Culture | 25.09.2013

Dix chanteurs romands sur une même scène

Texte de Lena Würgler
Le Wind Band Neuchâtelois a réuni dix personnalités romandes pour deux concerts à  la Chaux-de-Fonds les 19 et 20 septembre.
Le Wind Band a montré sa capacité d'adaptation en accompagnant Junior Tshaka sur un air de reggae. Martial Rosselet face aux 55 musiciens du WBN Les artistes ont fait preuve d'une vraie complicité. Au centre : Nicolas Fraissinet, tout sourire après son excellente performance. Photos : Lena Würgler

Pour son douzième anniversaire, l’orchestre Wind Band Neuchâtelois (WBN) a vu grand ! Il a invité dix chanteurs romands pour deux concerts exceptionnels, jeudi 19 et vendredi 20 septembre, au théâtre d’Arc-en-Scène, à  la Chaux-de-Fonds. Les 55 musiciens de l’orchestre ont accompagné Yann Lambiel, Jérémie Kisling, Nicolas Fraissinet, Aliose, Florence Chitacumbi, Pony del Sol, Junior Tshaka, Marc Aymon et Michel Bühler. Le tout avec Laurent Flutsch comme maître de cérémonie. Un véritable show bourré de talents, d’humour et de qualité musicale, dans une atmosphère intimiste bon enfant.

 

« Mettre en lumière la chanson romande »

Chaque artiste a interprété deux chansons, une de son propre répertoire ainsi qu’une reprise d’autres artistes romands, tels que Pascal Oberson, Patrick Juvet ou Stephan Eicher. D’où le titre du spectacle : « Chansons d’ici et… d’ici ». « Je pensais d’abord faire un spectacle sur la chanson francophone » raconte Martial Rosselet, chef d’orchestre et initiateur du projet, « seulement, je me suis rendu compte que c’était trop vaste. Je me suis alors concentré sur la chanson romande.  En cherchant sur Youtube, j’ai réalisé qu’il y avait de vrais trésors ». Il a alors contacté personnellement les dix artistes, qu’il connaissait déjà  grâce à  son rôle de programmateur du Corbak Festival. Tous se sont montrés motivés. « Le concept m’a plu pour deux raisons » explique Junior Tshaka, « d’abord parce que jouer avec un orchestre grand comme celui-là , cela n’arrive pas souvent. Et l’idée d’être sur scène avec des artistes que je côtoie et que je connais, mais avec qui je n’avais pas encore travaillé, m’a convaincu. Cela crée une unité entre les chanteurs romands ».

 

De la qualité en humour

Le spectacle a aussi été finement agrémenté d’humour par Laurent Flutsch et Yann Lambiel. Le premier a introduit les premières chansons de chaque artiste par des jeux de mots, une blague ou une allusion. Des plaisanteries souvent dirigées amicalement vers le doyen de la troupe Michel Bühler, qui les a prises avec le sourire. Yann Lambiel est quant à  lui apparu plusieurs fois sous les traits de diverses personnalités, dont un Johnny Halliday frustré de ne pas être considéré comme suisse romand : « Bien sûr que je le suis. J’habite à  Gue-staad, dans le Disneyland bernois, en Valais, dans le canton de Vaud ».

 

 

Et l’humour n’a pas été le monopole des humoristes : « J’aimerais que vous vous détendiez, que vous oubliez un peu vos soucis et que … vous pensiez aux miens » a ironisé à  sa manière Jérémie Kisling avant d’interpréter « Antimatière ». Marc Aymon a, lui, raconté en souriant son expérience aux Coups de cŠ«ur d’Alain Morisot : « J’y ai rencontré Michel Drücker qui m’a dit que je lui faisais penser à  … Florence Foresti ». Les rires n’ont pas manqué.

 

Plusieurs coups de cŠ«ur, mais une star

D’un point de vue musical, tous les artistes ont donné le meilleur d’eux-mêmes et se sont appliqués à  être en harmonie avec les musiciens. Avec une note spéciale pour Nicolas Fraissinet, épatant de justesse et de complicité avec l’orchestre. « Je ne le connaissais pas avant, mais il m’a vraiment impressionnée », raconte une mère de famille. Les jeunes ont aussi eu leur coup de cŠ«ur. Priscille, 17 ans, confie avoir adoré « le côté humoristique de Yann Lambiel et le style de Junior Tshaka, que je connaissais déjà , mais que je suis contente de voir en vrai ». Fabienne, 23 ans, a quant a elle surtout été marquée par Florence Chitacumbi : « Elle a une voix incroyable, j’adore ». Même si ce sont les chanteurs qui ont occupé le devant de la scène, le Wind Band Neuchâtelois est resté la grande star de la soirée. Les artistes se sont montrés véritablement modestes et discrets. Saluant humblement l’orchestre après chacune de leur apparition, ils ont affiché un profond respect pour la formation musicale. Un paradoxe puisque « l’orchestre a un rôle d’accompagnateur et se met au service des artistes » selon Martial Rosselet.

 

« Deux pièces d’un puzzle à  assembler »

La complicité et l’harmonie qui liaient chanteurs et musiciens n’étaient pourtant pas courues d’avance, puisque chacun avait répété ses morceaux individuellement durant les huit mois qui ont précédé le grand jour. Les premières répétitions communes n’ont eu lieu que quelques jours avant le concert et avec une partie des chanteurs seulement. La générale s’est quant à  elle tenue le mercredi soir, soit un jour avant le spectacle. « C’est un peu comme deux pièces d’un puzzle qui s’imbriquent tout à  coup. Et ça marche parce que chacun a travaillé avec sérieux », constate Martial Rosselet. Et Jérémie Kisling de rappeler que l’épopée « Chansons d’ici et… d’ici » a avant tout été rendue possible par l’énorme travail dans l’ombre fourni par les deux arrangeurs, Steve Muriset et John Glenesk Mortimer. Adapter des chansons populaires pour un ensemble d’instruments à  vent n’est, en effet, pas une mince affaire.