09.10.2013

L’ingéniosité nordique

Texte de Joëlle Misson | Photos de DR
Chiara est partie en séjour Erasmus à  Turku, en Finlande. Elle nous raconte sa découverte. Episode 2 : comment les finlandais mettent à  profit leur imagination pour tirer le meilleur parti des courtes journées d'hiver.
En Laponie, Chiara a même eu l'occasion de rencontrer le Joulupukki, le Père Noël dans son village à  Rovaniemi, sur le cercle polaire.
Photo: DR

Cette attirance spontanée, presque instinctive, est difficilement explicable. Mais si je me plie à  l’exercice, je dirais que ce qui a guidé mes pas se résume à  un attrait aussi persistant qu’inexplicable pour le charme des pays nordiques, de leurs maisonnettes peintes de couleurs vives, de leur nature omniprésente et capricieuse, de la neige qui, avec fainéantise, constelle l’horizon en s’abattant sur le sol puis crisse sous les pieds : d’une vie d’apparence simple et saine. La Finlande est également le lieu de pèlerinage obligé de tous les amateurs de heavy metal – je n’échappe pas à  la règle.

 

C’est avec ces idées en tête que je feuillète guides et blogs sur le pays, avant de me rendre compte que la Scandinavie dans son ensemble m’est tout à  fait inconnue. Qu’à  cela ne tienne, je décide de faire de cet échange l’occasion rêvée pour y remédier ! Et là  encore, Turku se révèle comme la destination idéale : de par ses routes maritimes privilégiées, elle m’ouvre les portes de la Suède, de l’Estonie et de la Russie, sans compter que s’étend à  ses frontières le plus grand archipel d’Europe – Aland – avec plus de 6000 îles et îlots. Au terme de mon séjour, j’aurai ajouté à  cette liste la Laponie, la Lettonie, la Norvège et la Pologne, plaçant définitivement mon aventure finlandaise sous le signe du voyage et de la découverte.

 

Ce n’est pourtant pas l’ennui qui m’a si souvent poussée à  plier bagages vers d’autres horizons, car la Finlande en elle-même réserve bien des surprises. Les stéréotypes à  l’égard de ses habitants ne manquent pas : renfermés, timides voire dépressifs, le tableau n’était pas des plus réjouissants. On m’avait prévenue : l’hiver sera long, sombre et déprimant. J’admets que le mois de novembre a effrayé les étudiants de passage. Chaque jour passait dans une variante de gris monotone, sans qu’à  un seul moment le soleil ne vienne interrompre cette routine bien huilée. Mais novembre est passé, la neige est arrivée et le soleil a retrouvé le chemin de la Finlande. Certes, les journées restent courtes, mais les finlandais ont appris à  en tirer le meilleur. Oubliez le cliché du finlandais qui se barricade chez lui à  se morfondre ! Au contraire, il redouble d’ingéniosité pour passer au mieux cette période critique de l’année : on glisse sous toutes les variantes possibles, on troue la glace pour pêcher ou nager et on pratique sans modération le sauna – religion locale -, le tout toujours saupoudré d’une bonne rasade de Koskenkorva, une vodka à  faire pâlir un Russe. L’hiver est adopté et les étudiants se rassurent : la vie est possible, même par -20°C.

 

Il n’empêche que lorsque les mois d’avril et de mai arrivent, les finlandais tout comme les étudiants se surprennent à  espérer la venue d’un été long et chaud. La perspective des terrasses ensoleillées met du baume au cŠ«ur – et l’on assiste alors à  une mue extraordinaire et invisible aux yeux des touristes estivaux : le visage des habitants se transforme, il s’ouvre et se fait plus chaleureux, accueillant. Passé le choc de son voisin, qu’on croyait jusqu’ici muet, vous saluer tout sourire, on peut apprécier le bonheur général qui irradie l’espace. L’été sera court, mais intense.