Culture | 02.10.2013

La science-fiction à  l’honneur

Texte de Yaniv Skuy | Photos de Joëlle Misson
Le 1er octobre, le pôle scientifique lausannois a consacré une journée d'étude au film Metropolis, de Fritz Lang. Elle s'est ponctuée par un ciné-concert, proposé par le corps de musique de la Landwehr de Genève.
Metropolis, toujours aussi actuel presque un siècle plus tard, a alimenté cinq conférences et un ciné-concert à  l'EPFL.
Photo: Joëlle Misson

C’était un événement assez particulier auquel ont eu droit les étudiants de l’UNIL et de l’EPFL, mardi 1er octobre : une journée d’étude et un ciné-concert consacré au film Metropolis (1927), de Fritz Lang. Les fans d’Š«uvres d’anticipations ne l’auront certainement pas manqué ! Cette journée était organisée par le collège des humanités et les affaires culturelles et artistiques de l’EPFL, avec le soutien de la section de français de L’UNIL et de la République et Canton de Genève : des allures de superproduction, à  l’image du film sur lequel elle s’est attardée !

 

Programme chargé

«Imaginez-vous à  Berlin ou Munich, en 1927, et n’oubliez pas que l’action de Metropolis se déroule en 2026 !», lance Pierre Nicolet, trompettiste, en accueillant le public. Après cinq conférences qui ont offert à  l’auditoire un vaste panorama des thèmes relatifs au film de Fritz Lang, le ciné-concert qui a conclu constituait probablement l’un des points forts de la journée. La projection du film s’est offert le luxe de voir sa bande originale jouée en live par le Corps de musique de la Landwehr de Genève. Jean-Christophe Monnier, directeur de l’orchestre, avait la lourde tâche de conjuguer la temporalité du film avec la cadence de la cinquantaine de musiciens qu’il dirige, afin que le rendu soit aussi précis que possible par rapport à  l’action du film. Un vrai défi que la Landwehr a brillamment relevé : quelques secondes suffisent à  «oublier» que l’orchestre se trouve à  quelques pas, et à  se plonger dans l’univers futuriste de Metropolis, emporté par la musique.

 

Metropolis, référence atemporelle

Si un film sorti en 1927 arrive encore à  interpeller, c’est bien parce que son intemporalité fait que l’on continue de s’en inspirer. Que ce soit dans le cinéma, l’animation japonaise, les jeux vidéo ou encore les mangas, Metropolis revient régulièrement comme référence pour les créateurs et artistes contemporains. Ainsi Star Wars, Blade Runner, Ghost in the Shell, Gunnm ou encore Final Fantasy 7 partagent tous ce point commun. Et ce charme que dégage Metropolis, le film le doit a plusieurs choses. Ses thèmes, d’abord, comme les sociétés dystopiques, où les rapports sociaux sont déshumanisés, et la robotique, continuent d’alimenter les préoccupations. Mais aussi son esthétique très travaillée, qui confère un caractère et un cachet tout particulier à  sa mégapole et à  son univers, que le spectateur contemple d’un bout à  l’autre du long-métrage.

 

Le film en musique

Pour la Landwehr, ce projet est le plus gros jamais réalisé de son histoire, particulièrement longue, d’ailleurs, puisqu’il constitue à  ce jour le plus ancien corps de musique de Suisse (il a été crée en 1789). Cette prestation boucle plus d’un an de travail, et conclut ainsi une démarche très rare dans le paysage culturel romand. Si le labeur s’est poursuivi sur une si longue durée, c’est d’abord à  cause de l’exigence de la partition, que les spectateurs auront certainement remarqué, «ça tricotte pas mal à  certains endroits», nous dit d’ailleurs l’un des musiciens. Mais faut-il aussi souligner la durée du film (119 minutes) qui définit forcément celle du concert ? Pierre Nicolet n’a pas oublié de plaisanter à  ce propos: «Ce soir, Metropolis ce sera sans métro, ni police, mais du boulot pour un bon dodo !» Preuve en est la quantité de pages tournées au fil de la performance, près d’une cinquantaine selon les instruments. Un tempo intense donc, donné par le film, qu’il faut ainsi suivre et respecter, «se soumettre aux images de Fritz Lang, et disparaître aux yeux du public emportés par la cadence».

 

Cette performance, les musiciens de la Landwehr l’on déjà  réalisée, et avec succès, au Victoria Hall de Genève au mois d’avril dernier. Cette fois-ci, le public lausannois a eu la chance d’assister à   cette prestation. Et il semble qu’il ait apprécié le spectacle, «à  la fois fascinant et mélodieux», nous glisse un spectateur. Ce genre d’initiative n’en est peut-être qu’à  sa genèse puisque Jean-Christophe Monnier confiait la possibilité d’exporter le projet hors de nos frontières. Affaire à  suivre…