Politique | 23.10.2013

Jeune transalpin: la jeunesse s’interroge sur l’avenir

Texte de Kevin Buthey | Photos de DR
Organisée par les membres du Projet européen Jeunesse en action, la réunion "jeune transalpin" s'est déroulé du 5 au 12 octobre. De jeunes Lyonnais, Turinois et Lausannois se sont rassemblés au cS«ur de Lyon, pour échanger et discuter autour d'une vision commune de l'avenir.
La jeunesse lausannoise, turinoise et lyonnaise s'est retrouvée durant une semaine autour d'un thème commun.
Photo: DR

« Vous êtes les dirigeants de demain ! » Adressée à  la jeunesse, cette phrase de Dominique Sonjo, organisatrice du projet « jeune transalpin » résonne tel le leitmotiv de cette rencontre. Cette affirmation, les jeunes d’aujourd’hui ont tendance à  l’oublier. Loin de vouloir affirmer que « le monde est à  eux », ils doivent construire le monde de demain avec leur héritage.

 

Le bilan de cette semaine de réflexion conduit à  un sentiment partagé, sous différentes formes toutefois, d’une crainte en l’avenir. Les Européens sont déjà  plongés dans une crise sociale aux multiples facettes, et doivent trouver des solutions pour en sortir. Quant aux Suisses, ils craignent davantage de tomber dans cette abysse, et savent qu’ils doivent concentrer leurs efforts à  maintenir le cap sur l’îlot de confort dans lequel ils se revendiquent d’exister. Jusqu’ici, rien de nouveau. Pourtant il est intéressant de constater avec quelle force les jeunes d’aujourd’hui s’engagent.

 

Il n’y a pas meilleur moyen de se rendre compte de l’indigence que par la comparaison. Et lorsque les membres du Conseil des jeunes de Lausanne rencontrent de jeunes Turinois d’horizons divers ainsi que des Lyonnais, tous partenaires du projet Jeunes transalpin, la discussion se crée autour des problèmes collectifs qui touchent la jeunesse d’aujourd’hui.

 

Durant une semaine, ils ont discuté des réponses à  apporter face aux inquiétudes des jeunes et aux mesures mises en pratique par l’Etat pour assurer un futur serein à  sa dite jeunesse. Force est de constater que les Suisses sont plutôt bien lotis – parfois à  la limite de la gêne d’entendre à  quel point cela se passe mal au-delà  de nos frontières. Il est déconcertant de réaliser et partager le regard d’un Italien ou d’un Français, qui subissent la crise « pour de vrai ». Il a été question de répondre à  plusieurs interrogations, notamment autour de la thématique de l’emploi, l’axe social le plus en difficulté aujourd’hui chez les jeunes en Europe. Le but étant avant tout l’écriture d’une lettre aux gouvernements respectifs pour leur offrir une vision partagée des problèmes de la jeunesse par les jeunes. La question se pose : serons-ils écoutés ? Ou s’agit-il d’un coup d’épée dans l’eau ? L’avenir nous le dira.

 

Dans un tout autre domaine, la discussion s’est également arrêtée sur la vision des jeunes de l’avenir géopolitique européen. En règle générale, les avis étaient plutôt concordants, les problèmes de mésentente s’arrêtant à  des affaires de définitions.

 

Voici venir peut-être une nouvelle sorte d’eugénisme : celui qui aime la vie suffisamment pour la défendre. Les jeunes d’aujourd’hui sont l’une des premières générations à  naître au sein d’une double culture mondiale ; premièrement en cultivant une vision du monde intégrale et bienfaitrice pour l’ensemble de l’humanité, et deuxièmement en remettant en question un système mondial. Quel défi pour notre siècle, porté par ceux qui sont nés avec lui ! Les esprits des jeunes sont tiraillés. Tiraillés entre l’historicité des choix des générations précédentes qui ont tenté de remettre à  l’ordre cet empire mondial et l’impression d’échec de l’insurrection de leurs aînés.

 

L’avenir est aujourd’hui une somme de choix sans précédents qui motive par ses possibilités diverses et effraie par l’effet de petitesse qu’il impose et dont nous sommes tous victimes. Le choix pour certain est vite fait, s’obstinant à  vivre comme nos parents et à  fermer les yeux sur une réalité bien déconcertante. Tandis que pour d’autres, il faut tenter d’accepter ce nouvel ordre mondial pour mieux le développer et le construire dans un sens qui plaira à  tout un chacun.

 

 


Portrait

 

Marine Betrancourt (1er rang tout à  gauche sur la photo) est présidente d’AEJEE Lyon (Association des Etats Généraux des Etudiants de l’Europe), le premier réseau étudiant interdisciplinaire d’Europe. Ce réseau a pour but de promouvoir une Europe unie au-delà  des frontières, autant culturellement que linguistiquement. Pour elle, les jeunes ne sont pas assez écoutés : « Il y a de grosses lacunes : on ne leur laisse pas assez la parole, ou on fait semblant, dans un pur élan de démagogie politique ». Elle regrette que les jeunes se démotivent et délaissent leur idéal « lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne seront de toute façon pas écoutés ». Cela les pousse, selon elle, à  s’investir de moins en moins dans la discussion. Et moins ils s’investissent, moins on leur donne la parole, et moins ils ressentent le besoin d’intervenir. Un cercle vicieux.

 

Si Marine Betrancourt a décidé de participer au projet Jeune transalpin, c’est parce qu’elle trouvait « intéressant de rencontrer d’autres jeunes et de pouvoir échanger différentes visions et perspectives du futur de la jeunesse en Europe ». Elle espère que les débats menés conduiront à  avoir une vraie perspective de la part de la jeunesse sur les enjeux discutés, afin de comparer les différentes situations des pays concernés « pour essayer de mieux faire ».

 

Et l’avenir pour elle, son pays et les jeunes en Europe, comment le voit-elle ? « Je vais valider mon semestre de droit et partir en service volontaire européen ». A propos de son pays (la France), elle reste pessimiste : « je pense que le pire est à  venir ». Concernant les jeunes Européens, « le potentiel est là , mais il y a certains points à  résoudre ». Elle soutient que les politiques empêchent les jeunes de se développer, tout en mettant en exergue leurs problèmes.