Politique | 20.11.2013

HNE : le Soap Opéra Neuchâtelois

Le 24 novembre, les Neuchâtelois voteront sur l'avenir de la santé publique dans leur canton. Deux objets rappellent à  la population que la problématique du HNE divise la région depuis des années. Entre querelles de clochers et intérêts financiers, quel avenir pour la médecine neuchâteloise ?
Deux objets de ce suffrage rappellent à  la population que la problématique du HNE divise la région depuis des années. Entre querelles de clochers et intérêt financier, quel avenir pour la médecine neuchâteloise ? Photo : Vincent Allemandet

Multi-site, site unique, médecins démissionnaires, problèmes d’effectif et de place, finances en berne … Depuis bientôt 15 ans, l’Hôpital cantonal Neuchâtelois est au cŠ«ur de toutes les tourmentes. Les votations du 24 novembre 2013 permettront, selon toute vraisemblance, de trouver une solution au problème qui court depuis 1999 : trouver une organisation pour le HNE.

Un référendum conteste trois options du plan stratégique défini par le Conseil d’Etat, et une initiative demande la réouverture des services de soins aigüs sur le site de Couvet (Val-de-Travers). Le sujet n’étant pas assez épineux, la rivalité séculaire entre le Haut et le Bas du Canton vient entacher le débat. Afin de comprendre les enjeux de ces votations, Tink.ch est allé à  la rencontre de divers intervenants de cette controverse.

 

Le salut par des options stratégiques…

Des options stratégiques, définies dans un rapport du Conseil d’Etat, visent l’organisation de l’Etablissement hospitalier multi-site cantonal (EHM) d’ici 2017. Au nombre de 17, elles ont pour but de centraliser les compétences des différents pôles de soins du Canton et d’assurer la pérennité du HNE à  moyen terme.

Trois de ces options stratégiques sont contestées par un référendum soumis à  votation populaire cantonale le 24 novembre: la création d’un centre de l’appareil locomoteur doté de nouvelles compétences en matière de chirurgie du rachis, la centralisation des services actuels grâce à  l’ouverture d’un centre de chirurgie ambulatoire sur le site de Pourtalès, et le déplacement d’un centre de chirurgie stationnaire (grosses opérations), actuellement à  Pourtalès, à  la Chaux-de-Fonds.

 

Des options stratégiques, oui, mais discutées !

Le collectif « Sauvons HNE », instigateur de ce référendum, avance plusieurs arguments: premièrement, l’hôpital le plus récent, Pourtalès, accueille des patients ambulatoires tandis que, celui de la Chaux-de-Fonds accueille les cas dits stationnaires. Le problème, c’est que l’hôpital de La Chaux-de-Fonds est moins bien équipé alors que l’inverse serait plus approprié puisqu’une plus longue hospitalisation nécessite plus de moyens. Ensuite, le problème de personnel (carence et spécialisation) conjugué à  des interventions complexes et à  risques sur deux sites distincts représenterait un danger potentiel pour les patients qui ne disposeraient alors pas du personnel et matériel nécessaire en cas de complications. Enfin, dernier point de discorde: la difficulté à  maintenir deux plateaux techniques en fonctionnement permanent.

 

Robin Erard, de l’association favorable à  ces options « Le Haut veut vivre« , réagit : « Cela est totalement infondé, le plan a été validé par de nombreux médecins, il n’y a aucun risque pour les patients. Nos opposants jouent sur la peur et je vous invite à  écouter ce qu’ils ont eu le culot de dire à  l’antenne lors d’un débat RTN il y a une semaine [débat du 6 Novembre au restaurant de la croisette au Locle, ndlr]. Vous verrez : s’ils s’opposent au plan c’est davantage pour un problème de confort qu’à  cause d’un problème de sécurité sanitaire ».

 

Du « multi-site » au « site unique »

L’adoption des trois options stratégiques dont il est question, synonyme de l’adoption d’un système multi-site, serait-elle viable à  moyen terme ? Robin Erard répond : « Nous le pensons en effet. La topologie du canton de Neuchâtel est ainsi faite qu’on y trouve deux centres urbains : Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds (sans oublier le Locle). Deux pôles urbains séparés par une montagne qui rend parfois les trajets difficiles, en particulier en hiver ». Il rappelle que La Chaux-de-Fonds est la troisième ville de Suisse-Romande après Genève et Lausanne : « Il est donc tout à  fait possible et normal de maintenir une solution multi-site  sur le Canton. Nous pensons que l’avenir est aux hôpitaux de proximité. La preuve: lorsque le secteur public (hospitalier) déserte une région, une clinique privée tente d’y récupérer des mandats de l’État. Cette centralisation ne fait en réalité que renforcer la privatisation rampante de la santé ».

Un avis loin d’être partagé par les opposants dont la demande, en raison de la démographie du canton, consiste à  placer le centre principal d’urgence à  Neuchâtel. Robin Erard ajoute : « Nous ne sommes toutefois pas opposés à  mener une étude sur la création d’un site unique. Cette solution avait d’ailleurs déjà  été évoquée par Madame Ory lors de son mandat. C’est seulement une fois cette étude menée qu’il sera possible de se forger une vraie idée ».

 

Une initiative oubliée

Avec 68 NON contre 9 OUI au Grand Conseil, une recommandation analogue du Conseil d’Etat et des initiants aux abonnés absents, l’initiative « pour une médecine de proximité » ne se porte pas au mieux. Mais elle a été la voix d’une contestation des oubliés de ce projet, les habitants du Val-de-Travers. L’initiative demande la modification de la loi sur l’établissement hospitalier multi-site cantonal afin de doter à  nouveau le site du Val-de-Travers de soins aigüs (chirurgie, maternité, médecine interne et urgence) et celui de La Chaux-de-Fonds d’une maternité.

A titre personnel, le président des Jeunes Socialistes Neuchâtelois (Antoine de Montmollin) nous confie que cette initiative « est irréaliste et constitue un luxe que notre canton ne peut pas se permettre. Si la rationalisation n’est pas un but en soit, il faut tout de même rester conscient de la réalité et des contraintes budgétaires. De plus, cela poserait beaucoup de problèmes d’organisation ». Un avis partagé par bon nombre d’intervenants, dans le paysage politique du canton.

 

Jugée irréalisable par beaucoup parce que trop onéreuse, elle irait à  l’encontre du plan de centralisation des compétences mis en place en 2008 et serait synonyme de retour en arrière. Il est donc fort probable que le site de Couvet (Val-de-Travers) reste un Centre de traitement et de réhabilitation doté d’une mission gériatrique et ne se voie pas ajouter de services de soins aigüs.

 

Au-delà  de ces débats enflammés, il ne faut pas oublier que le vote du 24 novembre ne porte que sur 3 des 17 options du rapport et en aucun cas sur la volonté de disposer ou non d’un site unique. Ce dernier sera le sujet d’une étude devant déterminer sa légitimité à  l’horizon 2022. Et l’étude découle elle-même de la validation complète du plan d’options stratégiques (objectif 2017) organisant la répartition des soins au sein du HNE durant ce laps de temps.

 

Chaque détail est sujet à  discussion de la part de chaque parti. Preuve en est que les coûts de chaque proposition paraissent trop élevés à  l’opinion adversaire. Peut-être est-ce cela le vrai cŠ«ur du problème : en venir à  parler d’adversité entre habitants d’un même Canton et ne voir que son propre intérêt quand il s’agit de santé publique.