cas de la librairie à  donner. Cette histoire, aussi incroyable soit-elle, commence rue Maguire à  Québec dans la librairie L’Ancre des mots. Gaétan Genest, libraire et propriétaire depuis 27 ans, a accumulé près de 40 000 livres dans sa librairie et dans son entrepôt – c’est-à -dire chez lui. Les années passent et le métier de libraire ne lui permet plus de survivre. Non seulement il ne gagne pas assez pour subvenir à  ses besoins, mais il ne gagne pas assez pour garder sa librairie. La seule solution pour s’en sortir c’est de donner sa librairie, et les livres à  l’intérieur, à  quelqu’un qui saura en prendre soin. [« Librairie à  donner », La Presse, Le Soleil, article de Mylène Moisan, 25 septembre 2013]

L’histoire de Gaétan Genest a touché les gens. Dans les jours suivants, beaucoup de lecteurs se sont précipités dans cette petite librairie pour soutenir le libraire. D’autres se sont présentés pour proposer de reprendre la librairie. Gaétan a décidé de prendre le temps nécessaire pour trouver le candidat idéal. Dès le début il annonçait « à  donner sous conditions ». Ce qu’il aimerait c’est qu’un groupe d’étudiants décident de reprendre l’affaire, il serait prêt à  les aider à  se lancer. Ce sont justement les jeunes qui le surprennent le plus dans toute cette histoire, bien qu’ils aient peu d’argent, ils viennent et lui achètent des livres en lui donnant plus que le prix affiché, pour l’aider. [« Une « bouffée d’amour » pour la librairie L’Ancre des mots », La Presse, LE Soleil, article de Marie-Pier Duplessis, 29 septembre 2013]

Pour la suite, c’est l’histoire du dernier roman de Michel Tremblay « Les clefs du Paradise » qui a retenu mon attention. Michel Tremblay est un des auteurs les plus lus au Québec, chaque nouveau livre est un best-seller. Son éditeur, Léméac, avait convenu d’un accord avec Costco permettant l’aquisition des nouveautés de Michel Tremblay quelques semaines après la sortie en librairie. De cette manière, les librairies indépendantes bénéficiaient d’un petit avantage pour promouvoir le livre et le vendre dès sa sortie avant d’être, par la suite, concurrencées par les grandes surfaces. Cependant, pour le dernier roman de l’auteur québécois, Costco a demandé à  Léméac de ne pas tenir compte des délais habituels et de leur permettre une mise en rayon le jour de la sortie. En essayant de faire pression sur l’éditeur, Costco a menacé de résilier sa commande de 6000 livres en cas de refus. D’un commun accord, Léméac et Michel Tremblay ont décidé de ne pas céder au chantage en acceptant de faire une croix sur les 6000 ventes garanties dans la grande surface. [« Bras de fer entre Costco et Michel Tremblay », Le Devoir, Catherine Lalonde, 9 novembre 2013]

Ce que l’on doit retenir de cette histoire, c’est que, pas après pas, le mouvement prend de l’ampleur. C’est notamment grâce à  des gestes comme celui-là  que les choses vont changer. En profitant de sa notoriété pour faire parler de l’affaire, Michel Tremblay donne un coup de pouce au mouvement « Sauvons les livres ». Il n’est pas le seul, La Pastèque, après une mauvaise expérience de mise en vente en grande surface avec L’appareil – livre de cuisine – a décidé de sortir de la grande distribution. Frédéric Gauthier nous en parle dans la suite de l’entrevue, à  écouter en podcast dans cet article.