Culture | 10.09.2013

Le gros se fait roots

Du 5 au 7 septembre, le Chant Du Gros a troublé le calme des prairies du Noirmont. Pour sa vingt-deuxième édition, la programmation a fait place belle aux rythmes chaleureux reggae et ragga. Un retour aux racines avec Tink.ch.
27 secondes, c'est le temps qu'il a fallu au Sergent Garcia pour faire danser tout un chapiteau, une véritable performance.

Au Noirmont, on se réchauffe en rythme et en musique. Pour sa 22ème édition, le Chant du gros a misé sur une programmation riche et variée. Mais ce qui aura le plus marqué les festivaliers du 5 au 7 septembre est sans nul doute l’ambiance va-nu-pieds chevelue omniprésente, que ce soit sur scène ou dans le public. Contrastant fortement avec certaines têtes d’affiches plus mainstream, les sonorités ragga, reggae et latino ont su conquérir tous les festivaliers, même les plus réfractaires.

 

Quand le reggae se fait précis et jazzy

Dans le milieu du reggae, Harrison Stafford chanteur et guitariste de Groundation est surnommé Professor. Un titre légitime au vu du son pointu et riche joué vendredi sur la grande scène. La formation jazz des californiens transpire à  chaque note, apportant une plus-value de qualité indéniable. Leur interprétation libre, à  la fois faite de solo et d’improvisation a envouté le public et converti les néophytes au reggae roots. Harrison compose des textes engagés, à  la philosophie pacifique et s’oppose à  « Babylone » l’allégorie de la décadence d’une société consumériste. En bref, un point levé bien haut et sans fausses notes.

 

La musique engagée de Tryo

 

C’est un chapiteau plein qui attend dans une ambiance bon enfant le quatuor Tryo. Certains chauffent leurs voix à  grands coups de « C’est à  bâbord qu’on gueule, qu’on gueule… » pendant que d’autres, de nature plus manuelle, roulent consciencieusement des cônes aux vertus, paraît-il, distrayantes. Guizmo, Mali, Danielito et Manu foule la scène avec toute la bonne humeur et la simplicité qu’on leur connait. Il leur suffit d’ébaucher « Si tu es né dans une cité HLM » pour que les spectateurs chantent en chŠ«ur leur titre fétiche « L’hymne de nos campagnes ».

 

Le crédo du groupe est simple: faire passer des messages sérieux avec énergie, sincérité et humour. Tryo raille l’ancien directeur du FMI, tacle les stars jamaïcaines du reggae tel que Capleton, les accusant d’homophobie à  l’aide du titre Brian Williamson. Il milite ainsi sans vergogne. Les trublions d’humeur taquine ont même entonné un peu de Zaz et d’IAM, gratifiant ces deux autres têtes d’affiches du festival d’un petit clin d’Š«il.

 

Un sergent muy caliente

Samedi, c’est sous un ciel moins clément et des températures en baisse que Bruno Garcia monte sur scène. Passer après Zaz, devant un public pas forcément habitué aux rythmes latino, le challenge était de taille. Mais les festivaliers cherchaient de la chaleur et comble du hasard c’est la spécialité de l’ancien guitariste du groupe Ludwig von 88. 27 secondes, c’est le temps qu’il a fallu au Sergent Garcia pour faire danser tout un chapiteau: une véritable performance. Les bassins se sont mis à  onduler lascivement au rythme du titre Oye Mi Bomba et même les quinquas pro Zaz présents se sont pris au jeu du « ¡ Óyela ! ¡ Óyela ! Bomb, Bomb ! ». Tenue de lin blanc, chapeau, rythme latino et verve cubaine, le Sergent a offert aux spectateurs un aller simple pour l’Amérique du sud.

 

Avec un nombre important de festivals en Suisse romande et des programmations souvent axées pop-rock, les variations reggae-ragga-latino proposées par le chant Du Gros cette année étaient une véritable touche de couleur dans le paysage musical. Non content de satisfaire les aficionados de ces rythmes entraînants, le festival a su avec brio les faire découvrir et apprécier aux autres festivaliers. Une fois de plus, le Noirmont démontre qu’à  la campagne on fait les choses bien et même parfois mieux.