Culture | 02.10.2013

Entrée dans la zone de Tarkovski

Du 15 septembre 2013 au 02 mars 2014, la Maison d'Ailleurs d'Yverdon accueille l'exposition "Stalker : expérimenter la zone". Une plongée interactive dans un univers post-apocalyptique.
Le champs de dune qui sépare les explorateurs de la chambre des désirs ; scène emblématique du film.

Une incursion fascinante dans un monde à  part. Celui de Andreï Tarkovski, appelé « la zone ». C’est à  ce réalisateur talentueux que la Maison d’Ailleurs, à  Yverdon-les-Bains, offre un hommage à  l’occasion de son huitantième anniversaire. L’exposition, nommée « Stalker : expérimenter la zone », retrace le chef d’Š«uvre cinématographique du réalisateur russe. Stalker (1979) raconte le périple d’un écrivain et d’un scientifique au travers d’une zone interdite et dangereuse, guidés par un homme, à  la croisée du pilleur et du passeur (le Stalker), dans le but d’atteindre une chambre censée réaliser tous les souhaits, au cŠ«ur de la zone.

 

Depuis le 15 septembre et jusqu’au 2 mars 2014, « le musée des voyages extraordinaires » présente de façon riche et exhaustive un sous-genre de la science-fiction aux thématiques proches de la réalité. Une immersion interactive dans un univers post-apocalyptique.

 

Une expérience interactive

Fruit de la collaboration de Rashit Safiullin, scénographe du film et la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion (HEIG) du Canton de Vaud, l’exposition forme un parcours initiatique au cŠ«ur de la zone. Fidèle à  l’idéologie « d’arte povera », le décorateur n’a pas manqué d’écumer les déchetteries vaudoises à  la recherche de pièces nécessaires à  sa scénographie. L’atmosphère si particulière de la zone est ainsi recréée autour des visiteurs grâce aux déchets industriels dénichés.

 

Les commissaires de l’exposition, Alexandra Kaourova et Eugène, ont fait le choix d’axer la présentation sur le visuel et la suggestion. Celle-ci est articulée sur trois axes offrant une interaction totale avec la zone, le spectateur étant placé au cŠ«ur de celle-ci, parfois même en tant qu’acteur.

 

La première salle abrite un panorama aquatique, scène chimérique et emblématique du film. Bordant cette reconstitution symbolique, la table de télékinésie saura accorder du pouvoir aux visiteurs méritants qui n’hésiteront pas à  s’asseoir à  celle-ci.

 

Après s’être confrontés au chien errant de la zone, les explorateurs feront face, au fond de la seconde salle, au portail de la chambre des désirs. Une tablette permet de matérialiser ses propres envies sur les toiles d’araignées qui la composent. Une façon pour les visiteurs de s’impliquer dans l’exposition.

 

Quelques marches plus loin se trouve la mezzanine. De confortables coussins lui donnent des allures de champs de dunes. Une projection du film Stalker occupe le mur du fond tandis que, sur chaque côté, des écrans diffusent des documentaires en lien avec ce chef d’oeuvre du cinéma. Avant de quitter cet univers déroutant, le public ne manquera pas de jeter un boulon dans le puits sans fond.

 

Le post-apocalyptique, vision du futur ?

Le film d’Andreï Tarkovski sort du cadre de la fiction quand, en 1986, le drame de Tchernobyl survient. Le parallèle entre la zone et Pripiat (située en Ukraine dans la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de Tchernobyl) est évident ; les deux no man’s land présentent des similitudes troublantes. A tel point que les pilleurs Š«uvrant autour de la centrale en ruine seront surnommés les « Stalkers ».

 

Pour aller plus loin dans cette réflexion et le courant science-fictiif dans lequel s’inscrit Stalker, l’espace semi-permanent Souvenirs du Futur de la Maison d’Ailleurs développe la thématique appelée post-apocalyptique. Grâce à  la richesse de sa collection, un vaste éventail des différents courants post-apo est exposé. Que cela soit sous forme de livres, de bandes dessinées, de photos, d’affiches de film ou de bandes-son, le visiteur découvre, sur deux étages, l’histoire d’un sous-genre de la science-fiction marqué par des préoccupations bien réelles.

 

Qu’elles soient nucléaires ou plus récemment écologiques, les catastrophes servant de point de départ à  ces Š«uvres trouvent résonnance dans le monde actuel, si ce n’est l’inverse. Andreï Tarkovski aborde, dans Stalker, les questions de la foi, des préoccupations de l’homme et de sa capacité à  s’adapter à  un monde bouleversé, bien proche du nôtre.