11.06.2013

Les ODD en discussion

Texte de Lucie Rosset
Des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) aux objectifs de développement durable (ODD): un nouveau terme pour un nouvel élan ou une illusion de progression?
On pourrait s'interroger sur l'origine de ces modifications. Mais la simple évocation de ces faits permet de questionner l'utilité de la mise en place de nouveaux objectifs. Tableau: Lucie Rosset

En 2015 se terminera la période pour laquelle étaient fixés les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) établis par l’ONU en 2000. Aujourd’hui, la Communauté internationale est en pleine réflexion sur le processus, déjà  communément appelé «Post-2015», qui devrait voir naître un nouvel ensemble d’objectifs. Devrait-on continuer à  inventer de nouveaux objectifs et instruments ou au contraire persévérer avec ceux qui existent, toujours pas atteints ?

 

Des améliorations mais inégales

A moins de 1000 jours de leur terme, le bilan des OMD est mitigé. Globalement, on observe des améliorations notables dans la plupart des domaines, mais celles-ci sont réparties inégalement. Certaines régions, comme l’Asie orientale se sont «développées» relativement rapidement et se rapprochent des objectifs fixés, alors que d’autres en sont encore très loin comme l’Afrique Subsaharienne. Ces faits suggèrent une autre question: est-ce que ces améliorations proviennent réellement des programmes de coopération chapeautés par l’ONU et menés par des milliers d’ONG à  travers le monde? Là  encore, la réponse n’est pas tranchée. Mais il est évident que les questions de développement subissent les mêmes règles du jeu que le reste: le financement est orienté dans des domaines et régions desquels les investisseurs peuvent tirer profit directement ou indirectement.

 

Le processus de consultation sur le programme Post-2015 est en cours partout, tant au sein des gouvernements que dans la société civile. La difficulté résulte, comme dans tout processus participatif, d’arriver à  un consensus qui fait sens. Où en est-on actuellement? La définition de thèmes prioritaires et de buts concrets – pour la plupart quantitatifs – à  atteindre dans ces domaines, n’a toujours pas été établie de manière claire en raison de l’incapacité des acteurs à  adopter une vision véritablement systémique. Les thèmes prioritaires semblent néanmoins changer partiellement. En décembre 2012, l’ONU a publié les résultats d’un questionnaire mesurant, entre autres, la fréquence d’occurrence de certains thèmes. Comparons les OMD définis il y a treize ans et ceux identifiés aujourd’hui comme prioritaires.

 

De nouvelles priorités

Alors que l’agriculture n’était même pas mentionnée dans les OMD, la «sécurité alimentaire et l’agriculture durable» est aujourd’hui considérée, par une grande majorité, comme le thème n°1. L’OMD 3, la «promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes» a disparu alors que «l’énergie» est apparu et occupe la troisième place, devant l’ «éducation» et la «réduction de la pauvreté» par exemple. On pourrait évidemment, au-delà  des limites de cet article, commenter plus largement ces différences et s’interroger sur les raisons qui sont à  l’origine de ces modifications. Mais la simple évocation de ces faits permet déjà  de revenir sur la question de l’utilité de la mise en place de ces nouveaux objectifs et d’y répondre partiellement.

 

Tout est question de temps

L’aspect temporel est particulièrement intéressant. L’ONU est bien connue pour sa lenteur, la négociation sur les virgules paraît d’ailleurs être sa spécialité. Sans aborder les problèmes de la légitimité du droit international et de l’absence de son caractère exécutif, on peut percevoir les résultats que les textes négociés peuvent avoir sur l’évolution du débat politique, à  condition de considérer une période suffisamment longue. Certains croient, avec une perspective temporelle suffisante et avec optimisme, aux bienfaits du renouvellement des engagements des Etats-membres à  travers la création de nouveaux objectifs. D’autres, plus impatients et pessimistes – peut-être même réalistes – ne comprennent pas l’utilité du constant renouvellement d’objectifs qui ne seront jamais complètement atteints.

 

La création des ODD qui remplaceraient les OMD dès 2015 constitue-elle un pas en avant ou une illusion de progression? La réponse est donc tout aussi mitigée que le bilan actuel des OMD: elle dépend principalement de la perspective temporelle que l’on adopte.

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