Culture | 17.09.2013

Un maître suisse à  l’affiche de BDfil

Le festival Lausannois BDfil propose une exposition consacrée à  Enrico Marini, l'auteur de la célèbre série Le Scorpion. Inaugurée le 13 septembre, elle se tiendra jusqu'au 6 octobre.
Du 13 au 16 septembre, Enrico Marini était l'invité d'honneur du festival BDFil qui consacrait une exposition à  son travail.
Photo: ©Fabien Perissinotto/Wikipédia "Inspirations-Conspirations" est encore exposé à  l'Espace Arlaud de Lausanne jusqu'au 6 octobre. Photos: Lena Würgler

Plus de 80 planches originales, des croquis, des documents de recherche et des crayonnés. Des planches sont suspendues à  de grands panneaux de bois surmontés d’impressionnants agrandissements, entre lesquels se balade le visiteur. Le festival BD-FIL (BD-Festival International de Lausanne) a inauguré vendredi « Inspirations- Conspirations », une exposition monographique consacrée à  Enrico Marini, le créateur du Scorpion, l’un des plus grand succès de la bande-dessinée actuelle. L’auteur, d’origine italienne, vivant à  Bâle depuis sa naissance en 1969, était aussi l’invité d’honneur du festival. Des premiers dessins de Marini à  ses débuts comme scénariste, l’exposition retrace de manière claire et condensée l’ensemble de la carrière du dessinateur. Elle se prolonge jusqu’au 6 octobre, à  l’Espace Arlaud, à  Lausanne. A la découverte d’un artiste de talent.

 

Une collaboration rapide

C’est Jean-Marie Derscheid, expert de l’histoire de la Bd et auteur du livre Regards croisés de la bande-dessinée belge, qui a été chargé de réaliser l’exposition. Enrico Marini étant très occupé par la réalisation du quatrième tome de sa série Les Aigles de Rome, il n’a pas pu réellement participer à  son élaboration. « Nous avons travaillé ensemble pendant quatre heures dans le train entre Angoulême et Paris. Puis, Marini a fait une présélection de planches et je me suis rendu chez lui pour affiner le choix », raconte Jean-Marie Derscheid. Les deux hommes ont choisi des planches emblématiques du travail de l’auteur. Elles reflètent les moments phares de son évolution artistique et technique, tout en dévoilant quelques passages clés de ses albums. Selon Derscheid, l’objectif final est surtout de donner envie au lecteur de découvrir un peu plus de l’univers de Marini en achetant ses albums. L’auteur lui-même trouve un grand intérêt dans cette rétrospective: « avec une telle exposition, je revois d’anciens travaux et réalise qu’il y a des choses que je savais faire et que je ne maîtrise plus. Avec le temps, on perd certaines techniques. Il est bon parfois de ressortir de vieux travaux pour se les rappeler et réessayer. »

 

Les débuts en Suisse

La première partie de l’exposition est justement consacrée aux débuts de Marini dans la bande-dessinée, alors encore adolescent. Déjà , sa faculté à  traduire le mouvement surprend. On comprend tout de suite pourquoi le jeune homme a été remarqué en 1987 au concours des nouveaux talents du festival de Sierre. Il avait alors 17 ans. Marini confirme encore aujourd’hui que cet épisode a été essentiel pour le lancement de sa carrière: « J’étais jeune, j’avais envie de dessiner mais je n’avais aucun contact avec les professionnels de la BD et ne parlais pas français. J’avais besoin d’un soutien ». Cet appui, il l’a trouvé auprès de Cuno Affolter, l’actuel conservateur du centre BD de Lausanne. Ce dernier le présente aux éditions suisses Alpen Publischers où Marini publiera sa première série Olivier Varese. A cette époque, son dessin est très influencé par le style manga. « Marini a découvert les mangas à  10 ans, aux Etats-Unis, bien avant leur arrivée chez nous », explique Jean-Marie Derscheid. Pour Yves Schlirf, son éditeur chez Dargaud, Marini se démarquait ainsi de ses concurrents car « il était rare à  l’époque de trouver quelqu’un qui connaissait si bien les mangas ». Les planches originales d’Olivier Varese exposées soulignent comment, entre le premier tome en 1990 et le quatrième en 1993, Marini simplifie son dessin. Une nécessité selon lui: « on a souvent tendance à  vouloir montrer tout ce qu’on sait faire. Mais le plus important est de mettre son dessin au service de l’histoire ». Yves Schlirf confirme qu’il s’agit là  d’une des principales qualités du dessinateur: « Enrico peut faire beaucoup mieux que ce que vous voyez, mais il a un sens très affûté du public. Il sait où il doit s’arrêter pour plaire. Il ne tombe pas dans la complaisance comme beaucoup d’autres. »

 

«Un dessinateur hors du commun»

La deuxième partie d’exposition dévoile des planches originales de la série Gipsy, dont les six tomes ont été publiés entre 1993 et 2002 chez différents éditeurs. Son style est encore très marqué par la culture manga mais du point de vue technique un changement fondamental va apparaître. « Marini travaille alors essentiellement à  la plume. Mais il va progressivement l’abandonner au profit du pinceau. Cela va lui permettre d’ajouter plus de souplesse dans ses dessins » explique encore Jean-Marie Derscheid. Et cela deviendra la marque de fabrique d’Enrico Marini: une couleur appliquée à  la peinture, directement sur la planche originale. Aux yeux du commissaire de l’exposition, « on peut vraiment parler d’une bande-dessinée peinte avec Marini. Grâce à  cette technique, il réussit à  donner des atmosphères vraiment différentes. » Le dessinateur affûte sa nouvelle technique dans ses séries suivantes; L’ Étoile du désert et Rapaces, présentées en troisième partie d’exposition. Là , le dessinateur n’utilise parfois plus de crayon du tout et attaque ses dessins directement au pinceau. Jean-Marie Derscheid reste admiratif devant ce travail: « on a affaire à  un dessinateur vraiment hors du commun, tant la ligne de son pinceau est fine. »

 

«Le Scorpion est né à  Sierre»

La quatrième section de l’exposition, la plus grande, est consacrée au principal succès de Marini: Le Scorpion. Cette série marque l’apogée de sa carrière, même si sa naissance ne le laissait pas présager: « Le Scorpion est né sur un banc à  Sierre, où Marini et Desberg [ndlr: le scénariste] ont montré quelques planches à  l’éditeur » raconte Yves Schlirf. Dans l’espace Arlaud, des agrandissements de cases, des planches originales, des peintures et des esquisses dévoilent aujourd’hui une face encore cachée de la série. De quoi satisfaire aussi les grands connaisseurs du Scorpion. Ici, le dessinateur réunit ses meilleures qualités: mise en page, traduction du mouvement et couleur directe parfaitement maîtrisée. Seul lui manque encore l’écriture du scénario.

 

C’est désormais chose faite avec sa dernière série, Les Aigles de Rome, présentée dans l’ultime espace de l’exposition. Sans cesse à  la recherche de nouveaux défis, Marini a travaillé cette fois entièrement seul: « Je voulais faire le scénario depuis longtemps mais je voulais attendre d’être mûr pour cela. L’écriture commence à  me plaire, je me sens plus libre. »