Sport | 07.08.2013

Compétition décontractée

Texte de Joëlle Misson | Photos de © Joëlle Misson
Du 2 au 4 août, les citadins ont dû se débrouiller autrement qu'avec l'aide de leur véhicule pour atteindre la Cité lausannoise, du Pont Bessières à  la Cathédrale et même jusqu'au Vallon.
Lausanne, une ville plutôt ardue pour les coursiers à  vélo, avec ses descentes et ses montées.
Photo: © Joëlle Misson

En sortant du métro à  l’arrêt Bessières, le plus proche de la Cité à  Lausanne, les voies de circulation sont bloquées pour les automobilistes. Les citadins auront dû se débrouiller autrement qu’avec l’aide de leur véhicule pour atteindre la vieille ville lausannoise, du Pont Bessières à  la Cathédrale et même jusqu’au Vallon, du 2 au 4 août 2013 (période du parcours en ville). C’est en effet dans cet environnement escarpé, où montées et descentes se succèdent à  chaque virage, que près de 500 coursiers à  vélo venus du monde entier se sont retrouvés pour leur championnat bi-annuel.

 

Reproduire le quotidien d’un coursier

Une sorte de stand se trouve là , à  côté du passage piéton de la sortie du métro. Un stand? Plus exactement, un checkpoint. Un lieu de livraison fictif pour les coursiers qui concourent au 21ème Championnat du monde. Il y a douze checkpoints sur tout le parcours. Le but, c’est d’en réaliser le plus possible en une heure maximum. Une fois le délai dépassé, les pénalités entrent en jeu: une livraison annulée par minute dépassée. On ne rigole pas.

 

Vendredi 2 août, c’est sous un soleil de plomb que les coursiers, déterminés, sillonnent la vieille ville de Lausanne, avec son sol pavé. Ils le fouleront encore durant deux jours. Equipés de casquette, de lunettes à  soleil et de l’élément indispensable, hormis le vélo bien sûr, leur sac à  dos. Certains concourent avec le maillot de leur entreprise: on peut ainsi voir des coursiers à  l’enseigne de Vélocité (Lausanne), Velokurier Freiburg ou Berne et d’autres entreprises mondiales, de Genève à  New York, en passant par Edimbourg et jusqu’à  Taipei (Taiwan).

 

Sur la Place du Château, l’accueil est animé. Vendredi à  15h, plusieurs coursiers ont déjà  terminé le parcours, alors ils se restaurent et se rafraichissent. Des dizaines de vélo ornent la place, tous bien alignés. C’est aussi ici qu’a lieu le départ de la course, qui descend en direction de la Cathédrale. Un début en descente qui peut sembler facile: mais qui ne reste qu’une impression initiale.

 

Des bénévoles pour la sécurité

Retour sur le Pont Charles Bessières. Ici (et ailleurs) des spectateurs encouragent les coursiers: «Allez! allez! » Les surnoms donnés laissent à  penser qu’ils se connaissent déjà  bien. A chaque passage piéton ou croisement avec le circuit, des bénévoles sont postés afin d’assurer la sécurité des passants et des cyclistes. Ils veillent à  ce que que tout danger soit écarté et donnent leur top départ aux piétons tout en soulevant les banderoles afin de libérer le passage. Pas question de trainer en traversant le circuit!

 

Fais gaffe à  ton vélo!

Derrière la Brasserie du Château, au bout de la rue Pierre Viret et avant la montée de la rue de l’Industrie, se trouve probablement l’un des checkpoint les plus vicieux. Tout d’abord, il force nos coursiers à  stopper leur course juste avant une montée, et pas des moindres. L’effort pour repartir est surmultiplié alors que les experts de la livraison sont sur leur lancée en descente et à  plat depuis la Cathédrale de Lausanne. Mais attention aux pièges! Ici, le cadenassage du vélo est obligatoire. Pour reproduire la vie de tous les jours où un coursier malchanceux peut se faire piquer son vélo au détour d’une livraison. Et les distraits ou les pressés retiendront la leçon! Un coquin bénévole ne manque pas de chiper les vélos non-assurés à  tous les coups! Et là … «damned!» lance un membre de la course. Mais où est passé mon vélo? «Tu dois le cadenasser ici!» se voit-il répondre. Dépité, le coursier rengaine: «Je l’ai cadenassé partout sauf ici!» Dommage! Il n’avait même pas besoin d’assurer son vélo contre le vol aux autres checkpoints du parcours.

 

«C’est assez marrant de leur piquer leur vélo», rigole une membre du staff, toujours au même endroit du parcours, au checkpoint qui porte le nom de la marque Kryptonite. «Mais on le leur ramène assez vite», poursuit-elle. Heureusement c’est ce qui arrive, et après avoir fait un petit tour, le bénévole spécialiste dans le vol de vélo fait son apparition. Soulagé, le coursier récupère son outil de travail et se dépêche de repartir. En prenant une grande inspiration avant la montée qui l’attend.

 

Et même s’ils plaisantent comme ici, les staffs et bénévoles jouent bien le jeu: «Ah ma livraison est arrivée! Ca fait trois semaines qu’on l’attend!» Peu importe qu’il s’agisse d’une compétition, les échanges à  chaque checkpoint sont animés et se déroulent dans la bonne humeur. On rigole et on n’hésite même pas à  rattraper le biberon tombé de la poussette de bébé, alors qu’une maman passe par là .

 

Un parcours difficile

Le parcours n’est pas des plus faciles, comme l’a relevé Joséphine Reitzel, championne mondiale féminine cette année encore, dans l’interview accordée à  Tink.ch la semaine dernière. Il comporte notamment plusieurs escaliers, qui obligent les coursiers à  descendre de leur vélo, le porter et enfin remonter dessus. Des efforts non négligeables, comme l’atteste aisément la mine de plusieurs coursiers essoufflés. Mais les profils sont variés: des plus déterminés qui semblent avoir avalé le plan aux plus hésitants, feuille du parcours à  la main, jusqu’à  ceux qui s’arrêtent carrément afin d’observer la carte ou pour reprendre leur souffle. Mais beaucoup optent pour la méthode pratique: scotcher le plan du parcours au guidon de leur vélo.

 

Après l’effort, le réconfort!

Vers 16h, sur la Place de la Cathédrale, c’est déjà  le début de la fête pour plusieurs coursiers: la musique tourne à  tue-tête et un bar est installé, le Zhawaii. Les muscles et les têtes se refroidissent, pour laisser place à  une ambiance décontractée, loin de toute compétition. Parce que les coursiers à  vélo, c’est une grande famille internationale. «On est tous des frères», nous décrit Joséphine Reitzel, «peu importe où l’on est, si on trouve des coursiers, on est chez nous.» Ce qui explique bien que la compétition est bien plus légèrement abordée que dans n’importe quelle autre course sportive. Ici, c’est d’abord l’amusement, la participation, et le plaisir de se retrouver qui prime.