Culture | 06.11.2013

Akua Naru, une poétesse à  coeur ouvert

Texte de Anya Lindup | Photos de DR
Un scalpel à  lame de musique et une musique à  l'âme de la société. Dans une interview accordée à  l'occasion de sa venue au festival Les Créatives, Akua Naru nous ouvre le cS«ur de sa poésie hip hop.
Akua Naru sera le 16 novembre à  Onex (GE) à  l'occasion du festival Les Créatives.
Photo: DR

Au bout du fil, sa voix sereine et chaleureuse n’en cachent pas moins une éloquence et une puissance déconcertantes. Avec déjà  deux albums à  son actif, l’artiste née aux Etats-Unis sera sur scène à  Onex (GE) le 16 novembre prochain lors du Festival Les Créatives.

 

Comment décririez-vous votre musique à  quelqu’un qui ne vous connait pas?

Il faut distinguer ma musique et son message, qui est très progressiste. Je parle beaucoup de ce qui se passe dans le monde en termes de classes sociales ou de genre… Et aussi simplement des choses que je vois autour de moi. Ma musique a le désir et l’intention de défier les possibilités du hip hop, d’en repousser les limites. C’est un genre musical qui progresse à  travers le contenu des chansons.

Toute une facette du hip hop qui passe à  la radio, qui exclut et déshonore, n’est pas en accord avec la façon dont je conçois ce genre. Ce hip hop repose largement sur des stéréotypes négatifs envers les personnes de couleur. Ma musique, elle, progresse justement et ouvre le débat sur toutes ces idées et ces images diffusées, et les remet en question.

 

Pourquoi avoir choisi le hip hop?

C’est plutôt le hip hop qui m’a choisie. J’ai toujours aimé cette musique qui m’apporte énormément de bonheur. Plus jeune, à  chaque fois que je m’emparais d’un micro, je réussissais à  obtenir l’adhésion de ceux qui m’écoutaient. Dans ces cas-là , l’univers te dit juste de poursuivre, et les expériences te propulsent en avant.

 

Comment vos nombreux voyages ont-ils influencé le message que vous voulez faire passer dans votre musique?

J’ai eu la chance d’écouter des sons et de voir des personnes faire des choses incroyables. En Guadeloupe l’année dernière, j’ai vu un homme jouer de la musique avec un coquillage. C’était la chose la plus belle que j’aie entendue. Ces petites expériences changent ma conception de la musique, et me font réfléchir sur ce qu’est un instrument. J’ai aussi changé en tant que personne. Découvrir des nouveaux coins du monde et rencontrer de nouvelles personnes m’a permis de ressentir des cultures différentes. Ma musique est la somme de tout cela.

 

Avez-vous un souvenir de concert particulièrement marquant?

J’en ai pas mal. C’est toujours magnifique quand les gens viennent pour toi, et qu’ils connaissent les paroles. J’ai quelques souvenirs géniaux de moments où le public s’est vraiment manifesté et était là  avec moi.

Une fois en France, j’avais interprété une chanson qui parle de mes parents. À la fin du concert, un homme est venu vers moi en larmes et m’a dit qu’elle l’avait beaucoup ému, et ressemblait à  sa propre histoire. Il était tellement sincère, son cŠ«ur était ouvert et le mien aussi. J’ai été bouleversée de voir le pouvoir de la musique. Soutenir quelqu’un dans une période difficile est une expérience qui m’a vraiment touchée.

 

Quelle est l’histoire derrière votre chanson Tales of Men?

J’en ai écrit les premières mesures [They say that time tells the tales of men – the clock ticks as I dwell within – where the self begins] alors que j’arrivais tout juste en Europe. Venue de Chine, ce déménagement était significatif pour moi. C’est de là  que viennent ces quelques paroles.

Quant à  la mélodie, un temps, je voulais faire un album entier rien qu’avec des percussions, de la basse et du rap. On a travaillé là -dessus Christian Nink, mon batteur, et en voyage au Ghana j’ai emporté l’enregistrement avec moi. Alors que je marchais dans la rue, la ligne de batterie dans les oreilles, des musiciens m’ont demandé ce que j’écoutais. J’ai rappé pour eux sur la musique. L’un d’entre eux m’a accompagnée, et j’ai eu comme une vision: il jouait exactement ce que je cherchais. On a entassé tout le monde dans une voiture vers un petit studio du village. Il y avait des chèvres tout autour du bâtiment. Ca a été une session extraordinaire. Par la suite, les percussions n’ont jamais été réenregistrées. On les a gardées telles quelles.

 

Vous travaillez sur un nouvel album, pouvez-vous nous en dire un mot?

Je ne peux pas vraiment en parler mais métaphoriquement, nous en sommes au troisième trimestre de la gestation. Le bébé arrive et porte déjà  un nom. Je suis très impatiente de le rencontrer! Après un an de travail, je me réjouis énormément. Pour être honnête, c’est beaucoup de stress, beaucoup de sueur, de sang et de larmes. Parfois quand on n’entend que le produit fini, on ne perçoit pas le processus de création et on a du mal à  se représenter la quantité de travail qui se cache derrière. J’ai mis beaucoup de boulot dans les deux autres albums aussi, mais la genèse de celui-ci a été différente.

 

Donc vous prévoyez une tournée?

Oui! Tout à  fait. C’est ce que j’aime. Engendrer la musique pour la partager.