Culture | 14.08.2013

Une virée déroutante au cŠ“ur de la ville de Nyon

Texte de Céline Bilardo
Le Far°, Festival des Arts Vivants à  Nyon, occupe la cour de l'Usine au bord du lac et différents lieux de la ville jusqu'au 17 août. Présentation du projet Drive_In#6 porté par le collectif d'artistes italiens "Strasse".
La voiture du projet Drive_In n'embarque qu'un passager-spectateur à  la fois, pour un itinéraire déroutant de 25 minutes dans la ville de Nyon. Les personnes rencontrées sur le parcours sont-elles là  par hasard? Dans la pénombre, la radio de la voiture crache une bande-son choisie avec soin. "Les spectateurs ont parfois des réactions surprenantes, certains prennent vraiment peur", expliquent Francesca et Sara, artistes du collectif "Strasse". Photos: Luca Chiaudano

Il y a d’abord cette attente dans la cour de l’Usine à  Gaz de Nyon, le nerf du Festival des Arts Vivants (Far°) qui se tient jusqu’à  samedi dans toute la ville. Elle est aussi le lieu de rendez-vous donné pour partir en vadrouille en tant que seul passager, pour 30 minutes, avec une inconnue.

 

Destination inconnue

Il fait nuit quand arrive la voiture carrosse. On la distingue à  peine. Puis, à  l’arrêt, au bord de la route, une portière s’ouvre. Une fille aux cheveux blonds et courts lève sa main et m’interpelle par un: «Are you waiting for the Drive In ?» Les salutations échangées, la porte claque. La conductrice enclenche le moteur. Elle seule connaît le parcours.

 

Les rues défilent et la chauffeur répète un geste régulier depuis le début: elle semble augmenter le volume de la radio. Les minutes passent sur l’écran de la machine, une mélodie se distingue enfin. La voiture accélère, ralentit, prend un virage à  gauche puis à  droite. Et les phares s’éteignent, pour se rallumer quelques secondes plus tard. Une femme, un large pull sur les épaules, marche le long de la route. Elle a les jambes nues.

 

À peine le temps de scruter cette personne surgie de nulle part que la voiture reprend de la vitesse. À la hauteur d’un rond-point, une femme semble avoir fait tomber ses courses. À petits pas, elle les ramasse, tranquillement. La conductrice tourne lentement. Puis accélère d’un coup. Deuxième passage du rond-point: la femme et ses affaires ont disparu. Cette première surprise pousse alors le spectateur à  regarder, tout autour, si une seconde ne l’attend pas dans un tournant. Et ce sont seulement cinq minutes qui viennent de s’écouler à  bord de Drive_In.

 

Une expérience déroutante

Pendant les 25 minutes restantes, les états d’âme varient. Du rire (nerveux?) à  l’effroi, en passant par la curiosité, l’excitation, on s’évade. Par la fenêtre, il y a le décor. De la radio, la musique devient bande-son. Le seul passager se fait réalisateur. Tout détail de la route, les gens, les arbres, le vent s’entremêlent. Est-ce que cette personne est vraiment là  par hasard? Et celle-là ? Entre fiction et réalité, la barrière se fait mince durant ce parcours surréaliste.

 

« Les spectateurs ont des réactions surprenantes »

«Strasse», c’est le nom du collectif féminin venu d’Italie qui a imaginé le projet Drive_In. Les artistes milanaises se jouent de l’espace urbain depuis 2006. Elles s’en inspirent pour donner corps à  un projet mêlant cinéma et théâtre, les domaines respectifs de Francesca De Isabella, et Sara Leghissa. «Le projet Drive_In était tout d’abord filmé. Nous avons ensuite décidé d’enlever la caméra pour laisser place à  un passager», explique Francesca, réalisatrice et conductrice de la voiture. La pellicule se déroule au gré des chemins empruntés. «Les spectateurs ont parfois des réactions surprenantes, certains prennent vraiment peur», observe Sara Leghissa, qui interprète l’un des personnages rencontré sur le parcours. La jeune femme conclut en souriant: «Au moment où la porte se referme et que la voiture vrombit, nous n’avons plus vraiment le contrôle, cela dépendra du passager».