Culture | 06.12.2013

Le Montreux Comedy Festival au carrefour des cultures

Texte de Joëlle Misson | Photos de Joëlle Misson
Ils l'avaient annoncé, ils l'ont fait. Le 5 décembre, huit comiques suisses ont foulé la scène du Montreux Comedy Festival, lors du gala d'ouverture, et ont chacun «adopté» l'un des sept humoristes français présents.
Cuche et Barbezat avec leur "filleul" Verino et le Père Noël lors du gala d'ouverture "adopte-un-français.com".
Photo: Joëlle Misson

Jeudi soir à  l’Auditorium Stravinski de Montreux, le duo suisse Cuche et Barbezat ouvre le bal avec légèreté et sympathie. Barbezat déboule en ski, et s’installe sur scène : il place deux échelles enchevêtrées l’une dans l’autre – une à  la verticale, l’autre à  l’horizontale – pour créer une «piste» de ski. Pendant ce temps, Cuche occupe le premier plan et s’amuse à  faire rire les spectateurs par de simples mouvements de bras: «Vous voyez, c’est facile de faire de l’humour, je ne fais presque rien là …». Les rires sont en fait provoqués par le numéro d’équilibriste auquel est en train de se livrer Barbezat sur son échelle, qu’il termine, soit dit en passant, en beauté. Epique.

 

L’humoriste français qu’ils ont la charge de présenter ne l’est pas moins. Le jeune Vérino donne directement le ton de cette cérémonie d’ouverture intitulée « adopte-un-français.com »: les Suisses… et les Français. Le jeune comique s’émerveille, avec humour, de la ponctualité suisse et raconte ses déboires: «Je devais jouer en Tunisie et à  mon arrivée à  l’aéroport, personne n’était là . J’ai appelé le gars, il m’a dit: ‘j’arrive dans 15 minutes ouallah’. C’est là  que j’ai compris que les minutes « ouallah » étaient légèrement plus longues que les minutes normales…» Eclats de rires dans la salle. En Suisse, c’est une toute autre expérience qui inspire son sketch: «Une fois, on est arrivé vers moi affolé parce que le spectacle ne pourrait pas commencer à  l’heure prévue, 20h30, à  cause de la neige. J’ai dit: ‘ok pas de problème, je dois me tenir prêt pour quand?’ ‘Plutôt 20h33…’» Son air désabusé provoque une nouvelle levée de rires et le son des gorges déployées embaument cette soirée de fin d’automne et la réchauffent.

 

Les Suisses, les Français… et les Genevois

Mais entre les Français qui parlent des Suisses et l’inverse, il y a aussi les Suisses qui parlent des Suisses. Le Lausannois Nathanaël Rochat, lui, se complaît dans sa situation d’humoriste local et modeste: «Je n’aime pas partir loin. La dernière fois, je me suis rendu en vacances à  Leysin. J’ai réalisé que je n’avais vraiment pas voyagé assez loin lorsqu’on m’a proposé une excursion à  Lausanne» [son lieu de résidence, ndlr].

Les Genevois aussi en ont encore pris pour leur grade, à  cause de leur sempiternel côté français. Nathanaël Rochat a choisi de s’en servir pour illustrer une fois de plus la «gueguerre» qui sévit entre la ville du bout du lac et le chef-lieu vaudois: «J’étais à  Genève et j’ai donné une pièce à  un mendiant rom. Là , un gaillard est arrivé vers moi en me hurlant dessus: ‘non il ne faut pas leur donner d’argent, après ils viennent tous ici!’ J’ai répondu: ‘ben justement, j’habite Lausanne…’»

 

Le très attendu Norman récolte aussi son succès en parlant de son chat – comme dans ses vidéos. «On me demande souvent si le chat dans mes vidéos est mon vrai chat. Non, non… C’est un comédien de l’agence des chats comédiens bien sûr…» Et les rires fusent. «Maintenant, ce qui est cool avec internet, c’est qu’on reconnait ma tête dans la rue. Mais les gens ne se rappellent pas toujours de moi. L’autre fois on m’a interpellé et on m’a dit: ‘hé euh…! C’est toi… internet !’ Oui… Je m’appelle internet et voici mon ami wi-fi». Il a aussi repris quelques sketchs de ses vidéos comme celui sur le «ouais» aspiré. Peut-être parce que Norman était très attendu, son apparition n’a semblé durer qu’un court instant.

 

Marie-Thérèse Porchet n’a pas joué le meilleur de ses sketchs mais sa réputation n’est heureusement plus à  faire, et Constance n’a pas récolté la faveur de tous avec son éducation sexuelle. D’ailleurs, ils sont nombreux à  avoir omis la subtilité concernant le sexe et les drogues. Al’exception de Noman Hosni qui a su manier son sketch sur le cannabis – «en Suisse le cannabis t’as le droit d’en fumer, mais t’as pas le droit d’en acheter, ni d’en vendre!» – et sur les «gosses» du Québec avec brio.

 

Yann Lambiel a clôturé avec Les 4 sans voix, sa troupe d’imitateurs de talent belges, suisses, français et québécois. La soirée s’est ainsi terminée en musique pour faire le plein d’émotions. Tous les humoristes sont finalement revenus sur scène et chaque français «adopté» a reçu un cadeau de la part du Père Noël. Il règne comme une ambiance féerique sur Montreux jusqu’au 10 décembre.