Culture | 06.05.2013

Parcours du combattant

Texte de Anne Maron | Photos de Lupo/pixelio.de
En quoi consiste exactement le rôle d'un éditeur dans le processus de publication d'un livre? C'est la question que Tink.ch s'est posée le week-end dernier, et c'est au Salon du Livre et de la Presse de Genève, qui a eu lieu du 1er au 5 mai que nous avons trouvé la réponse.
Les grandes maisons d'édition comme Gallimard publient jusqu'à  1500 nouveaux livres par an. Quelle chance pour un auteur de trouver sa place au milieu de cette arène?
Photo: Lupo/pixelio.de

Entre le moment de sa rédaction et celui où il arrive entre nos mains, un livre effectue un véritable parcours du combattant et doit passer par plusieurs étapes. La plus importante d’entre elles, l’édition, est souvent méconnue du grand public. Avec une équipe et des moyens plus ou moins importants, la maison d’édition reçoit tous les manuscrits envoyés par les auteurs et sélectionne ceux qu’elle estime intéressants selon des critères propres à  sa ligne éditoriale. L’éditeur travaille ensuite en collaboration avec l’auteur qu’il a choisi et lui propose des modifications et des corrections pour son texte. Ils discutent également de la mise en page, de la couverte et de la quatrième de couverture. Ca y est, le livre est prêt, il ne reste plus alors qu’à  lui donner vie. C’est le moment de l’impression puis de la promotion de l’ouvrage, qui permettra à  nos romans préférés de se retrouver sur la devanture des librairies.

 

Les grands groupes d’édition tels que le géant français Gallimard, véritable usine littéraire avec ses 1500 nouveautés par an selon un article du Monde paru en septembre 2012, sont composés de multiples branches: édition, promotion, étude des droits… Une enquête du Nouvel Economiste décompte même plus de 20’000 employés en 2012, à  la fois dans le secteur de l’édition et dans les librairies appartenant au numéro 3 du secteur en France.

 

Des chemins alternatifs

Mais s’il est difficile pour un auteur de se faire publier par les grands noms, il existe également des petites structures souvent plus abordables. Anne Voirin, présente au Salon du Livre de Genève, est membre du comité Plaisir de Lire, une maison d’édition associative de Suisse romande qui vient tout juste de célébrer ses 90 ans d’existence. Dans cette équipe, nous trouvons un comité de lecture qui ne publie pas plus de cinq auteurs par années. Le rythme y est donc moins effréné et les délais de publication, ainsi que la promotion, dépendent des subventions obtenues. «Une de nos auteures a attendu sept mois entre le moment où elle nous a envoyé son livre et le moment où nous l’avons publié», explique Mme Voirin. «Pour d’autres, l’attente a été de deux ans et demi.»

 

Mais la compétition reste rude pour les auteurs qui souhaitent être publiés. Malgré leur statut associatif, les Editions Plaisirs de Lire reçoivent déjà  une centaine de manuscrits par année, ce qui laisse imaginer ce qui se passe dans l’arène des grands groupes éditoriaux.

 

Les affranchis

Mais certains auteurs ont fait le choix de s’affranchir de ces contraintes et de créer leur propre maison d’édition. C’est le cas de Roosevelt, un talentueux dessinateur originaire du Brésil qui a fondé les Editions du Canard afin de pouvoir publier ses propres Š«uvres, parfois jugées trop originales par d’autres éditeurs.

 

Autodidacte et indépendant, il lui est toutefois difficile de proposer ses services à  d’autres. «Les Editions du Canard sont une structure encore insuffisante pour répondre aux besoins et aux attentes des auteurs», explique-t-il. Mais lorsque le jour viendra de ses premières collaborations avec d’autres auteurs, Roosevelt s’engage à  respecter la spécificité de chacun sans multiplier les suggestions de modifications, «sauf pour les jeunes auteurs qui font parfois des erreurs classiques». Il est d’avis qu’«on ne peut pas faire une bonne bande-dessinée avant 40 ans. Il faut avoir du vécu et des choses à  raconter.»

 

Et le numérique dans tout ça?

A l’heure de la génération 2.0, il est légitime de se demander quel est l’avenir des livres en papier. Pour Anne Voirin et l’association Plaisir de Lire, «il ne faut pas passer à  côté du numérique!». Internet a été bénéfique pour cette petite maison d’édition: relooking du site web, création de newsletters, publication d’e-books… «Les réseaux nous ont également permis d’augmenter notre visibilité et le potentiel de vente directe sur le site» explique Mme Voirin. Mais l’avantage est aussi du côté des auteurs: Internet a facilité les prises de contact et les propositions de manuscrits se trouvent multipliées. Pleine d’ambition pour la suite, elle conclut: «Les nouveaux médias ont toujours quelque chose de positif à  apporter».