Sport | 07.08.2013

Un coursier gêné ça n’existe pas!

Texte de Joëlle Misson
Cette année, Joséphine Reitzel a encore raflé la première place des Championnats du monde des coursiers à  vélo, après Chicago l'année dernière, dans le classement féminin. Du côté des hommes, c'est le New Yorkais Austin Horse qui a remporté la première place. Retour sur la finale et sur la fête qui a suivi.
Les coursiers observent, impatients, les premiers à  se lancer pour le plongeon à  vélo dans le lac. Celui-ci n'a pas froid... aux fesses. Et son amie n'a pas sa main dans sa poche. Photos: © Joëlle Misson

Selon le quotidien 24 Heures, les lausannois se seraient «taillés la part du lion» à  la finale des Championnats du monde des coursiers à  vélo, du 31 juillet au 4 août dernier. Il est vrai que les suisses représentent la moitié de ceux qui sont montés sur le podium de la «final race» dimanche 4 août aux Pyramides de Vidy à  Lausanne.

 

Les lausannois sont deux à  monter sur le podium, une femme et un homme: Joséphine Reitzel, qui ne se sentait pas nécessairement avantagée à  travailler dans la Cité Olympique, a pourtant remporté le prix. Et Jonas Vuille est arrivé deuxième dans le classement masculin. Sinon, en première place, on trouve le New Yorkais Austin Horse, et en troisième place le Berlinois Johannes Killisperger. Du côté des femmes, les deuxième et troisième places sont occupées respectivement par Anja Killcke de Bruxelles, et Lisa Schroeter de Zürich. Au départ de la course finale, 81 coursiers à  vélo sont partis tous en même temps pour effectuer un certain nombre de livraisons en un temps minimum.

 

Fête au bord du lac Léman

En soirée, environ 400 coursiers bordent le lac Léman autour des Pyramides de Vidy. Une vraie fourmilière. Les coursiers, bien que tous différents, arborent pour beaucoup des traits communs: les hommes sont très souvent barbus et tatoués. Mais les corps des femmes sont également nombreux à  exposer des tatouages. La plupart ornent leur tête de couvres-chefs typiques: une casquette à  visière courte et arrondie, remontée, sur laquelle on peut souvent lire le nom de l’entreprise – Pink Pedals par exemple – ou un autre texte.

 

Freestyle version coursier

Alors que la température est encore clémente et le soleil bien présent, quelques coursiers déplacent un jump jusqu’au bout du pont… Pour quoi faire? On le saura très vite. Les coursiers, qui ne savent pas que se déplacer en ville, ont prévu une descente depuis le haut des pyramides pour effectuer un saut en vélo dans l’eau. Un premier se décide enfin. Puis quelqu’un lance, comme pour rendre audible la pensée de chacun: «Who’s next?» (Qui est le suivant?). Et la réponse ne se fait pas attendre très longtemps. Au bout d’un petit moment, un deuxième se lance. Puis l’on entend: «une fille, une fille!» Et c’est ce qui arrive. Kenza ose le pari et se lance depuis le haut de la pyramide. Dès ce moment, plus besoin de patienter, le mouvement est lancé.

 

Une remise des prix qui n’en finit plus

Plus tard, il est temps pour les coursiers de se restaurer. Certains effectuent encore des plongeons en vélo, plusieurs bières sont déjà  consommées pour beaucoup, et le repas arrive: pizza au four à  bois et menus vegan. Chacun se régale en attendant (ou pas) la remise des prix. Qui arrive enfin à  21h30. Il fait déjà  nuit et c’est dommage pour les photographes et ceux qui se trouvent au loin. Au bout de 15 minutes, un éclairage portable est posé à  terre devant le podium. Mais rien n’y fait. La lumière est peut-être augmentée mais la couleur verte transforme les vainqueurs en versions miniaturisées de Hulk. Et surtout, surtout! elle attire les moustiques comme le sucre.

 

Les remises de prix foisonnent. Si bien qu’au fil des récompenses, on ne sait plus trop où on en est. Best tricks, skid, trackstand, backwards, sprint, cargo race, alleycat, Uphill sprint, main race, final race. (si vous n’y comprenez rien, cliquez ici) Mais encore! Un prix est distribué à  celui qui a osé le tour des Alpes en fixie, à  celui qui méritait un vélo neuf (il en a d’ailleurs reçu un!), à  ceux qui ont effectué la meilleure course en tandem. Et la liste n’est pas exhaustive.

 

Un coursier gêné ça n’existe pas!

Les coursiers sont solidaires. Même éloignés de plusieurs milliers de kilomètres le reste de l’année, rassemblés ici à  Lausanne, ils se connaissent tous. Il faut dire que parfois, certains s’imposent. Un coursier passe, l’air de rien, portant pour seul vêtement un string rouge. Au loin, on le distingue lui, et l’amie qui se trouve à  sa droite: celle-ci n’hésite pas à  donner une petite tape amicale sur les fesses de son collègue. On tourne la tête, et stupeur! Un homme déambule, en mode «Borat», string vert extensible jusqu’aux épaules. Il ne nous laisse pas deviner mais nous révèle carrément sa toison foisonnante. C’est ça, le monde des coursiers: aucune gêne. Même Joséphine Reitzel, lors de la cérémonie de remise des prix, s’orne pour simple vêtement d’une tenue d’Eve: des feuilles d’arbre accolées à  son bas de maillot de bain, et deux simples feuilles sur ses seins. Heureusement que la surface à  dissimuler n’est pas trop volumineuse.

 

Le mystère de la bière et du vélo

Bon, et puis à  les voir ce soir-là , on en conclut que les coursiers, ce sont des fêtards! Car la fête qui conclut ces cinq jours d’intense activité n’était de loin pas la seule de la semaine. Chaque soir, le programme des coursiers était le même: Chistole! Ce qui signifie faire la fête en «coursier». Si bien qu’on se le demande: comment font-ils pour tenir l’allure en vélo? Cela restera peut-être le mystère de ce Championnat. Et des autres.