27.11.2013

« Les Autres » : une B.D. comme outil de prévention contre le suicide

Texte de Joëlle Misson | Photos de Joëlle Misson
Au mois d'octobre, l'association Stop Suicide a édité, en collaboration avec d'autres organismes d'aide et de prévention, une bande-dessinée préventive intitulée «Les Autres». Nous avons rencontré son auteur, le genevois J.-P. Kalonji.
Extrait de la bande dessinée. L'écoute y est mise en exergue pour accentuer son importance.J.-P Kalonji dans son atelier. Sur son bureau, les multiples planches originales de "Les Autres". Photos: Joëlle Misson
Photo: Joëlle Misson

«Eviter de tomber dans les clichés, c’était vraiment la ligne directrice de cet ouvrage», explique J.-P. Kalonji, auteur de la bande-dessinée «Les Autres», publiée par l’association Stop Suicide début octobre. Avant de se lancer dans l’élaboration du synopsis, le dessinateur a rencontré les représentants d’une bonne majorité des associations impliquées: «ce qui m’a frappé, et ressortait à  chaque rencontre, c’était la dimension d’écoute: nous sommes tous témoins et pouvons, au moins, écouter. C’est pourquoi j’ai orienté l’ouvrage là -dessus».

Eviter de tomber dans les stéréotypes

Pour l’orienter, il s’était vu remettre une feuille de route : elle comprenait les différents stéréotypes à  rayer des six histoires contenues dans l’ouvrage. Ces récits abordent des thématiques comme l’atteinte à  l’intégrité physique, psychique ou sexuelle, la boulimie et l’anorexie, la protection de la dignité sur internet, l’addiction aux substances, l’homosexualité et le suicide. «Les Autres» s’élève principalement contre le cliché très répandu selon lequel parler de ces problématiques encourage à  l’action. Malgré ces quelques «directives», «j’ai été très libre dans la réalisation», se réjouit J.-P. Kalonji.

 

«Je ne devais pas créer le jeune «type», et pour cela il faut sortir un maximum». Regarder autour de soi et s’inspirer de la vraie vie fait aussi partie du métier: «J’ai observé comment les jeunes s’habillent, se comportent…» Ensuite, le bédéiste effectue une sorte de casting : il crée plusieurs personnages, les choisit et leur attribue des rôles. Plusieurs des six histoires de l’ouvrage se déroulent à  Genève, mais aussi Lausanne ou Fribourg.

Outre sa thématique et son orientation préventive, l’une des particularités de la B.D. réside dans le choix des couleurs : chaque récit est un monochrome d’une teinte différente. A quoi correspondent-t-elles? «Elle rappellent le logo de chaque association concernée. Je trouvais le monochrome moins criard et tape-à -l’oeil». Pour un tel sujet, il s’agissait de laisser plus de place au propos qu’à  l’apparence. «Il ne suffit pas que ce soit beau, mais qu’il y ait du contenu».

«Célébrer la vie»

Si J.-P. Kalonji s’est lancé dans le projet, c’est aussi parce qu’il ne connaissait pas le sujet : «cela m’a beaucoup appris, notamment en ce qui concerne les problèmes rencontrés par les jeunes actuellement». Très heureux d’avoir apporté sa pierre à  l’édifice de cet outil de prévention, le dessinateur ajoute encore: «parler du suicide ne devait pas signifier la création d’un ouvrage macabre et larmoyant. Au contraire, il s’agissait de célébrer la vie».

«Les Autres» est pour l’instant uniquement distribué dans les écoles et chez les associations concernées par le projet : Association Boulimie-Anorexie, Action Innocence, Le Centre Lavi, Addiction Suisse, Totem et Stop Suicide. En moins de deux mois, plus de 2800 exemplaires ont été écoulés, sur 3000 imprimés, et des ré-impressions sont en projet. Pour Sophie Lochet, coordinatrice de Stop Suicide, cela prouve que la B.D. «répond à  un vrai besoin», en dépit d’une exposition médiatique minime. Et J.P. Kalonji de renchérir: «C’est bon de voir la reconnaissance des jeunes quant à  un tel projet et réaliser que cet outil peut réellement apporter une compréhension». Un projet numérique est même en discussion.