Culture | 21.08.2013

Une femme de question

Texte de Joëlle Misson | Photos de © Joëlle Misson
Rencontre avec la chanteuse britannique déjantée Ebony Bones à  l'occasion de la sortie de son second album le 19 août, Behold, a Pale horse.
La chanteuse nous a rencontré simplement, dans un café de Lausanne.
Photo: © Joëlle Misson

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Ebony Bones est une personnalité surprenante. Ses costumes et ses mises en scène sont très recherchées et son univers unique. Plutôt colorée et «inter-galactique» pour la promotion de son premier album, Bone of my Bones, en 2009, la chanteuse-auteure-compositeure change de registre sur son second album Behold, a Pale Horse, sorti le 19 août en Suisse. L’univers y apparait à  première vue plus sombre, un mélange entre époque médiévale et luxure, le tout surplombé de son imposante tignasse blond cendré. Pourtant, la jeune anglaise ne transmet aucune onde négative en sa présence. Bien au contraire, ses réponses à  nos questions sont remplies d’invitations à  oser et à  l’optimisme. Ses sujets préférés? Les instants de tous les jours.

 

Sa musique, elle, surprend tout autant que sa personnalité. Les mélodies sont tantôt doucereuses, tantôt combattives. L’esprit qui s’en dégage est capable de vous refiler la banane pour la journée ou, au contraire, de vous faire un peu flipper. Toute de rose vêtue, Ebony Thomas de son vrai nom, nous a rencontré simplement, sans personne d’autre. Elle venait d’arriver à  la gare de Lausanne et nous a attendu, valises à  côté d’elle, au Café de Grancy. Entretien avec une fille un peu déjantée.

 

Le style de votre musique varie sensiblement d’une chanson à  l’autre. Qu’est-ce qui vous inspire lors de la composition?

Je suis inspirée par tout ce qui se passe à  l’instant. Pour moi, la musique est une question de moment présent et je m’en inspire. Normalement, je commence toujours par poser les basses, car je pense qu’elles sont le coeur de la musique. Sur chaque morceau les basses sont très différentes et spécifiques. Dès que j’ai fait cela, je suis capable de poursuivre la composition et d’exprimer ce que je souhaite dire. J’écris sur ce que j’observe et je tente de «documenter» cela de la meilleure manière qui soit, en me posant des questions.

 

Dans votre second album Behold, a Pale Horse y a-t-il un fil rouge que souhaitez suivre?

Mes thèmes tournent vraiment autour du fait d’avoir le courage de se poser des questions, de sortir de nos habitudes, d’être notre propre héros. Ne pas suivre tout ce qui est dit, mais être un individu à  part entière. Je pense que mon travail est aussi énormément inspiré par le fait d’être un enfant, je suis moi-même un peu enfant parfois. L’enfance est tellement optimiste, les enfants posent toujours des questions et ne s’arrêtent jamais jusqu’à  ce qu’ils aient la réponse. Quelque chose se passe lorsqu’on se «socialise» et qu’on arrête de se poser des questions. On s’installe dans la routine. Je pense qu’à  ma manière, je suis une femme «de question», m’accrochant à  mon optimisme.

 

«Etre son propre héros» c’est un peu votre devise?

Je pense que chacun souhaite diriger sa vie, ne pas avoir besoin de briser des murs pour atteindre la vraie vie. Vous pouvez vous poser vos propres questions.

 

Avez-vous toujours été quelqu’un d’un peu excentrique, ou n’est-ce que pour la scène?

Je ne suis pas aussi théâtrale dans la vraie vie que je le suis sur scène, où il s’agit clairement de spectacle, ce que j’adore faire. Il s’agit aussi vraiment de l’expression du moment présent. Sur scène, je suis comme un tigre, j’aime le public qui me donne cette énergie. C’est un peu mon théâtre. Par contre, je n’aime pas être entourée de beaucoup de monde quand je me trouve en studio. C’est mon endroit privé, mon «Eglise», je ne veux pas de tout un club à  l’intérieur. Juste moi et mon ingénieur.

 

Quels ont été les moments décisifs de votre vie?

Je pense que chaque moment crée l’instant présent. Je n’ai aucun regret et je ne voudrais pas revenir en arrière pour changer quoi que ce soit. Ces moments actuels existent à  cause de ce qui s’est passé auparavant. Cela vous a pris des millions d’années pour être ce que vous êtes, pour que votre ADN se forme, et ensuite, vous n’existerez plus jamais. Je crois vraiment que les choses se passent comme elles doivent se passer et pas autrement. Je pense que ce qui doit vous arriver arrivera, peu importe les choix que vous faites, et l’univers entier fera en sorte que cela arrive. Caque jour est un moment décisif. Je ne pourrais pas choisir un seul moment de ma vie qui soit décisif. Il y a des moments dans notre vie qui testent votre résistance, votre ténacité. La vie vous teste. Elle va tester quelle ardeur vous mettrez pour réussir, parvenir à  vos buts. Et il vous faut de la passion pour voir vos buts devenir réalité.

 

Quel a été votre parcours avant la sortie de votre premier album?

J’ai commencé par jouer un rôle dans une pièce de Shakespeare lorsque j’étais jeune. Travailler dans une pièce de Shakespeare aussi jeune, cela a réellement été un terrain d’entraînement à  la scène pour moi. J’ai ensuite travaillé à  la télévision et j’ai fini par composer ma propre musique.

 

Comment avez-vous commencé à  composer votre propre musique?

Je ne sais pas, c’était naturel. Vous savez, vous créez ce que vous voulez dans votre tête. Je savais que je devais diriger l’histoire de mon album par moi-même. Je savais que c’était une histoire que moi seule pouvait raconter et diriger. Je trouvais aussi qu’il y avait un énorme déficit de producteurs de musique dans l’industrie.

 

Pour vous, faire de la musique signifie-t-il vraiment tout réaliser? Ou pourriez-vous chanter des paroles qui ne sont pas les vôtres?

En fait, il y a dans mon deuxième album une chanson qui n’est pas de moi: elle est du groupe The Smiths, l’un des mes groupes favoris, et date de 1985. Mais j’ai voulu changer d’optique, et de lui donner un nouveau «twist». Pour moi, la musique est une question de liberté. Nous devons avoir la possibilité d’être plus créatif, sinon ce n’est pas vraiment de la création, c’est quelqu’un qui vous dit quoi faire, ou comment cela devrait sonner.

 

Ou vous voyez-vous dans cinq ans?

Vivante! Je pense que je continuerai à  créer de la musique ou aider les autres à  le faire en les produisant. J’espère que mon label sera toujours aussi florissant et je prévois que le plus de monde possible entende ma musique. Je voudrais que ma musique inspire les gens à  voyager, à  s’accrocher à  leurs rêves et leurs désirs et à  les réaliser. Mais parfois, nous devons un peu sortir des sentiers battus pour cela.

 

Info


Ebony Bones sera en concert à  Zürich le 31 août à  l’occasion du Zürich Openair.