04.09.2013

Je tiens à  toi

Le suicide concerne annuellement 1000 personnes en Suisse dont 120 de moins de trente ans. Le 10 septembre, la Journée mondiale de prévention contre le suicide lève le voile sur ce sujet tabou grâce à  des actions de sensibilisation.
La thématique de l'année "Je tiens à  toi" met en valeur le rôle de l'entourage dans la vie des personnes à  risque.
Photo: Campagne d'affichage de la Journée mondiale de prévention du suicide.

«Je tiens à  toi», un billet glissé dans un sac, un cahier ou une poche. Peut-être avez-vous aperçu ces affiches dans les transports publics. Elles annoncent la Journée mondiale de prévention du suicide qui a lieu le 10 septembre. Mais au-delà , elles lèvent le voile sur une réalité bien trop souvent tue: le suicide concerne mille personnes par année en Suisse dont 120 chez les moins de trente ans (statistiques de 2010). Actuellement, la moyenne suisse (tous âges confondus) s’élève à  14,4 suicides pour 100’000 personnes alors que la moyenne européenne se situe à  13,9 sur 100’000.

 

A côté de ces chiffres, d’autres, plus flous: ceux qui tentent, sans y parvenir, de mettre fin à  leurs jours. L’enquête SMASH réalisée auprès de jeunes Suisses de 16 à  20 ans en 1992 et en 2002 révèle que 8% des filles et 3% des garçons interrogés avaient déjà  tenté de se suicider. En Suisse toujours, ce sont 10’000 personnes par année qui sont hospitalisées pour tentative de suicide. Les autres resteront muettes. «Ces indications sont difficiles à  trouver car les tentatives ne sont pas toutes répertoriées. Mais des valeurs indicatives parlent de 10’000 à  25’000 tentatives par année», indique Sophie Lochet, coordinatrice de l’association STOP Suicide basée à  Genève. Nous l’avons interrogée afin d’en savoir un peu plus.

 

Pourquoi une journée mondiale de prévention contre le suicide?

La suicide est la première cause de mortalité mondiale des 15-29 ans: voilà  pourquoi une journée mondiale est toujours nécessaire. Elle est l’occasion de faire parler de ce sujet tabou et du travail de notre association. La journée du 10 septembre regroupe beaucoup d’événements et lance le thème de notre campagne annuelle.

De plus l’idée est répandue comme quoi le suicide serait une affaire individuelle alors qu’en fait il s’agit d’un problème de société.

 

Un problème de société?

Notre campagne actuelle tourne autour du thème «Je tiens à  toi»: il s’agit de mettre en valeur le rôle de l’entourage dans le processus d’aide. Nous insistons sur ce message car chacun peut être acteur de prévention en travaillant l’estime de soi de son entourage, grâce à  une attitude d’écoute active, non jugeante, et au dialogue. Un petit mot, comme «je tiens à  toi» fait du bien. Chacun peut aider la personne à  se rendre vers des structures professionnelles. Il s’agit d’une responsabilité collective.

 

Comment encourager les gens à  agir?

Nous pouvons parler avec la personne, l’écouter sans la juger, lui donner les numéros utiles, ou même appeler à  sa place. Ce sont d’ailleurs souvent les proches qui appellent les numéros d’aide. Le 147 est une ligne d’aide téléphonique spécialement pour les jeunes. A Genève, nous avons le Centre d’étude et de prévention du suicide (Ceps), spécialisé dans le traitement des adolescents à  risque.

 

Qu’est-ce qui est organisé à  l’occasion de cette journée mondiale?

Durant les mois de septembre et octobre, nous organisons une campagne d’affichage. Nous souhaitons normaliser la prévention dans l’espace public et mettons aussi à  disposition des jeunes des dépliants qui contiennent tous les numéros d’aide en Suisse romande, des informations pratiques comme que faire si une personne va mal, où trouver de l’aider, ainsi que des statistiques concernant le suicide en Suisse.

 

Quels moyens déployez-vous pour prévenir le suicide?

Nous faisons beaucoup de prévention primaire: informer, sensibiliser, parler du suicide. Contrairement à  ce que l’on pense, en parler n’est pas incitatif, mais permet aux personnes à  risque de révéler leur mal-être et d’être orientées vers des structures d’aide.

 

Nous faisons également un peu de prévention ciblée vers des groupes à  risque. Il s’agit d’actions de sensibilisation spécifiquement destinées à  certains groupes de jeunes, par exemple ceux qui se trouvent en foyer ou les jeunes LGBT. Mais ce n’est pas nous qui décidons d’aller vers tel ou tel groupe, nous agissons plutôt sur sollicitation, par exemple d’un éducateur spécialisé ou de différentes associations que nous rencontrons au travers du Réseau de la prévention jeunesse. Dans ce cas, nous nous y rendons pour une heure et demie, nous posons des questions aux jeunes et développons une discussion autour de la thématique du suicide, avec l’aide de quizz ou de films. Notre prochain but majeur est de pouvoir organiser des ateliers de prévention dans les écoles.

 

En revanche nous ne délivrons pas de thérapies. Nous ne sommes pas non plus un numéro d’aide mais sommes vraiment axés sur la prévention et la sensibilisation. Le but de nos actions est aussi de déconstruire les mythes et préjugés autour du suicide, comme le fait que parler de ce thème serait incitatif ou le fait que le suicide serait un acte lâche ou au contraire courageux. En fait, cela n’a rien à  voir, il n’est ni l’un ni l’autre, seulement le signe que la souffrance est devenue insoutenable.

 

Justement quelles sont les causes de suicide chez les jeunes?

Les causes sont multiples, multi-factorielles, et complexes. Les causes de mal-être peuvent se trouver au sein de la famille, être relationnelles, en lien avec un trouble mental comme la dépression. La période de la puberté également, remplie de changements, n’est facile pour personne. Il n’y a jamais une cause en particulier mais toujours un cumul de facteurs. Le suicide arrive lorsque la souffrance devient insoutenable, et l’on arrive plus trouver en soi les ressources nécessaires. Il y a souvent un élément déclencheur comme une rupture ou une exclusion de l’école, mais cela n’est jamais la cause principale.

 

Est-ce que tout le monde a autour de lui a une personne à  risque?

Oui, potentiellement. Peu de personnes peuvent dire qu’elles sont totalement à  l’abri de cela, il s’agit d’un sujet qui touche beaucoup de monde.

 

Quels échos avez-vous eu de vos ateliers?

Nous avons de échos très positifs en ce qui concerne les ateliers et cela porte ses fruits. Nous recevons parfois aussi des retours de la part des participants à  nos ateliers pour nous dire que ça les a aidés, ou aidé quelqu’un qu’ils connaissaient.