Politique | 14.10.2013

Une lumière dans le brouillard des votations

Sur son site internet, l'association genevoise « Eclaire mon vote » reformule de manière simple et vulgarisée les objets des votations, dans le but de les rendre plus compréhensibles. Portrait de son président, Martin Corminboeuf.
L'association "Eclaire mon vote" veut contrer la faible participation politique en présentant sur son site internet les objets de vote et les opinions des divers partis de manière simplifiée.
Photo: Gabi Eder/pixelio.de «Rester neutre et objectif, c'est l'enjeu principal», précise Martin Corminboeuf, 27 ans, président de l'association. DR

Comprenez-vous toujours le feuillet explicatif que la Chancellerie fédérale vous envoie lors des votations ? La réponse à  cette question est souvent négative, et c’est ce qui a poussé un groupe d’amis à  créer l’association « Eclaire mon vote ». Présidée par Martin Corminboeuf, 27 ans, elle a été fondée à  Genève en 2011 par le frère de celui-ci. Le but de « Eclaire mon vote »: rendre plus accessibles, grâce à   son site internet www.eclairemonvote.ch, les objets soumis au vote populaire en vulgarisant les textes de la Chancellerie fédérale. «Rester neutre et objectif, c’est l’enjeu principal», précise Martin Corminboeuf.

 

L’incompréhension, grand mal de la participation

C’est un fait, une grande partie du peuple suisse ne vote pas. Selon l’Office fédéral de la statistique, la participation aux votations du 22 septembre 2013 concernant la libéralisation des heures d’ouverture des shops des stations-service s’est élevée à  45,8% seulement. Martin Corminboeuf tient l’incompréhension du sujet en majorité pour responsable. Un fait selon lui dommageable : les gens qui ne votent pas « abandonnent une part de leur liberté aux autres, qui vont décider à  leur place ». Le site internet de l’association tente de remédier à  cette incompréhension et propose une explication synthétique et objective de chaque objet soumis au peuple, en vulgarisant les textes explicatifs du feuillet de votations. L’internaute a en plus la possibilité de se faire une idée des arguments avancés de chaque côté, et d’évaluer les différentes prises de position des partis politiques. « L’idée première de mon frère, c’était d’essayer d’expliquer les choses de la meilleure manière possible », explique Martin. Le jeune homme reste tout de même pragmatique et conçoit que lui et son équipe ne résoudront pas le problème de la participation à  eux seuls, « il y a énormément d’autres éléments qui entrent en jeu », comme par exemple « la stimulation du débat politique dès le plus jeune âge ».

 

La qualité plutôt que la quantité

Pour Martin, la qualité prime sur la quantité : il préfère que les visiteurs soient moins nombreux, mais satisfaits et fréquents. Nathalie, 52 ans, est une utilisatrice régulière du site internet et le recommande: « c’est mon fils qui m’en a parlé pour la première fois », commence-t-elle. « Pour une personne comme moi qui ne comprend rien à  la politique, ce site est parfait ! En quelques lignes, on peut se faire une idée du sujet sur lequel on va voter », se réjouit-elle. Cette année, 2000 visiteurs uniques par votation sont venus s’informer sur le site. « Nous avons peu de retours », constate Martin, « mais ceux que l’on reçoit sont souvent positifs, surtout à  propos de la neutralité ».

 

Mais l’association va plus loin : elle propose également une explication des objets genevois, autant cantonaux que communaux. Pour Martin, cela représente une plus-value par rapport aux autres sites internet qui proposent la même prestation, notamment easyvote.ch.

 

Politique au berceau

Ce jeune franco-suisse originaire de Fribourg est diplômé de l’Institut de Hautes Etudes en Administration Publique (IDHEAP) de Lausanne et a auparavant obtenu un Baccalauréat en sciences politiques à  l’Université de Genève. Il s’est vu attribuer la présidence de l’association – qui compte huit personnes – il y a trois mois. « Depuis tout petit, j’ai baigné dans le débat politique à  l’intérieur même de ma famille », confie-t-il. « Ma mère était engagée en politique et mon père l’était beaucoup dans le milieu associatif. C’était donc presque naturel de m’engager dans l’associatif aussi », poursuit-il. Martin fait en effet partie de plusieurs autres associations – dont une qui s’occupe de récolter des fonds pour les Indiens Yanomami au Brésil – afin d’amener sa « pierre à  l’édifice général ». Son engagement au seind de l’association « Eclaire mon vote » lui prend une dizaine d’heures tous les deux mois, rien que pour le site. « Le site doit être prêt lorsqu’on reçoit les enveloppes de vote », déclare-t-il. Il y a donc une intense période de travail avant chaque votation. Actuellement, Martin est chargé de mobilité pour la commune de Plan-les-Ouates.

 

« Eclaire mon vote » ne compte pas en rester là  et Martin a des projets plein la tête. Il souhaite par exemple que les explications s’étendent à  d’autres cantons que Genève. Les membres de l’association ont aussi pensé à  développer un autre support, notamment une application pour smartphones. Mais un prix et une mise en Š«uvre compliquée freinent malheureusement les bénévoles. Pour finir, Martin désire poursuivre ses interventions lors de « journées éthiques », pendant lesquelles l’association présente son site internet en classes de secondaire (écoles de culture générale, collèges et cycles d’orientation) et incite les jeunes à  aller voter. Et quand on demande à  Martin combien de temps il se voit continuer dans l’association, il répond spontanément: « aussi longtemps que ça sera utile pour les gens !»