18.12.2013

France: les tatouages perdent leurs couleurs

Le 1er janvier 2014, un arrêté entrera en vigueur en France interdisant la plupart des encres de couleur pour les tatouages. Une pétition contre cette décision a été lancée. Le débat est posé: ces encres sont-elles dangereuses? Pourquoi une telle mesure a-t-elle été prise en France? Pourrait-on voir arriver la même chose en Suisse?
Dès le 1er janvier, les tatoueurs français ne pourront plus utiliser la plupart des encres de couleur qu'ils manipulent actuellement.
Photo: Sabrina Gonstalla / pixelio.de

A partir du 1er janvier 2014, neuf encres de tatouage sur dix seront interdites en France. Seuls le noir, le blanc, le gris, le vert et le bleu – dans des teintes limitées – seront désormais autorisés. Pourquoi? Dans un arrêté du 6 mars dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) mettait en avant le fait qu’aucune législation n’encadre les encres de couleurs pour les tatouages. Pour les médicaments ou les colorants alimentaires, des normes européennes strictes sont mises en place afin de garantir la sécurité et la qualité des produits; mais un flou entoure les encres à  tatouer. L’arrêté prévu n’est donc pas un interdit définitif de la couleur dans les tatouages: il s’agit juste de laisser le temps aux experts d’effectuer tous les contrôles nécessaires. Car, d’après l’ANSM, certains composants actuels des encres de tatouages sont allergènes, voire même cancérigènes. Nicolas Kluger, dermatologue spécialisé dans le sujet, précise: «le gouvernement s’est basé sur une liste de produits interdits dans les cosmétiques. Le raisonnement est le suivant: si ces produits sont toxiques appliqués sur la peau, ils le sont peut-être aussi dans la peau».

 

Les passionnés sont vert de rage

Une décision préventive qui a fait bondir les tatoueurs et les tatoués. «On nous fait le coup du principe de précaution alors qu’on continue à  vendre du tabac cancérigène!», s’insurge Tin-Tin, président du syndicat français des artistes tatoueurs. Et il n’est pas le seul à  avoir signé la pétition lancée il y a quelques semaines par Jim Appey, un étudiant en informatique de 20 ans. Le jeune homme ne s’attendait pas à  un tel succès: en peu de temps, plus de 150’000 signatures ont été recueillies. «Cela m’a pris un moment à  réaliser l’ampleur prise par cette pétition», confie-t-il. Il ajoute, à  moitié satisfait: «Cela prouve à  l’Etat français qu’il n’y a pas que les 4000 tatoueurs français touchés, mais aussi des centaines de milliers de passionnés!». Mais malgré cette mobilisation exceptionnelle, il semble peu probable que le gouvernement français recule.

 

Une profession qui voit rouge

Dans le quartier des Halles de Paris, où les magasins de tatouages sont légion, les tatoueurs s’inquiètent: «les tatouages couleur représentent la moitié de mon chiffre d’affaires… Si le Gouvernement les interdit, je ne vois pas comment je pourrai garder mes quatre salariés», s’inquiète Yves, implanté depuis 24 ans dans la capitale.

 

En face, Driss n’est pas beaucoup plus rassuré: «la loi ne va pas protéger les clients, bien au contraire. Cela ne va pas les empêcher d’aller se faire tatouer… ». Selon lui, ces clients se rendront chez des tatoueurs clandestins, où la sécurité et les normes sanitaires ne sont pas contrôlées. Un risque supplémentaire, donc. Inès, étudiante de 19 ans, vient se faire tatouer pour la quatrième fois chez Driss et ne compte pas s’arrêter là : «Je passerai sans scrupules la frontière belge pour aller me faire tatouer, même si je trouve ça scandaleux d’en être réduit à  ça, comme si j’étais une criminelle».

 

Les tatouages en Suisse: peur bleue d’une contagion?

Les tatoueurs helvétiques risquent donc de voir affluer des français mécontents passer la frontière pour se faire tatouer. Mais qu’en est-il exactement de la situation en Suisse?

 

A priori, aucun risque de voir une telle mesure d’interdiction appliquée ici. Pourquoi? Tout simplement parce que le secteur du tatouage est déjà  sécurisé: les produits, leurs composants et leurs emballages, notamment, doivent être conformes à  la législation fédérale. L’Office fédéral de la santé publique explique: «suite à  une campagne de contrôle sur des couleurs utilisées pour le tatouage et le maquillage permanent en 2012, une «liste noire» de produits pour lesquels une interdiction d’utilisation a été émise a été publiée, afin d’aider les tatoueurs dans leur pratique quotidienne.» L’Office précise toutefois que cette liste se base uniquement sur les résultats de la campagne de contrôle et n’est pas exhaustive.

 

Sur la base de cette législation, les cantons effectuent régulièrement des contrôles pour vérifier que les tatoueurs sont en règle. On peut penser notamment à  la campagne importante mise en place par le laboratoire cantonal de Bâle-Ville en 2012-2013, qui a contrôlé de nombreux échantillons, pour découvrir finalement peu de fraudes.

 

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