11.06.2013

Epreuves sur glace

Texte de Eva Hirschi
A l'Université de Genève, les examens de la faculté des sciences économiques et sociales ont été organisés sur banquise: nous avons en effet composé à  l'intérieur de la patinoire du club de hockey sur glace Genève-Servette.
C'est sur la surface où évolue les hockeyeurs du Genève Servette que des étudiants genevois ont passé leurs examens. La glace avait été enlevée au préalable; mais les températures restaient tout de même peu agréables. Les étudiants ont été parfois amusés et parfois agacés de la rusticité du mobilier. Photos: Eva Hirschi

En recevant mes dates des examens au début du mois de mai, j’ai lu «Patinoire Vernets» comme indication de lieu des épreuves mais ça ne m’a pas particulièrement frappée. La grande patinoire, qui se trouve juste derrière l’Uni, est le sanctuaire du club de hockey sur glace Genève-Servette. Ne me doutant de rien, je me suis dit: ils ont sûrement de très belles salles de réunion pour les conférences de presse. Normalement, les étudiants de la Faculté des sciences économiques et sociales (SES) de l’Université de Genève passent leurs examens dans le centre de congrès Palexpo, juste à  côté de l’aéroport. Cette année, il en a été autrement.

 

L’Uni recommande de s’habiller chaudement

Une semaine avant le début des examens, je reçois un mail de la part du secrétariat SES. «En raison de la chute de la température, nous vous recommandons de vous habiller chaudement pour les examens. En effet, la surface importante du local ne permet pas de garder une température constante. Nous vous souhaitons plein succès pour vos examens.» Je n’en crois pas mes yeux. Un poisson d’avril retardé, peut-être? L’université glisse sur la mauvaise pente.

 

L’information se diffuse à  grande vitesse sur les réseaux sociaux. Sur Facebook une capture d’écran du mail circule et les commentaires abondent: de «Mes propres playoffs…» jusqu’à  «est-ce que la mise en échec est autorisée?» tout a été écrit. Sur Twitter aussi le sujet est présent. Une étudiante se plaint: «mes neurones se figent en température glaciale!» Et même sur le célèbre site d’anecdotes viedemerde.fr, un commentaire est posté: «Aujourd’hui, mon université a oublié de louer la salle qui permet aux étudiants de passer leurs examens depuis 20 ans. La faculté de droit les passera dans la salle de conférence d’un hôtel, et la mienne… dans une patinoire, où il est vivement conseillé d’être chaudement vêtu. VDM.» 4263 personnes approuvent. L’évènement arrive jusque dans la Tribune de Genève, où un article lui est dédié.

 

Réservation oubliée?

Non seulement la nouvelle se répand vite, mais les rumeurs aussi commencent à  émerger. L’Uni a-t-elle oublié de réserver, en temps et en heure, les salles de Palexpo? Ou est-ce des mesures d’économie? A en croire la déclaration faite par l’Université, rien de cela n’est vrai. «Il y a des travaux à  Palexpo. Et la priorité a été donnée à  d’autres manifestations, raison pour laquelle on a dû chercher une nouvelle localité», explique Sandro Doudin, responsable de la division bâtiments, logistique et sécurité de l’Université de Genève. «A Genève, il n’existe pas beaucoup de salles suffisamment grandes, et répartir les étudiants aurait été compliqué», complète le responsable.

 

Froid, bruyant et inconfortable

Si Bernard Morard, doyen de la faculté de SES, estime qu’il s’agit des «mêmes conditions d’examens qu’à  Palexpo», les étudiants voient les choses autrement. Le froid, les tables bancales et les chaises inconfortables sont autant de gênes. Mais personne ne pouvait prévoir qu’il ferait si froid un début de mois de juin. M. Doudin précise: «Nous laissons les chauffages de la patinoire tourner à  fond toute la nuit, et aussi pendant la pause de 12 à  14 heures. Pendant les examens, nous devons les éteindre, à  cause du bruit.»

 

Mais voilà  qui mécontente beaucoup d’étudiants SES: leurs confrères de la Faculté de droit passent leurs examens dans un hôtel. Avec moquette, chauffage et chaises confortables inclus. L’Université l’explique par le nombre moindre d’étudiants en droit (en 2012, 4408 étudiants en SES contre 1930 en droit, selon les statistiques publiées par l’Unige). «Et le moindre budget», ajoutent quelques étudiants; la faculté réfute.

 

Conditions pas optimales

Pourtant tous les étudiants ne sont pas gênés par les examens à  la patinoire. «C’est vrai que ces conditions ne sont pas optimales, mais au moins c’est beaucoup plus proche de l’Université, on gagne une demi-heure de route par rapport à  Palexpo qui se situe à  l’autre bout de la ville», argumente Mark Jaeggi, président de l’AESPRI (Association des Etudiants en Sciences Politiques et Relations Internationales). Et en fin de compte, la glace a été enlevée avant d’y installer les tables d’examens.

 

Moi aussi, j’ai dû passer mes examens à  la patinoire. Ma table n’était pas bancale, mais après une demi-heure j’ai eu froid (malgré mes deux grands pulls). Plus que deux heures et demie d’examen devant moi. J’ai frotté mes mains l’une contre l’autre pour les réchauffer en espérant que le professeur arriverait à  déchiffrer mon écriture…

 


Info

Cet article, traduit de l’allemand, a été initialement publié sur le site Internet du magazine NZZ Campus le 6 juin 2013 (lien vers l’article original).

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