23.05.2013

Une exposition pour casser les stéréotypes

Texte de Anne Forget | Photos de Hervé Annen
Le 15 mai à  l'arcade Go Out Mag, dans le quartier de Plainpalais à  Genève, l'ambiance était gay. Près de 150 personnes de tous horizons se sont réunies pour le vernissage du nouveau volet de la campagne "j'InterAgis" de l'association LGBT Youth Suisse, soutenue par Madame Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève.
Environ 150 personnes ont manifesté leur soutien à  la campagne "j'InterAgis", lancée en 2010 et qui investit en 2013 l'espace public par le biais d'affiches placardées dans la ville.
Photo: Hervé Annen

Hétérosexuels, homosexuels, jeunes, moins jeunes, le 15 mai à  Genève les participants sont venus (re) découvrir la campagne de lutte contre l’homophobie, la transphobie et plus généralement contre les stéréotypes, qui était visible sur 115 espaces publicitaires de la ville du 8 au 22 mai.

 

Pas que pour les LGBT

Certains sont venus pour rencontrer leurs amis, ou comme Pierre « parce qu’il y avait des lumières allumées et que l’ambiance semblait sympa« . D’autres encore étaient de passage à  Genève et profitaient de l’occasion pour passer une bonne soirée. Nelly et Aline, quant à  elles, sont venues témoigner leur soutien à  la communauté LGBTIQ (Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transgenre, Intersexe et Queer), parce que leur meilleur ami est homosexuel, qu’elles sont d’origine africaine et qu’elles « [savent] ce qu’est la stigmatisation des minorités« . Qu’ils habitent loin ou dans le coin, qu’ils soient là  sur invitation, par intérêt ou par curiosité, tous se sont sentis concernés par les questions LGBT. La campagne « j’InterAgis » de l’association LGBT Youth Suisse a été accueillie avec enthousiasme.

 

Une campagne qui fait mouche

Ce soir-là  à  la rue du Diorama, c’était l’occasion de découvrir ou de redécouvrir les visuels de la campagne. Une famille suisse, un couple ou encore un ouvrier posant tous avec une panneau sur lequel on lit « j’InterAgis »: les affiches ont pour but de briser le tabou de l’homosexualité, de « casser les stéréotypes qui nous empêchent d’aller vers l’autre » comme le rappelle Rachel, membre du comité de LGBT Youth Suisse.

 

Certains visiteurs estiment toutefois que les affiches sont peu représentatives de la réalité, qu’elles sont « simplistes » et « clichés« . Abdellah lui, s’inquiète des répercussions de la campagne: « en cassant un tabou on peut en créer un autre« , confie-t-il. Mais au-delà  du design, le concept fait l’unanimité. Virginie* ne fréquente pas tellement les associations LGBT qu’elle trouve trop stigmatisantes, mais apprécie que la campagne s’impose à  tous « comme une force tranquille« , sans jugement ni traumatisme.

 

Cécile au contraire, n’est pas satisfaite des actions militantes qu’elle juge trop peu nombreuses à  Genève. Avec la campagne, elle voit enfin un moyen pour que les personnes LGBT soient visibles dans l’espace public. Pour que d’autres personnes LGBT sachent qu’elles ne sont pas seules et qu’il existe des associations.

 

De l’homophobie en 2013?

L’homophobie ne se traduit pas toujours par des violences. « Même en Suisse, les stéréotypes sont encore bien ancrés dans la société, qui est fondamentalement faite pour des hétérosexuels« , estime Sandrine Cina, co-fondatrice de l’association LGBT Youth Suisse. Malgré ce qu’on en dit, l’homosexualité n’a pas fait son coming out, c’est la grande oubliée du placard: elle est restée taboue, du domaine du privé, et peu osent l’afficher ouvertement. La solution selon LGBT Youth Suisse? Interagir. Pour Sandrine, interagir signifie d’abord changer ses attitudes et son langage.

 

Emmenée par Sandrine Cina et Isabelle Favre, l’association LGBT Youth Suisse a été fondée en 2010 à  l’initiative d’un groupe de jeunes venus de tout le pays. Elle s’adresse aux jeunes de moins de 30 ans de toute la Suisse. Elle a pour mission de développer un environnement positif aux questions et aux personnes LGBT. L’association a lancé sa campagne « j’InterAgis » en 2010, sous forme d’activités ludiques, de happening, d’actions de sensibilisation pour le grand public. Menée dans toute la Suisse, plus de 2000 personnes y ont participé, dont de nombreuses personnalités pubiques. En 2013, à  l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre l’homophobie du 17 mai, les affiches de la campagne investissaient officiellement l’espace public, avec le soutien de la Ville de Genève.

 

* Prénom d’emprunt