Culture | 30.09.2013

Nuit fauve

Le 27 septembre, le groupe Fauve s'est emparé de la scène lausannoise du Romandie, le temps d'une soirée. Tink.ch faisait partie de la foule venue observer le phénomène français. Reportage.
Les membres de Fauve évoluent dans le noir, simplement éclairés par leurs vidéos en arrière fond, bien loin du show-business habituel. Photo : Anna Zoia

Après un passage au Festi’neuch en juin dernier, les cinq félins du collectif Fauve ont réinvesti la terre helvétique pour se produire au Romandie, le 27 septembre. Le concert affichait complet depuis des semaines. Etonnant ? Pas lorsque l’on sait que leurs textes féroces enflamment la planète web depuis près d’une année, tout en entretenant un certain mystère autour d’eux. Avec un seul EP (mini-album) à  leur actif, c’est sur scène que le collectif français indépendant se dévoile et confirme le talent entraperçu au fil des écoutes en ligne.

 

Des fauves dans l’arène

La première partie planante et rêveuse du groupe suisse Lune Palmer n’a pas le temps de se terminer que la salle se remplit. On sent l’ambiante impatience de découvrir enfin les auteurs des refrains fredonnés depuis des mois. Et puis, ça y est, les cinq parisiens, membres permanents du collectif, apparaissent sur scène. T-shirts et baskets sont de rigueur ; on ne s’embête pas avec des détails et on ne fait pas semblant. Ce qui importe, c’est la scène, la musique, et ce moment partagé. Le concert démarre avec « Sainte-Anne » et les textes scandés en spoken-word du groupe envahissent la salle, décrivant la peur d’une vie banale. On sent chez le chanteur (ou peut-être devrait-on dire parleur-scandeur) une rage et une urgence alors qu’il balance un regard acéré sur la vie. Il parcourt la scène à  pas vifs, tel un lion en cage. On comprend mieux pourquoi ils s’appellent Fauve.

 

Poésie urbaine

Les paroles sont emplies de ressenti, de vie en brut, sans artifices. Fauve, c’est eux, mais c’est beaucoup de nous aussi ; voilà  pourquoi leurs textes touchent autant. Le chanteur semble s’excuser d’être là  : il ne pensait sûrement pas qu’autant de monde se retrouverait dans le trop-plein vidé par l’écriture de ses chansons. Les textes s’enchaînent inlassablement, repris en chŠ«ur par le public. Ca parle cru et ça percute, que cela soit en décrivant l’amour imparfait, les peurs, la lutte permanente contre soi et les autres ; bref, la vie avec ses hauts et ses bas. Si les paroles sont souvent sombres, une vraie rage de combattre le « blizzard », métaphore de tout ce qui nous glace, transparaît. L’intelligence des textes se trouve dans cette façon d’exprimer la détresse de tout un chacun, en y glissant cependant des messages d’espoir, entre promesses de « regards qui perforent de part en part » et de « jour qui se lèvera au moins une fois ». On les sent vrais dans leurs paroles, perdus comme cela arrive parfois à  tout le monde ; on y croit, après tout, on est pareils.

 

Un échange réel

Les membres de Fauve évoluent dans le noir, simplement éclairés de vidéos confectionnées par leurs soins en arrière plan. Pas de star-system qui tienne, les cinq parisiens ne se mettent pas en avant. On les sent très « normaux », pour dire qu’ils sont un groupe désormais reconnu par le public et loué par la presse. Après une heure de scène forte en émotion, c’est en faisant signer une affiche que l’occasion de glisser un « merci pour le concert » au guitariste s’est offerte. « Merci à  vous, on ne serait pas là  si vous n’étiez pas derrière nous », répond-t-il. Accessible, sincère et privilégiant la simplicité aux paillettes du show-business : autant de qualités propres à  Fauve. Preuve en est : leur futur album, pour lesquels ils ont décidé de débouter les offres des labels, préférant travailler sur leur projet en restant totalement indépendants. Une chose est sûre : on se réjouit de voir ce qui ressortira à  nouveau des tripes de ces cinq fauves.

 


Info :

Pour ceux qui les auraient manqué ou qui voudraient les découvrir, Fauve se produira à  nouveau à  Lausanne en mars prochain.