Culture | 03.07.2013

« La belle époque » au Montreux Jazz

Texte de Nina Borcard
Après 46 ans de loyaux services, le Montreux Jazz Festival vit un tournant de son histoire par la disparition de son fondateur Claude Nobs au début de cette année 2013, au plus grand regret de son fidèle public. Cette année et certainement les suivantes se consacreront alors à  lui rendre hommage. Gérald et Florence, bénévoles en 1979 me racontent le Montreux Jazz Festival il y a 34 ans: commémorer le passé, une façon de mieux comprendre le Montreux Jazz d'aujourd'hui.
Peter Tosh au Montreux Jazz Festival en 1979. L'affiche du Montreux Jazz Festival en 1979. Photos: DR

Nous sommes au début du mois de juillet 1979 au bord du lac Léman. A Montreux. La foule se presse à  l’entrée du casino de la ville. Le Montreux Jazz Festival, évènement de l’année, entame sa 13ème année pour une durée de 24 jours. L’atmosphère est estivale, le beau temps est au rendez-vous, les quais de la ville s’animent. Un public hétéroclite, jeune et moins jeune, déchaîné, habillé de carreaux noirs et blancs. C’est cette année et les quinze suivantes que le Festival s’imposera petit à  petit comme l’un des plus importants du monde entier, «la belle époque» comme Gérald l’appelle. Une ambiance festive, de l’inattendu, des rencontres légendaires… le Montreux Jazz Festival, un esprit unique.

 

Un « job » qui fait rêver

Quelques semaines auparavant, Gérald et Florence, 24 et 25 ans à  l’époque, décident de profiter du Montreux Jazz Festival en tant que bénévoles durant trois semaines «prises sur mes vacances» s’empresse de préciser Gérald.  «Histoire de prendre du bon temps tout en rendant service: une activité plutôt sympa pour l’été», déclarent-ils en toute modestie. Et oui, ils peuvent participer aux concerts comme les autres spectateurs (enfin presque): les billets leur sont fournis gratuitement, ils sont nourris, rémunérés 20 francs par jours (quand même) et reçoivent un 33 tours des concerts auxquels ils ont assisté. Géarld contrôle les billets à  l’entrée et s’assure que les salles restent non-fumeur; et oui, en 1979 déjà  il était interdit de fumer à  l’intérieur, certainement en raison de l’incendie de l’ancien casino 7 ans auparavant. Quant à  Florence, en plus du contrôle à  l’entrée, elle se trouve en backstage: un excellent moyen de rencontrer les artistes et de taper la cosette. «Les nuits étaient bien chargées, on était jeunes en ce temps-là » reconnaissent-ils. Avec engouement ils mentionnent les soirées barbecue sur la terrasse et la folle ambiance de ces concerts légendaires.

 

Des légendes en concert, la folie !

«En 1979, c’était l’avènement du reggae avec entre autre Peter Tosh et the Wailers», se remémore Florence avec un brin de nostalgie. «Pour nous c’était du tout nouveau, une musique inconnue qui a tout de suite séduit son jeune public, une ambiance formidable, à  la cool», continue-t-elle. Tous les concerts se produisent dans le casino de Montreux ce qui permet une ambiance plus intimiste et familiale au plus grand bonheur de leur public. «Mais à  l’époque, il y avait déjà  des concerts sur les bateaux» ajoute Gérald.

 

Le ska est lui aussi au rendez-vous et amène un public intergénérationnel déchaîné. Gérald et Florence évoquent le concert de Weather Report, groupe de jazz-rock fusion très attendu par les spectateurs. Tellement attendu qu’ils montent sur scène avec trois quarts d’heure de retard: «le public a failli démonter la salle!» Malheureusement, lorsque les membres du groupe débarquent enfin, ils sont tellement ivres qu’ils sont incapables de jouer. Le public est furieux.

 

Bien entendu, et heureusement, tous les concerts ne se passent pas ainsi et la majorité sont mémorables: Miles Davis, Ray Charles, Ella Fitzgerald, Count Baisie ou encore Dizzy Gillepsi. «Le public se diversifie avec la jazz, une toute autre atmosphère» se rappelle Gérald. Des soirées essentiellement jazz mais aussi rock, chanson française, reggae et même chanson brésilienne sont de la partie, l’ambiance du Montreux Jazz Festival est très diversifiée selon les artistes programmés, «à  chaque soir, sa couleur», dépeignent-ils.

 

«Souvenirs, souvenirs»

Florence revit son expérience en backstage, une expérience qui lui a permis de rencontrer de nombreux artistes. «Ceux dont je garde le meilleur souvenir sont Peter Tosh et AI Jarreau, des personnes si simples et abordables avec lesquelles on ne pouvait s’empêcher de sympathiser», raconte-t-elle. Autre souvenir marquant: le concert d’un groupe pratiquement inconnu, «mais tellement bon que c’était un pur plaisir de s’y trouver avec les autres bénévoles.»

 

Quant à  Gérald, il se souvient de la tradition du dernier soir où des artistes se produisaient toute la nuit, suivis du petit-déjeuner dans le jardin du casino: «une occasion de rencontrer des gens, avec lesquels nous avons gardé contact de façon épisodique.» Les cinquantenaires se souviennent aussi de la personnalité exceptionnelle de Claude Nobs, très présent, qui disait clairement ce qu’il attendait du staff, «difficile de l’oublier.» En somme, «un magnifique souvenir et évènement» qui a d’ailleurs permis à  Gérald et Florence, aujourd’hui mariés et parents, de se rencontrer.

 

 

Info


En 2013, c’est la création de deux nouvelles salles qui va ravir son public: le Montreux Jazz Lab proposera des concerts inédits et des come-backs, et le Montreux Jazz Club pour un retour à  l’authenticité musicale. La première se transformera en «nightclub» le reste de la nuit, sans couvre-feu au plus grand plaisir des noceurs. Quant à  la deuxième, elle se métamorphosera en Jam Session, une grande tradition du festival.

 

Pour cette nouvelle édition,  le Montreux Jazz Festival garde son fameux Auditorium Stravinski et les quais de la ville s’animent à  nouveau avec remodelage de façon à  rendre de la meilleure façon qui soit l’ambiance «musiques noires américaines» qui après tout sont à  la base du Festival.

 

Côté musical, le festival propose un programme haut en couleur, conforme à  son affiche 2013; une «opening night» avec entre autre Leonard Cohen et Rodriguez , suivis de Sting, Green Day et Wycleff Jean en passant par I AM auxquels s’ajoutent des concerts gratuits.

 

Links

  • www.montreuxjazzfestival.com