Politique | 11.09.2013

Quelle armée pour demain?

Si tous s'accordent sur la nécessité de réformer le système militaire suisse, la question reste comment? Quelles sont les failles du système militaire suisse actuel et comment y remédier?
Quelle armée pour de jeunes acteurs d'une société dont les centres d'intérêts et les visions du monde ont radicalement changé depuis quelques décennies?
Photo: Profil facebook de Armée Suisse, DR

Quel rôle et quel avenir pour l’armée? C’est au fond la question principale du débat dont l’issue du vote le 22 septembre déterminera le destin du système militaire suisse. Les avis sont multiples. Du côté des «anti-armée», Filippo Rivola, Jeune socialiste suisse, a un avis bien marqué. Il estime qu’actuellement on «tente d’occuper l’armée par des tâches qui ne devraient pas lui incomber, on lui trouve des excuses pour exister.» Exemples précis de ces tâches: la protection des ambassades ou du Forum de Davos, l’aide en cas de catastrophes… Le jeune homme, lui-même dissident du service militaire, argumente: «Les soldats de l’armée suisse sont formés aux fusils et aux chars d’assaut. Sinon, ce sont des gens comme vous et moi. Ils n’ont pas forcément les capacités pour venir en aide en cas de catastrophe.» Quelle solution propose-t-il? «Pour la protection d’ambassades ou du Forum, on pourrait imaginer un corps de police spécialement formé pour cela, comme lors de manifestations.» Et pour l’aide en cas de catastrophes? «Un corps national dans la veine de la protection civile, équipé pour intervenir dans ces situations.»

 

Une armée plus moderne

Johanna Gapany elle, jeune libérale-radicale opposée à  l’initiative, défend l’utilité de l’armée en cas de catastrophes naturelles et sa participation lors d’événements sportifs ou de rassemblements populaires. Cependant, elle avoue que le système militaire suisse s’éloigne de plus en plus de la réalité «au niveau des menaces auxquelles répondre, ou au niveau du rythme de vie de la société.» Elle complète: «L’armée devrait véhiculer une image plus moderne, afin que les jeunes la perçoivent autrement et reconnaissent son importance .»

 

L’Armée suisse, une institution

Mais qu’est-ce que l’armée actuellement? Le Conseil Fédéral le dit sans détour: servir son pays est «un devoir citoyen ancré au plus profond de la tradition suisse.» On ne badine donc pas avec la tradition dans notre pays, encore moins avec une institution telle que l’armée. On entend souvent nos parents et grands-parents évoquer leur école de recrue non sans une certaine nostalgie. Pierre-Michel Auer, se remémorant ce qu’il a vécu pendant ses jours de service, voit en l’armée une possibilité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Selon lui, «le service militaire est un échange de connaissances, chacun peut apporter à  l’autre.» Il ajoute ensuite, avec l’intention non dissimulée de «motiver les troupes»: «je vous le dis franchement, si je n’avais pas été contraint à  l’âge de vingt ans d’aller au service militaire, je doute que je l’aurais fait (rires)».

 

Mais les jeunes hommes ayant effectué leur service militaire pensent-ils la même chose que Pierre-Michel Auer? Alexandre, étudiant à  l’Université de Genève, est totalement d’accord: «L’armée nous apprend une certaine cohésion et un très grand esprit de groupe», analyse-t-il. Pour appuyer ses propos, il estime que «dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, l’armée nous forme à  affronter les difficultés de la vie». Il émet toutefois une réserve quant à  l’organisation de l’Armée suisse pour concilier service militaire et études: «Sacrifier une année d’étude pour faire son service, c’est beaucoup!»

 

Tobia Schnebli, membre du GSsA et du comité d’initiative, le sait pertinemment: le service n’a pas que des inconvénients. Mais il est beaucoup plus critique et pragmatique: «il y a une perte de temps et d’énergie phénoménale aujourd’hui à  l’armée.» Surtout dans l’objectif d’apprendre aux jeunes à  faire la guerre, alors qu’il faudrait, selon le GSsA, privilégier de préférence une gestion pacifiste des conflits. Daniel, a suivi une formation à  la Haute école de travail social à  Genève après avoir accompli son service militaire: il pense qu’il faudrait arrêter de se voiler la face. «Vous savez ce qu’on fait à  l’armée de 5h du matin à  minuit? Rien! D’accord, il y a quelques exercices, mais on passe notre temps à  s’ennuyer.» L’Armée suisse, bien qu’elle soit une véritable insitution, ne pèse plus aussi lourd dans la balance.

 

Reconsidérer l’utilité de l’armée?

Alors, quelle armée pour de jeunes acteurs d’une société dont les centres d’intérêts et les visions du monde ont radicalement changé depuis quelques décennies? Pour Johanna Gapany, le système militaire suisse idéal serait celui qui présenterait pour les jeunes «une opportunité de valoriser leur formation, de faire une expérience de vie et de servir leur pays avec fierté.» Elle préconise aussi un système qui intégrerait les femmes pour faire face «aux réelles menaces qu’encourt notre pays», mais sans évoquer d’obligation pour la gent féminine.

 

Filippo Rivola quant à  lui ne cache pas ses ambitions: il est favorable à  une Suisse sans armée avec de nouveaux services de protection de la population. «La Suisse n’a pas besoin d’armée» déclare t-il, «nous devons reconsidérer son utilité.» Une utilité qui n’est pas abordée par tout le monde de la même manière comme en témoigne Johanna Gapany qui conclut que, pour «conserver un service de milice et préserver notre indépendance, nous devrons faire preuve d’audace et d’authenticité afin que l’armée suisse soit représentative de son peuple.»