Culture | 11.06.2013

Silence, on chante!

Texte de Joëlle Misson
L'adaptation cinématographique, réalisée par Tom Hooper, de la comédie musicale "Les Misérables" sort en DVD le 13 juin.
Hugh Jackmann dans le rôle de Jean Valjean, et Isabelle Allen dans le rôle de Cosette, enfant. Anna Hathaway a raflé 24 récompenses pour sa prestation de Fantine dans cette adaptation des Misérables. Photos: © Universal Pictures International France

«Do you hear the people sing, singing the song of angry men…» En l’an 1815, 26 ans après le début de la Révolution Française, Louis XVIII est au trône de la République. C’est dans ce contexte, le même que celui du roman de Victor Hugo, que débute l’adaptation cinématographique, réalisée par Tom Hooper, de la comédie musicale Les Misérables.

 

Dès le début, Hugh Jackman est méconnaissable en Jean Valjean esclave. Les yeux rougis, la mine aigrie, le corps affaibli, il stupéfait par son jeu réaliste et touchant. Sa quête d’une vie meilleure, son désespoir devant Dieu à  qui il s’adresse ne peut que provoquer un pincement de coeur.

 

Epoustouflante Anne Hathaway

Huit ans plus tard, en 1823 à  Montreuil-sur-Mer, la misère et la rage du peuple est infâme. Jean Valjean est devenu M. Madeleine, maire de la ville. Nous faisons alors la connaissance de Fantine, forcée de travailler sans relâche pour envoyer de l’argent à  sa fille, confiée aux Thénardier, horrible couple profiteur et arnaqueur.

 

Encore une fois, le rôle de Fantine, interprété par Anne Hathaway est époustouflant! Elle sait, avec justesse et perfection, donner vie à  l’effroyable descente aux enfers de Fantine, qui se voit contrainte de vendre ses cheveux, ses dents et de se livrer à  la prostitution pour pourvoir aux besoins de Cosette, sa fille. Elle ignore bien entendu les comportements malsains des Thénardier envers Cosette et elle-même. L’actrice nous envoie encore au visage un solo chanté à  vous tirer les larmes du plus profond des tripes.

 

Pour ceux qui connaissent le roman de Victor Hugo, c’est l’injustice de la loi sans morale que l’auteur dénonce. Celle qui pousse le contremaître à  renvoyer sans égard Fantine, qui finit à  la rue. Sa dépravation est consternante, interpellante et vibrante de sensations.

 

Voué à  la justice

L’absence de loi morale qui pousse aussi l’inspecteur Javert à  poursuive Jean Valjean sans relâche pour avoir volé un morceau de pain. L’impitoyable inspecteur lui aussi merveilleusement interprété par Russel Crowe est totalement voué à  la «justice» dont il fait sa religion tout en se disant «au service du Seigneur». Et l’acteur laisse parfaitement transparaître le tourment qui l’obsède: après que Valjean l’ait libéré, Javert est hanté par cette question: Valjean est-il un homme bon? Lui qui pensait qu’un criminel le restait toujours… On notera le bruit glaçant du choc du corps de Javert heurtant la Seine.

 

Tout est grandiose

Difficile de trouver le bémol de cette comédie musicale. Comme chaque adaptation cinématographique, le récit ne peut être transposé au détail près, surtout pour un roman tel que Les Misérables, qui compte 2000 pages en édition française de poche. Mais la mise en scène exceptionnelle, l’émotion qui se dégage de la Révolution menée par les étudiants, la bande-son, les décors, l’amour à  sens unique d’Eponine, celui partagé de Cosette et Marius, l’héroïsme de Gavroche et d’Enjolras au moment de lever son drapeau rouge avant qu’une balle ne l’éjecte de plein fouet… Tout, absolument tout est grandiose.

 

Des rôles sur mesure pour les Thénardier

Helena Bonham Carter excelle en Mme Thénardier dont l’adaptation déjantée lui convient à  ravir! Un rôle réalisé sur mesure pour l’actrice britannique adepte de ce genre d’interprétation de personnages glauques et extravagants tels que ses rôles dans Sweeney Todd, Harry Potter ou Alice aux Pays des merveilles. Sacha Baron Cohen est également affreusement convaincant dans le rôle d’un M. Thénardier insensible et exécrable.

 

Hugh Jackman envoûte même en chantant!

Hugh Jackman restera stupéfiant tout au long du film, jusqu’à  l’avant-dernière scène, au moment de sa mort. Cet instant, qu’il vit aux côtés de Cosette et Marius, nous arrache les larmes qui se tenaient sur le qui-vive depuis le début du film.

 

Même si l’absence de texte (l’adaptation est entièrement chantée) peut à  premier abord être rebutante, le spectateur s’y habitue vite. La chanson permet par dessus tout d’exprimer des émotions profondes que le dialogue ne pourrait transmettre à  moins de longs monologues ennuyeux.

 

Pléthore de récompenses et critiques mitigées

Le film a râflé 33 récompenses aux multiples remises de prix cinématographiques dont les Golden Globes® de meilleur film musical ou comédie, meilleur acteur dans un film musical pour Hugh Jackman et meilleure actrice dans un second rôle pour Anna Hathaway. Cette dernière a par ailleurs remporté 24 prix pour cette même catégorie. Mais aussi les Oscars® des meilleurs maquillages et coiffures et du meilleur mixage de son. Comme quoi l’excellence du film va bien au-delà  de la performance des acteurs.

 

Les critiques parues après la sortie des Misérables de Tom Hooper en février en Suisse varient de long en large. Des plus émerveillés aux plus réfractaires, comme on aime à  le dire souvent: on adore ou on déteste.

 

Info


 

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Bonne chance!