Culture | 07.07.2013

Un Nabucco féérique dans les arènes d’Avenches

Texte de Xavier Willemin | Photos de Marc-André Guex
La première représentation de Nabucco dans le cadre du festival Avenches Opéra a eu lieu vendredi. Tink.ch y était pour vous faire partager les émotions de ce festival particulier. La preuve que le mot "festival" n'implique pas forcément "rock'n'roll" !
Un univers fondu dans un environnement naturel hors du commun.
Photo: Marc-André Guex

Tout commence par l’arrivée à  pied dans la magnifique cité romaine d’Avenches, perchée sur sa colline. Le spectacle commence à  21h30, à  la tombée de la nuit, mais le charme opère déjà  lorsque les derniers rayons de soleil transpercent encore l’horizon. La lumière rasante s’écrase sur les murs de pierres des différents bâtiments de la cité antique. Une beauté prémonitoire.

 

La plupart des spectateurs est déjà  sur place et profite des stands de l’esplanade principale. La présence de nombreux français et surtout de germanophones souligne le côté multiculturel de l’évènement, en partie grâce à  la proximité de la frontière linguistique. Finalement, les langues se lient et laissent place au chant des hirondelles pour entamer la première partie musicale du concert. Le public se dirige alors vers les entrées des arènes pour profiter du véritable «plat de résistance.»

 

Emerveillement initial

Une fois entré dans les gradins, on remarque premièrement l’immense décor qui orne la scène. Un émerveillement pour ceux qui découvrent le festival mais aussi pour les initiés, qui ne se lassent pas de redécouvrir cet univers fondu dans un environnement naturel hors du commun. L’ocre claire contraste très bien avec les tons légèrement plus gris de la pierre naturelle. Quant aux deux écrans géants, on les remarque à  peine, intégrés dans les éléments de décor de part et d’autre de la scène.

 

De manière générale, tout l’aspect technique du spectacle se fait discret. Les lumières n’y font pas exception. Les arènes ne se prêtent pas réellement à  un fleurissement de projecteurs. Ca tombe bien, nous sommes là  pour une ambiance intime, de « communion », pour reprendre le terme d’une protagoniste du spectacle.

 

La voix au défi de l’acoustique

La nuit fait timidement son apparition, laissant alors la place au la d’accord de l’orchestre. On entend alors une espèce de pot pourri de l’Š«uvre à  suivre avec notamment le « Va, Pensiero ». Puis les figurants font leur apparition et le spectacle peut réellement commencer.

 

Même si le manque de puissance sonore, tant individuelle que collective (l’opéra n’est pas sonorisé), a pu décevoir, nous relèverons l’incroyable performance de la soprano Maria Billeri (dans le rôle d’Abigaïl) qui est finalement une des seules à  pouvoir réellement relever le défi de l’acoustique avec son coffre impressionnant. Une performance sonore donc, pas à  son apogée mais largement compensée par la nature intimiste de l’opéra.

 

Un succès visuel

Mais s’il est une chose qui aura marqué le public venu nombreux en ce doux soir d’été, c’est bien l’esthétique du spectacle. Les tons pastels des costumes, tantôt froid, argenté, tantôt en rappel de la couleur poussière de la scène, sont parfaitement mis en valeur par les teintes tamisées des projecteurs. Une grande réussite.

 

Sceptique intégration technologique

Suite à  la grande fierté des organisateurs vis-à -vis de l’intégration des nouvelles technologies dans le spectacle, nous nous concentrons sur les images projetées sur les écrans géants. Mine de rien, il y a beaucoup à  regarder et à  voir à  l’opéra ! Les chanteurs, les décors, les textes traduits sur de petits écrans… c’est attractif ! Mais il ne nous aura pas fallu longtemps avant de décrocher les yeux des plusieurs millions de LED de ces incrustations métaphysiques dans le spectacle.

 

Ravissement général

Une rapide analyse du public confirme que ce festival vise aussi des amateurs en quête de découvertes. De nombreuses familles sont présentes dans l’assistance et des applaudissements mal placés attestent d’un manque de connaissance de l’Š«uvre.

 

Le public n’a pas donné le plaisir d’une « standing ovation » aux artistes, mais l’enthousiasme est incontestable. Les « bravo » fusent et les applaudissements sont francs. Tout le monde rentre alors chez soi, avec le souvenir d’une soirée mémorable.