Culture | 25.06.2013

On a tué Superman

Texte de Joëlle Misson | Photos de DR
En tant qu'admiratrice de Loïs et Clark, les nouvelles aventures de Superman, je savais en me rendant à  la séance qu'il en faudrait beaucoup pour m'impressionner et me convaincre. Man of Steel est sorti le 19 juin sur les écrans en Suisse et propose une version supplémentaire de l'épopée Superman.
Une histoire mêlant extraterrestres, FBI et destin de l'humanité, c'est en quelques mots le contenu de Man Of Steel.
Photo: DR

Il n’est pas chose aisée d’adapter au grand écran une énième version du super-héros. Dans Man of Steel, le réalisateur Zack Snyder s’est premièrement risqué à  ne pas intituler son film «Superman». Mais ce n’est pas le seul risque qu’il a pris. Man of Steel semble virevolter difficilement durant une heure quarante, avant qu’un semblant de piquant ne vienne s’y frayer son chemin.

 

Krypton à  la limite du fantastique

Le spectacle s’ouvre sur la destruction de la planète Krypton, celle dont est originaire Clark Kent/Superman/Khal-el. Une Krypton qui défie l’imaginaire: créatures mi-futuristes mi-ancestrales proches des dinosaures, et les vaisseaux spatiaux! Des vaisseaux spatiaux qui nous propulsent volontiers plus facilement dans le monde d’Alien et Predator. Non, décidément la séance vient à  peine de débuter mais le spectacle est trop gros. Un début apocalyptique et mouvementé: le spectateur est projeté en avant, sans avoir le temps d’assimiler.

 

Le passé pour comprendre le présent

Tout le film est construit avec une alternance entre la vie actuelle de Clark et son enfance, dont les souvenirs ressurgissent. A plusieurs reprises, on mesure l’impact de toutes les adaptations précédentes à  ce volet de Superman, dont certaines scènes nous rappelerons plus volontiers Smallville. Et si l’on avait dû choisir un acteur qui rétablirait le plus fidèlement possible les traits de Tom Welling alias Clark Kent dans Smallville, on n’aurait pas fait mieux qu’avec Henry Cavill.

 

« Jésus et Superman, même combat? »

Mais c’est la vision très christique de Superman qui frappera les plus attentifs. Avec des répliques telles que «j’ai une chance de sauver la Terre en me livrant», ou un plan dans lequel Clark adopte une position en croix avant de voler à  la rescousse de l’humanité menacée par le méchant kryptonien Zod (Michael Shannon). Et pour ceux qui veulent aller plus loin, on remarquera que durant des années, le super-héros a vécu éloigné du monde tout en faisant le bien autour de lui avant que son existence ne soit révélée au monde à  l’âge de 33 ans, et qu’il ne doive le sauver en éliminant Zod, claire représentation symbolique du mal. L’évidence de la comparaison avec le Christ est flagrante. D’ailleurs, le journal catholique La Vie n’est pas passé à  côté en titrant l’un de ses articles : «Jésus et Superman, même combat?». Il mentionne que le film a fait l’objet d’une immense propagande qui visait la population chrétienne des Etats-Unis. Propagande qui n’a, soit dit en passant, pas convaincu tout le monde.

 

Des enchainements difficiles

Mais revenons au reste du film. Au bout d’une heure quinze, on s’étonne qu’aussi peu de temps se soit écoulé: encore un peu plus d’une heure à  tenir, allez! Durant 1h40, les scènes se suivent, lassivement. La mise en scène est froide, les émotions et les discours plats. Il n’y a aucune transition entre les plans. Même si l’action ne manque pas, le spectateur est essoufflé de ces énièmes explosions invraisemblables et aspire à  un peu de calme et de normalité. Une histoire mêlant extraterrestres, FBI et destin de l’humanité, c’est en quelques mots le contenu de Man Of Steel. Ce n’est qu’au moment où, dans son vaisseau, Jor-el (Russel Crowe) le père de Khal-el/Clark apprend à  Loïs Lane (Amy Adams) comment détruire Zod et ses acolytes, que l’histoire semble commencer à  rebondir de manière plus entraînante. Notez, le mot « Superman » n’apparait qu’au bout de 2h de film. Il s’agit donc bel et bien d’une adaptation relatant de la vie pré-Superman de Clark Kent. Un tantinet modernisé (et de ce fait dé-ridiculisé) le costume au « S » mythique est offert à  Khal-el par son père biologique.

 

Zack Snyder a-t-il tué Superman?

Peut-être bien. La rencontre entre Loïs Lane et Clark Kent se produit car la fougueuse journaliste enquête sur lui. Avant de s’en éprendre bien sûr. La magie des péripéties de la relation Clark-Loïs a été brisée. Amy Adams, qu’on a vue dans Arrête-moi si tu peux, n’arrive pas à  la cheville de la brillante interprétation de la journaliste de Teri Hatcher dans la série télévisée des années 90. Nous ne sommes pas dans le même registre me direz-vous. Ici, on joue dans la catégorie des blockbusters américains, qui finissent sérieusement par devenir lassants à  force de nous balancer au visage des effets spéciaux tous plus absurdes les uns que les autres. Et une discrète allusion à  Lex Luthor, dont nous n’avons pas entendu parler jusque là , avec les camions Luthor Corp qui éjectent lors du duel final entre Superman et Zod.

 

Garder le monde à  l’oeil

Reconnaissons tout de même que la fin de Man of Steel a son charme. Agacé du fait que le FBI tienne à  le surveiller, Superman détruit l’un des engins spatiaux américains. Et la réplique censée inciter à  la confiance restera mythique: « Plus ricain que moi tu meurs! » Maintenant que Clark Kent a découvert comment mettre ses dons au service de l’humanité, il doit «trouver un job où il peut garder le monde à  l’oeil». Et le voilà  qui débarque au Daily Planet, lunettes sur le nez, et le sourire un peu niais qu’on lui connait au visage. Il salue Loïs Lane (dommage qu’ils se connaissent déjà ) et… c’est là  que l’aventure commence bon sang!