Sport | 30.07.2013

« La force physique n’est pas primordiale »

Texte de Joëlle Misson | Photos de Joséphine Reitzel
Joséphine Reitzel participera aux Championnats du monde de coursiers à  vélo, du 30 juillet au 4 août dans la capitale olympique. Entretien.
Coursier à  vélo, un métier exigeant qui demande physique et stratégie. Il se transforme en véritable sport à  l'occasion des Championnats du monde.
Photo: Joséphine Reitzel

Double championne du monde des coursières, en 2010 à  Guatemala City et en 2012 à  Chicago, ainsi que double championne d’Europe, en 2011 à  Madrid et dernièrement, en juin 2013, à  Berne, le palmarès de la suisse Joséphine Reitzel, 29 ans, est plutôt impressionnant. A trois jours de la course principale du Championnat du monde des coursiers à  vélo, la jeune femme n’a pas une minute. Elle s’entraîne? Même pas! Impliquée dans l’organisation de l’événement qui a lieu du 30 juillet au 4 août à  Lausanne, elle n’a pas même le temps de penser à  la course! Pire, elle «s’en fiche un peu», dit-elle en rigolant, sur le ton de la bonne humeur. Tink.ch l’a interviewé.

 

Les derniers championnats d’Europe ont été dominés par les suisses (Tous les médaillés, hommes et femmes, sont suisses). Les suisses sont-ils meilleurs que les autres dans ce domaine?

Je pense que la manière dont on est formés en Suisse est efficace. On sait bien gérer le timing et l’organisation ce qui est un point fort. Comme on l’a déjà  beaucoup dit, la stratégie est très importante. Le physique est important mais pas prédominant. La preuve est que la personne qui a remporté les championnats nationaux aux Etats-Unis est une femme, et ce n’est pas parce qu’elle est plus forte physiquement.

 

Alors en quoi consiste la stratégie?

Ici, il s’agit d’un parcours fermé. Tout le monde connait à  l’avance les routes à  prendre. Il faut bien réfléchir car si on loupe une intersection, on refait le tour, et on perd du temps. Il faut penser futé et être un peu «flemmard.» C’est-à -dire bien réfléchir afin de ne pas avoir à  repasser deux fois par les mêmes routes. Il faut la capacité physique pour l’effort intense et la capacité mentale. Si vous prenez comme exemple les cyclistes au Tour de France, ils sont incapables de réfléchir durant leur course. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont une oreillettes par laquelle on leur dit quoi faire. Ici, il faut aussi être conscient et alerte et c’est ça qui est génial.

 

La ville de Lausanne et ses dénivellations est réputée féroce pour les cyclistes. Le fait d’exercer votre métier à  Lausanne joue t-il en votre faveur? (Joséphine Reitzel travaille chez Vélocité, à  Lausanne)

C’est aussi une question que je me pose. C-˜est sûr, je connais bien Lausanne, et j’ai l’avantage d’être habituée à  rouler en pente. Par exemple à  Chicago tout est plat: je ne suis pas une personne qui a beaucoup de puissance alors je souffre à  plat car je n’ai pas les cuisses qu’il faut. Chacun son point fort.

 

Je ne prend pas forcément beaucoup les rues du parcours planifié au Championnat. Je ne les apprécie pas vraiment, il y a beaucoup d’escaliers, que j’évite d’habitude car je n’aime pas descendre de mon vélo pour y remonter. J’ai même découvert des rues que je ne connaissais pas. Sur ce parcours, je n’ai pas forcément l’impression d’être avantagée, à  part peut-être pour descendre la rue de la Mercerie ou depuis la Place du Château jusqu’à  la Cathédrale.

 

Quelle est la difficulté du métier de coursier?

Les intempéries, les agressions des automobilistes. On est des professionnels et on énerve parfois les automobilistes, ce que je peux comprendre. Les voitures qui nous coupent la route, les coups de klaxons, à  la longue ça fatigue.

 

Il faut aussi être très attentif car parfois on transporte jusqu’à  20 kilos sur le dos. Mais on l’a choisi et il y a plein de cotés de positifs qui font que l’on oublie facilement les inconvénients.

 

Lesquels?

Une grande liberté, le bonheur de pouvoir être sur son vélo, à  l’extérieur. L’interaction avec la ville, rencontrer des gens. Je vis tout cela un peu comme un jeu, je me mets dans la peau de quelqu’un d’autre, je peux m’exprimer sur mon vélo, chanter… J’aime également ne pas savoir ce qui m’attends chaque jour: c’est toujours la surprise.

 

La course principale du Championnat a pour but de recréer la journée de travail d’un coursier. Le championnat ne demande-t-il donc pas plus de préparation qu’une journée de travail?

Lors d’une journée de travail, nous ne sommes jamais 4 heures de suite «au taquet.» Il y a des moments sans livraisons, des pauses. Ici c’est non-stop durant 4 heures. Nous devons aussi réfléchir nous-mêmes. Au travail, ce n’est pas nous le cerveau: quelqu’un nous dit où aller et par où passer. Durant le Championnat, on est maître de notre destin: on nous donne une feuille où est notée la liste de livraisons à  effectuer et les obligations. Il faut bien lire ce qui est noté et bien planifier son parcours. Durant le Championnat, il faut également être très vif: pleins de coursiers roulent en même temps, c’est une vraie fourmilière.

 

Est-ce que vous visez le titre de championne du monde à  Lausanne cette année?

Je n’ai jamais rien visé. Je le fais simplement parce que j’adore ça. J’espère que le meilleur gagnera et surtout que ce sera une belle bataille. Je me réjouis de rouler parce que j’aime le faire, mais si une autre personne gagne, je serai très heureuse. D’ailleurs, j’aimerais bien que ce ne soit pas une personne de Lausanne qui remporte le prix. Ce serait la preuve que ce n’est pas parce que l’on vient de Lausanne qu’on est avantagé. Mais si je gagne, je ne vous cache pas que je serai aussi contente!

 

Info


Les Championnats du Monde des coursiers à  vélo ont lieu à  Lausanne du 30 juillet au 4 août 2013. Les courses principales de qualification ainsi que la finale et la remise des prix ont lieu du 2 au 4 août. Plus d’informations sur www.cmwc2013.com

 

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