Politique | 10.09.2013

Le service civil, et les femmes

Les avis sont partagés et les arguments fusent quant à  savoir si le service militaire obligatoire doit être supprimé en Suisse. Petit tour du côté des instances pas directement touchées par l'initiative mais non moins concernées: le service et la protection civils, ainsi que la place de la femme dans ce système.
Tobia Schnebli trouve injuste que les femmes soient exclues de la possibilité d'effectuer le service civil. Pierre Michel Auer rétorque qu'elles en ont d'ores et déjà  la possibilité.
Photo: DR

Le service militaire n’est pas la seule cible du comité d’initiative. Celui-ci veut également redorer le blason du service civil qu’il considère négligé. Les jeunes Suisses qui ne veulent pas effectuer leur service militaire, mais qui y sont toutefois déclarés aptes, ont la possibilité d’accomplir ce service. Son champ est large: il couvre le domaine de la santé et de la culture, en passant par celui de l’aide sociale et de la protection de l’environnement. Seul bémol: sa durée est une fois et demie plus longue que celle du service militaire. Une chose que les initiants veulent changer: en plus de pouvoir être accompli à  titre volontaire, le service civil ne devra pas dépasser en durée le service militaire. Cette volonté découle principalement du constat suivant: «le service civil n’est actuellement pas mis en valeur, il n’est qu’un service de remplacement au service militaire», explique Ilias Panchard, membre du GSsA, comme beaucoup d’autres en faveur de l’initiative.

 

Bienvenue aux femmes

Autre changement pour le service civil: il sera désormais – et c’est un souhait tout particulier des initiants – ouvert aux femmes. Tobia Schnebli pense effectivement qu’il est injuste «que les femmes soient exclues de cette possibilité». Pierre-Michel Auer, de l’Association pour une Suisse en Sécurité, ne comprend pas cet argument. Selon lui, le service civil est déjà  accessible aux femmes: puisqu’il faut être apte au service militaire pour accéder au service civil, une jeune femme volontaire peut tout à  fait demander à  accomplir un service civil si elle le désire. Pourtant, même avec cette possibilité, il n’y a pas foule pour se porter volontaire. Il ajoute d’ailleurs que «si l’initiative passe, le service civil trépasse», puisque ce dernier est alimenté par l’obligation de servir.

 

Mais attention toutefois à  ce que la suppression de l’obligation de servir ne se transforme pas en une obligation à  effectuer le service civil. Il s’agit là  justement d’une proposition qui s’ébruite et dont Filippo Rivola, membre des Jeunes Socialistes trouve le concept intéressant: «Tout le monde serait tenu de rendre service à  la société grâce à  des travaux d’utilité générale quelconques.» Car ce qui compte pour lui, c’est de danser sur un pied d’égalité: «si le service militaire perdure, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas le rendre obligatoire pour les femmes aussi!»

 

Quid de la protection civile?

Cette initiative populaire touchant exclusivement à  l’article 59 de la Constitution fédérale, elle n’inclut pas la protection civile, effectuée par les jeunes hommes qui n’effectuent ni service militaire ni service civil. Cette organisation partenaire de la Confédération couvre une partie des besoins de la Suisse en matière d’assistance à  la population, notamment en cas de catastrophe naturelle. Elle sera pourtant, comme le service civil, affectée si le peuple se prononce en faveur de l’initiative le 22 septembre prochain, étant donné que la protection civile recrute parmi les non-aptes au service militaire. Tobia Schnebli reste très évasif sur le sujet: «La Confédération continuera de pouvoir obliger des gens, si elle en voit le besoin, à  prêter un service de protection civile». Pas sûr que les porteurs du non à  l’initiative soient satisfaits de cette réponse…