Politique | 11.09.2013

Réformer en profondeur

Carte blanche à  Ilias Panchard, membre du comité des jeunes Verts suisses et membre du GSsA, sur la question de l'abrogation du service militaire obligatoire.
Ilias Panchard et membre du comité des Jeunes Verts suisses et membre du GSsA.
Photo: Lors du débat organisé le 29 septembre par les Verts Libéraux en région lausannoise. DR

La Suisse s’accroche encore au service militaire obligatoire alors même qu’au cours de ces vingt dernières années, 19 pays européens y ont renoncé. Notre pays est historiquement attaché au système de milice et reste ancré dans une vision passéiste du service au pays, où le fusil militaire tient une place importante. L’analyse du passé de notre pays joue un rôle prépondérant dans la vision idéalisée de l’armée de milice obligatoire; beaucoup de gens croient encore que notre armée de milice et l’idée de réduit national du généralissime Guisan nous ont sauvés face au péril allemand. Alors que le rôle sordide des banques suisses et la politique de collaboration assez active du Conseil Fédéral ont été documentés à  maintes reprises…

 

La méthode n’est pas radicale: elle consiste en une réforme en profondeur pour préparer l’armée du futur et développer un engagement citoyen digne de ce nom. Depuis plusieurs années, la population attend, en vain, une réforme crédible de l’armée. Une réforme qui permette enfin de répondre aux menaces du 21ème siècle et aide au développement du pays, grâce à  l’engagement volontaire, tant civil que militaire.

 

Actuellement, malgré la réduction des effectifs à  100’000 hommes décidée par le Parlement, la Suisse dispose encore d’autant de soldats que l’Autriche, la Suède, la Norvège et la Belgique réunies. C’est aberrant! Même si relativement peu de soldats sont en service en même temps, les infrastructures sont prévues et adaptées pour autant de soldats.

 

L’initiative pour l’abrogation du service militaire obligatoire comporte deux volets autour de l’engagement volontaire, tant militaire que civil. Le premier ajouterait à  la Constitution que « nul ne peut être astreint au service militaire ». L’obligation de servir serait donc supprimée et remplacée par un système global basé sur le volontariat. Je précise que l’article 58 de la Constitution («la Suisse a une armée, organisée essentiellement selon le principe de milice») n’est pas modifié par l’initiative. La Suisse conserverait donc une armée de milice, composée de volontaires non professionnels.

 

Le dernier rapport du Conseil Fédéral sur la politique de sécurité, datant de 2010, affirme que 22’000 soldats suffiraient largement à  couvrir les missions de base de l’armée, liées à  la sécurité du pays. Un chiffre facilement atteignable avec un système de milice volontaire aux missions bien définies et avec une rétribution correcte à  travers l’APG (Association de Perte de Gain). Le nombre de soldats dépendra des décisions du Parlement et du Conseil Fédéral mais une fois les missions redéfinies, rien ne s’oppose selon moi à  garder une armée de 20’000 à  25’000 volontaires. Pour ce faire, les missions doivent répondre aux problèmes actuels avec efficacité et professionnalisme.

 

André Blatmann (le chef de l’Armée) nous reproche de ne pas définir de scénario plausible et chiffré. Je lui rétorque que le débat parlementaire, sur l’armée ou tout autre thème au niveau fédéral, doit suivre une logique politique bien précise: en cas d’acceptation de l’initiative, les missions de l’armée devront être débattues et décidées par le Parlement. Ensuite, un budget nécessaire à  la réalisation de ces missions sera voté avant de déterminer le nombre de soldats et les infrastructures nécessaires à  la réalisation de ces dernières. Monsieur Blatmann devrait surtout accepter le fait que la population et le Parlement sont favorables à  une réforme de l’armée. Avec M. Maurer, ils sont tous deux dans l’illusion: ils ne peuvent continuer à  dépenser des milliards sans rendre des comptes et sans un minimum de résultats à  la clé…

 

Concernant le service civil, il n’est aujourd’hui malheureusement qu’un service de remplacement au service militaire, l’initiative demande la création d’un service civil ouvert à  toutes et tous, sur une base volontaire. Mal vu par l’armée il devient de plus en plus difficile d’accès et ne peut se développer avec succès. Ce service permettrait à  celles et ceux qui le veulent de s’engager pour améliorer notre quotidien et créerait de nouvelles formes de solidarité et de lien social.

 

Je rappellerai encore qu’Adolf Ogi, ancien conseiller fédéral UDC en charge de la défense, considérait qu’en dessous de 60% de taux d’incorporation à  l’armée, l’obligation de servir n’aurait plus lieu d’être en Suisse. Notez qu’aujourd’hui, seulement 52% des conscrits sont incorporés à  l’armée et à  peine un tiers d’entre eux accomplissent tous leurs jours de service militaire…