Politique | 20.11.2013

La vignette qui fâche : tour d’horizon chez les étudiants et le co-voiturage

Texte de Raphael Fleury
Le 24 novembre, le peuple suisse votera sur l'augmentation de la vignette autoroutière. Qu'en pensent les étudiants et les sociétés de co-voiturage?
Le peuple s'exprimera au sujet du coût de la vignette autoroutière le 24 novembre. Photo : Raphael Fleury

Veut-on une vignette autoroutière à  100 francs ? La question fait débat. Et il s’agira pour le peuple suisse de trancher, le 24 novembre, lors des votations fédérales. Depuis l’introduction de la vignette autoroutière en 1985 et jusqu’en 1994, son coût s’élevait à  30 francs. En 1995, celui-ci a augmenté de 10 francs. Depuis lors, le sésame qui nous ouvre l’accès aux autoroutes coûte 40 francs. En cas d’acceptation de la modification de la loi, le prix de la vignette sera élevé à  100 francs. L’augmentation deviendrait effective début 2016, selon les prévisions.

 

Une augmentation acceptable ?

S’il est nécessaire de questionner les raisons qui poussent à  vouloir augmenter le coût de la vignette, une autre question se pose: passer de 40 à  100 francs est-il acceptable ? Selon le comité référendaire, la réponse est non. Il estime une augmentation de 150% abusive. Le Conseil Fédéral, lui, n’est pas de cet avis : il considère le montant de 100 francs relativement bas en comparaison internationale : « Les péages dus pour un seul voyage en France, en Italie ou en Espagne sont souvent plus élevés que le montant demandé en Suisse pour l’utilisation des routes nationales une année durant».

 

Qu’en pensent les jeunes usagers de la route ?

Quelques étudiants et travailleurs nous ont donné leur avis sur le sujet. A savoir si l’augmentation du prix de la vignette autoroutière les inciterait à  préférer les transports publics à  la voiture, aucun d’entre eux n’a donné de réponse affirmative. En revanche, si certains trouvent acceptable la hausse du prix de la vignette de 40 à  100 francs, d’autres la trouvent choquante. Selon ces derniers, une augmentation progressive aurait été préférable.

 

Mélissa, étudiante en psychologie à  l’Université de Neuchâtel, constate, comme d’autres personnes interrogées, un manque de transparence : « Même si on nous dit comment les recettes seront utilisées, on ne sait pas vraiment ce qu’il en sera », déplore-t-elle. Rappelons que les intentions du Conseil fédéral et du Parlement consistent à  améliorer le réseau des routes suisses et les recettes de la vignette autoroutière permettraient de mener à  bien ce projet. Il s’agirait essentiellement, d’une part d’intégrer quelque 400 km de routes cantonales dans le réseau des routes nationales, et d’autre part de compléter ce réseau par l’intégration de nouveaux tronçons.

Eliott, étudiant en sociologie dans la même faculté que Mélissa, estime que le montant de 100 francs demeure acceptable : « Même s’il s’agit d’une augmentation de 150%, nous restons dans des sommes relativement basses ». Jeanne, elle, étudiante en logopédie, donne son point de vue en tant que Française. L’augmentation la choque : elle la trouve d’autant trop brutale, que le réseau routier suisse la satisfait, aussi bien que l’état des routes. « S’il avait s’agi de relever le prix de la vignette de 40 à  70 francs – il en était question dans les débats –, j’aurais trouvé que la question aurait mérité réflexion, mais 100 francs, c’est abusif ». Jeanne sait cependant qu’il sera possible d’acquérir une vignette à  40 francs, limitée dans le temps à  deux mois. Une solution sur laquelle se rabattront les étrangers de passage. Pour sa part, Matt, vingt-cinq ans et travailleur dans le domaine de l’audiovisuel, estime cette augmentation tolérable, et ajoute: « logique au vu de l’augmentation annuelle des tarifs des CFF ». Ces derniers n’ont d’ailleurs pas voulu se prononcer sur le sujet.

 

 

Un problème pour les sociétés de covoiturage ?

Jean-François Wahlen est le président et fondateur de l’association e-covoiturage.ch, dont le siège est à  Assens. Est-ce que l’acceptation de la modification de la loi sur la vignette autoroutière aurait des conséquences fâcheuses pour le covoiturage ? Jean-François Wahlen est catégorique : « Absolument pas », répond-t-il, avant d’ajouter : « Au contraire, plus les frais sont élevés – et la vignette autoroutière fait partie de ces frais –, plus il est dans l’intérêt des usagers de la route d’avoir recours au covoiturage, puisque les frais sont partagés ». Le danger qui guette les sociétés de covoiturage, selon Jean-François Wahlen, ce n’est pas le coût de la vignette autoroutière, mais celui du carburant.

 

Si les avis divergent quant au prix acceptable pour la vignette autoroutière, il ne semble en tout cas pas être un critère déterminant dans le choix du moyen de transport.