30.10.2013

Le silence finlandais

Texte de Chiara Meynet | Photos de DR
Chiara est partie une année à  Turku, en Finlande. Elle nous livre cette semaine le dernier épisode de ses aventures.
La proportion d'étudiants internationaux au regard de la population totale est importante, favorisant les rencontres et les échanges.
Photo: DR

Arrivée au bout de l’aventure, le bilan est donc surtout positif. Avant de partir, je me sentais écrasée par la perspective des jours. Un an ; un an à  l’étranger, dans un pays dont je ne connais pas la langue et où tout m’est inconnu. Aujourd’hui, je réalise à  quel point cette durée est insignifiante à  l’aune d’une vie. Une année, c’est peut-être une tranche de vie infime, mais la répercussion sera énorme grâce à  cet échange : je n’ai pas fini d’en tirer des leçons.

 

Arrivée au bout de l’aventure, je réalise donc à  quel point l’expérience fut constructive. La vie à  Turku a été pour cela des plus favorables. La proportion d’étudiants internationaux au regard de la population totale est importante, favorisant les rencontres et les échanges. « Kitchen parties » et autres pub crawls se déroulent dans une atmosphère bon enfant, où les langues et les cultures se mêlent et s’entremêlent amoureusement. Lors de cet échange, j’ai rencontré une jeunesse dynamique, polyglotte et innovante, loin des clichés alarmistes qu’on nous présente volontiers. Nous en revenons tous avec le sentiment de faire partie de quelque chose qui nous dépasse ; avec, enfin, un sentiment européen. Une expérience constructrice, car je suis partie avec une page blanche, dans l’idée de me confronter aux autres et, par là -même, à  moi-même. J’en reviens grandie. « Peu d’hommes aiment longtemps le voyage, ce bris perpétuel de toutes les habitudes, cette secousse donnée à  tous les préjugés », écrit Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien. Voyager signifie sortir de sa zone de confort pour aller à  la rencontre de ce qui est autre. Ainsi, chaque nouvelle rencontre m’a appris à  élargir mon point de vue étriqué par d’insoupçonnées perspectives.

 

 

Encore une fois, la Finlande m’a plus que soutenue dans ce projet, car si elle est le pays de l’intemporalité, c’est aussi de par ses vierges étendues qui s’étendent à  perte de vue. L’espace – le luxe de demain – est à  revendre et là  où le contact avec les hommes se fait plus rare, celui avec la nature s’impose, enseignant modestie et silence, invitant à  l’introspection. Les innombrables lacs que l’on traverse par bateau nous apprennent l’art de voyager lentement, tant bien à  l’extérieur qu’à  l’intérieur de soi. Alors on comprend que le silence finlandais n’est pas la marque d’une absence d’interaction sociale due à  une timidité ou à  une misanthropie extrême, mais qu’il fait partie d’un code de communication qui définit des instants comme étant l’occasion d’un silence positif. En admirant la nature, on apprend à  être silencieux ensemble et à  outrepasser les conventions sociales pour mieux se retrouver. Admirer une aurore boréale qui s’étire dans le ciel impose le silence, mais lie entre eux les hommes par une expérience inoubliable, par-delà  les mots dont l’imperfection nous trahit. Le silence prend alors le relais comme langage universel, transcendant les cultures. Voilà  mon pari à  la veille de mon voyage : un vent glacial pour une expérience humaine forte.

 

Pari gagné.

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