Culture | 20.11.2013

Les humoristes français s’expatrient en Suisse le temps d’un festival

Du 4 au 10 décembre, le Montreux Comedy Festival fera rire ses foules. Au programme, le gala d'ouverture intitulé «adopte-un-français.com», les humoristes suisses au secours des français.
Jean-Luc Barbezat, du duo Cuche et Barbezat, est le co-metteur en scène du gala d'ouverture "adopte-un-français.com". Le duo sera également sur scène à  cette occasion.
Photo: Montreux Comedy Festival.

C’est la crise ! Et si dans ce climat de tension, les humoristes français étaient forcés de s’expatrier en Suisse, ce bel oasis de calme et de paix ? Etienne de Balasy, directeur artistique du Montreux Comedy Festival, s’en est amusé et a imaginé cette réalité pour la mise en scène du gala d’ouverture le 5 décembre à  Montreux. A cette occasion, les humoristes helvétiques tenteront de convaincre le public «d’adopter un français» comme on exposerait «un petit animal de compagnie dans une émission caritative télévisée».

Etienne de Balasy explique sa démarche : «En France, on ne peut plus allumer la télévision sans entendre parler de la crise. La France conserve ce petit côté arrogant face à  la Suisse et j’ai voulu en rire pour le spectacle» en tournant les Français en ridicule. Heureusement, le concept a été initié par un français d’origine [Etienne de Balasy, ndlr], comme s’en amuse Jean-Luc Barbezat, humoriste suisse et co-metteur en scène du gala d’ouverture. «Cela aurait été délicat de se moquer d’eux en initiant nous-mêmes, Suisses, l’idée».

 

Les humoristes et la crise

Plus sérieusement, existe-t-il vraiment une crise pour les humoristes français? «Pas du tout», insiste le directeur artistique. «Il y a même un renouveau évident, une nouvelle génération qui arrive», se réjouit Etienne de Balasy. Pour l’humoriste française Constance, au Montreux Comedy Festival les 3 et 4 décembre, en France il y a même «trop de spectacles et trop d’humoristes pour le nombre de personnes qui en demandent». Ce qui n’est pas le cas en Suisse. Pour Noman Hosni, humoriste d’origine française, «l’avantage en France, c’est qu’il est facile de jouer tous les soirs, chose plus compliquée en Suisse», où il vit depuis une dizaine d’années. Chez nos voisins, «tenir quatre ans avec un spectacle, c’est aisément faisable. Ici, après avoir tourné dans la douzaine de salles suisse romandes, il ne reste plus grand chose», complète Jean-Luc Barbezat. C’est ce qui pousse les humoristes de notre petite région francophone, à  devoir «se renouveler sans cesse et être créatif». Sinon il faut s’exporter.

 

Pas plus de crise en France qu’en Suisse, où le marché de l’humour, même petit, n’est pas à  plaindre. D’ailleurs, se faire connaître à  l’étranger ne semble pas la priorité des comiques suisses bien installés : «les Suisses sont comme ça, quand on est bien chez nous, pourquoi aller ailleurs ?», rit Jean-Luc Barbezat. Le célèbre humoriste du duo Cuche et Barbezat ne s’en cache pas : «Les humoristes suisses-romands ont un public qui se reconnait en eux. Ils montrent une immense qualité et une grande diversité». Contrairement au milieu cinématographique, le marché de l’humour helvétique pèse «plutôt lourd» face au français. Pas de soucis à  se faire, les Suisses auront toujours une Marie-Thérèse Porchet pour chatouiller leurs zygomatiques.

 

Se faire connaître rapidement

Cependant, on constate que les jeunes d’aujourd’hui «en veulent plus», et le stand-up, beaucoup plus en vogue qu’une quinzaine d’années en arrière, est souvent l’occasion de se faire remarquer pour glisser furtivement vers le milieu du cinéma. Etienne de Balasy l’affirme: «c’est une porte de sortie pour beaucoup qui promet un avenir brillant. En temps de crise, c’est l’eldorado». Noman Hosni, lui, considère l’humour comme une fin en soi, et non comme un passage forcément privilégié pour passer au grand écran.

 

La possibilité de se faire connaître rapidement, au moyen d’internet et des Comedy Club, constitue donc le plus grand changement de cette dernière décennie dans le milieu humoristique. «Aujourd’hui, on peut se faire remarquer avec un ou deux sketchs. Avant, il fallait s’imposer avec un spectacle entier», s’étonne Jean-Luc Barbezat. Plus difficile vous dites?

 

Suisses et Français: ou l’éternel «je t’aime, moi non plus»

Le stand-up et quelques sketchs, c’est d’ailleurs le concept du Montreux Comedy Festival, basé sur le modèle du Comedy Club. Durant sept jours, Suisses et Français se côtoieront sans distinctions. Et le gala d’ouverture intitulée «adopte-un-français.com», les humoristes de l’Hexagone ne semblent pas mal le prendre, comme en témoigne Constance: «C’est clair, en France, on possède tous les défauts et on est de mauvaise foi». Et puis tant mieux puisque «la première qualité d’un humoriste consiste à  savoir rire de lui-même», complète Barbezat. «Cela nous fera du bien de rire des Français, à  nous les complexés Suisses romands».