Culture | 18.09.2013

« Le plus beau cinéma du monde »

Texte de Joëlle Misson | Photos de DR
Un festival consacré au film français qui se déroule dans une ville bilingue de Suisse? Ca existe! Il s'agit du Festival du Film Français d'Helvétie (FFFH, qui ne se targue pas, pour une fois, d'être «international»). Sa neuvième édition aura lieu du 18 au 22 septembre 2013 à  Bienne.
Mercredi 18 septembre à  20h, le FFFH présente la comédie "Fonzy" de Isabelle Doval dans laquelle José Garcia donne la réplique à  Lucien Jean-Baptiste, Audrey Fleurot ou encore Gérard Hernandez.
Photo: DR

Mais qu’est-il donc passé par la tête de son directeur au moment de créer le FFFH? Un festival dédié au film français… à  Bienne, la ville du bilinguisme suisse par excellence? C’est que la manifestation ne se vante pas d’une seule vertu. En plus de vouloir rendre hommage au cinéma français «parce que c’est le plus beau cinéma du monde», son directeur et co-initiateur Christian Kellenberger, originaire de Genève, souhaitait rapprocher et mêler frontières francophones et germanophones. Parce qu’il arrive qu’un film français sorti en terre romande patiente jusqu’à  six mois avant de traverser le Röstigraben. «Je trouvais qu’en Suisse alémanique, on ne parlait pas assez du cinéma français. Nous sommes là  pour l’aider à  vivre en territoire germanophone», complète-t-il. Et il n’a pas choisi cette ville au hasard. Habitant de Bienne depuis l’âge de 13 ans, il s’enthousiasme: «J’adore l’esprit des deux cultures qui règne dans cette ville. Il y a une ouverture entre romands et alémaniques ici. Bienne est l’endroit prédestiné pour un tel événement.»

 

Un bilinguisme presque parfait

Du 18 au 22 septembre, 18 premières alémaniques seront projetées. Sur 12’000 festivaliers en 2012, 48% étaient germanophones, presque une moitié parfaite. Et si la ville qui accueille le FFFH semble plus encline à  captiver les suisses-alémaniques, Christian Kellenberger avoue qu’il fait «un gros effort pour les attirer.» Et pour maximiser ses chances, le FFFH exécute lui-même un «immense travail de sous-titrage.» Cette année, 36 films sur 50 sont sous-titrés en allemand ou en anglais. Et le public français dans tout ça? Si les plus admirateurs effectuent le voyage, «cela ne représente qu’environ 3 % des festivaliers», avoue le directeur. La majorité des visiteurs viennent de Berne, Fribourg, Soleure et Neuchâtel, les villes environnantes. Mais également «beaucoup de lausannois», et même des cinéphiles d’Aarau, du Tessin et des Grisons font le déplacement. «Les Genevois et les Zürichois boudent un peu le festival. C’est connu, pour eux, à  part leur ville, il n’y a rien», lance-t-il.

 

Pourtant, lorsqu’on parcourt le programme, la France n’est pas la seule mentionnée; il y a aussi la Suisse et la Belgique. Que font-elles au FFFH? «Dans tous les films présentés, il y a de l’argent français», explique Christian Kellenberger. Edna Epelbaum, directrice de la programmation, nous parle aussi de la nouvelle section «Horizons» consacrée aux productions françaises tournées hors de France.

 

Les jeunes: le public de demain

Mais avant de décider des films qui seront projetés, c’est au Festival de Cannes que s’effectue le premier tri qui détermine la programmation du festival. «Nous visionnons six films par jour, établissons une liste et cherchons si les films sont disponibles et concordent avec les dates du festival», détaille Edna Epelbaum. Le but des organisateurs est de présenter la diversité du cinéma français dans toutes ses tendances de l’année. Celles de l’année 2013 sont la comédie et la jeunesse, avec des films comme «Suzanne», «Jeunesse», «Gabrielle» ou «Jeune et Jolie». Pour Edna Epelbaum, cette tendance juvénile vient d’une volonté de retourner «à  quelque chose de plus humain», de s’intéresser aux familles, à  comment la jeunesse grandit, aux défis d’une nouvelle génération. «Et cela permet d’intéresser les jeunes au cinéma et à  la culture.»

 

Donc, pour être dans l’ère du temps et impliquer la jeunesse dans le monde du cinéma, le FFFH propose aussi un jury de jeunes; parce qu’ils sont «le public de demain», affirme Christian Kellenberger. Ce jury offre la possibilité de rencontrer des artistes et de réaliser des interviews, «parce qu’en Suisse, il est difficile de s’approcher du milieu du cinéma», estime le directeur. Mais son but est avant tout de lancer les jeunes qui y participent dans le monde du journalisme culturel, en leur prodiguant une courte formation à  l’art de la critique cinématographique et en exigeant que chacun d’eux rédige deux articles sur cinq films visionnés. Christian Kellenberger mentionne l’exemple d’un jeune juré au FFFH maintenant pigiste régulier dans un quotidien. Comme quoi toutes les portes d’entrées sont bonnes à  emprunter.