23.10.2013

Regards d’étudiants sur l’occupation israélienne en Palestine

Texte de Lena Würgler | Photos de Lena Würgler
Deux étudiants, un Palestinien et une Suissesse, exposent leur vision de la situation actuelle en Palestine. Grâce à  leurs témoignages, ils cherchent à  éveiller les consciences sur l'occupation israélienne. Rencontre.
Noor Baida. Derrière lui, une photographie représente trois femmes qui attendent de pouvoir passer une porte « agriculturale ». Elles ont en général la priorité sur les hommes, beaucoup plus nombreux.
Photo: Lena Würgler

« L’occupation israélienne a des conséquences sur chaque chose que tu veux faire en tant que palestinien ». Une réalité que deux étudiants, une Suissesse et un Palestinien, veulent faire changer grâce à  leurs témoignages. Noor et Amanda sont étudiants, lui en Cisjordanie, elle à  Lausanne. Tous deux se sont rencontrés en début d’année en Palestine, où la jeune suissesse a vécu quatre mois. Ils se sont retrouvés le mardi 15 octobre à  l’Université de Lausanne lors d’une conférence organisée par Amanda et présentée par Noor. Intitulée « Printemps arabe, hiver palestinien », elle visait à  décrire la vie en Cisjordanie sous l’occupation israélienne. Découverte d’une vie rythmée par la présence de l’ennemi.

 

S’adapter à  la présence constante israélienne

Noor Beida a 25 ans. Il vit à  Jayyous, un petit village de 4000 habitants en Cisjordanie, non loin de Tel-Aviv. Depuis 2002, le village est séparé d’Israël par le « mur de la honte », construit par l’état hébreu pour des raisons sécuritaires, « en réalité, c’est pour nous voler des terres » estime Noor. Depuis 2002, son village doit s’adapter à  la présence constante de l’armée israélienne. Vivant principalement de l’agriculture, les habitants ont maintenant besoin d’un permis pour accéder à  leurs terres. Une autorisation rarement accordée, la majeure partie du temps en raison de « problème sécuritaires », affirme l’étudiant. Les interventions de l’armée au milieu de la nuit et les arrestations sont aussi fréquentes. Selon le jeune homme, elles ont simplement pour but de « terrifier les gens ».

 

Ce quotidien, Amanda, étudiante en sciences politiques à  l’Université de Lausanne, a eu l’occasion de le vivre entre janvier et avril 2013. Elle a notamment dû suivre les écoliers qui devaient traverser des portes agricoles pour aller à  l’école, « pour vérifier  que les soldats ne les fouillaient pas ou ne leur posaient pas de problèmes », raconte-t-elle. Dans la rue, les enfants jouent à  « Intifada ».  Pour la jeune femme, « cela montre bien la routinisation du conflit ». Ce qui l’a vraiment marquée est de voir à  quel point « chaque domaine de ta vie a un lien avec l’occupation ».

 

Les études et le travail mis à  mal

Un phénomène qui touche aussi les études. Noor aurait voulu apprendre les sciences informatiques à  l’Université de Nablus, où ce cursus est proposé. Seulement, le chemin pour s’y rendre est parsemé de checkpoints. Ces points d’arrêt constituent le calvaire des palestiniens, qui sont fréquemment fouillés ou arrêtés. « Parfois, certains étudiants loupent leurs études simplement parce qu’ils se sont fait arrêter à  un checkpoint et n’ont pas pu se rendre à  leurs examens », raconte Noor. Par ailleurs l’Université de Nablus est aussi trop chère pour Noor, « le double de celle que je fréquente actuellement ». Par dépit, l’étudiant a donc choisi d’apprendre le marketing à  l’Université AL Quds de Qalqilia, où les cours sont donnés à  distance. « Mais je ne m’intéresse pas au marketing », déplore le jeune homme.

 

Le financement des études n’est pas des moindres : « En Palestine, nous devons payer pour tout, l’Université est vraiment chère. Des gens commencent, puis arrêtent pour travailler et recommencent », explique-t-il. Du coup, les années d’études se prolongent. Au lieu des quatre années prévues, les étudiants prennent parfois huit ans ou plus pour achever leur cursus. Noor accumule actuellement différents petits jobs, dans un cybercafé, dans une ferme ou en programmant des ordinateurs. Lorsqu’il aura assez d’argent, il reprendra la direction des bancs de l’Université. Il ne sera toutefois qu’au début de ses peines, avoue-t-il.

 

Après l’Université, la plupart des étudiants palestiniens ne trouvent pas de travail. Ils sont alors obligés d’émigrer, « en Arabie saoudite, en Norvège ou en Suède, ou partout dans le monde », explique Noor. Un phénomène qui le désole : « la Palestine perd tous ses gens éduqués et c’est vraiment mauvais ». Toutefois, lui-même n’envisage pas de partir. A ses yeux, cela reviendrait à  satisfaire les plans des israéliens. « Ils veulent que nous émigrions. Ils créent des complications aux étudiants, comme à  tous les gens qui vivent en Palestine, parce qu’ils veulent les faire quitter le pays. À mon avis, nous devons rester, nous ne devons pas abandonner. Alors seulement nous pourrons avoir notre liberté ».

 

Une liberté enviée

Une liberté qu’il envie aux étudiants suisses. « Ils ont toutes les possibilités, toutes les opportunités. Par exemple, s’ils étudient en sciences, ils ont un laboratoire et tout le matériel », s’ébahit-il. Durant son voyage en Palestine, Amanda a aussi réalisé la chance qu’ont les jeunes en Suisse. « Ici, je peux aller librement d’une ville à  l’autre. Si je veux aller à  Genève, je vais à  Genève et c’est tout. Depuis Jayyous, on pouvait voir Tel-Aviv et la mer, mais on savait qu’on ne s’y rendrait jamais ». Noor ajoute que, même en Palestine, les suisses ont plus de libertés que lui. « Vous venez de Suisse et vous pouvez visiter Jérusalem. Moi, j’habite à  quelques dizaines de kilomètres, mais je ne peux pas », s’indigne-t-il.

 

 


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