Sport | 28.05.2013

« La médiatisation du triathlon est un mal nécessaire »

Texte de Frédérique Danniau | Photos de DR
Dans le cadre de notre série consacrée au triathlon, la parole est donnée ce mois-ci à  François Willen, expert de la discipline.
François Willen connait bien la discipline: il est entraîneur pour la fédération suisse de triathlon. "Par rapport à  d'autres sports, le triathlon d'une très bonne renommée. Il a ce côté fun, spectaculaire et stratégique qui le rend agréable à  regarder".
Photo: DR

Ancien de la Fédération suisse de natation, François Willen officie depuis septembre 2012 comme manager sportif pour la Fédération suisse de triathlon. Il a désormais sous sa responsabilité une équipe boostée par la victoire de Nicola Spirig et le diplôme de Sven Riederer aux Jeux Olympiques de Londres.

 

Que dire aux détracteurs du triathlon qui prétendent que ce n’est pas un sport à  part entière mais «seulement» trois épreuves successives?

Qu’ils essaient de participer à  un triathlon! Certes, ce sont trois épreuves classiques qui se succèdent mais c’est justement cela qui rend ce sport original. L’enchainement n’est pas facile à  gérer. Un athlète me confiait récemment qu’il faisait trop de vélo et qu’il avait les jambes trop lourdes pour courir.

 

Tous les sports intègrent des épreuves combinées et polyvalentes: le 4 nages à  la natation, le décathlon en athlétisme, le biathlon en ski de fond… Et chaque athlète est spécialiste dans sa branche. Le triathlon a ceci de particulier qu’il a trouvé son autonomie et ne dépend pas de la fédération d’une des trois disciplines comme les exemples que je viens de citer. C’est peut-être ce qui gêne les gens. C’est une gêne politique et non sportive car les disciplines combinées existent partout.

 

En général, les triathlètes viennent-ils de l’une des trois disciplines? Ou choisissent-ils directement le triathlon comme sport de prédilection?

Une récente étude réalisée à  la Haute école fédérale de sport de Macolin a questionné les 50 meilleurs de la discipline à  travers le monde. Il s’est avéré que 70% d’entre eux provenaient de la natation et qu’aucun n’avait choisi le triathlon à  la base. Quant aux entraîneurs, c’est pareil: tout évolue et c’est la preuve que le triathlon prend son autonomie. Mais je pense que dans le futur, les triahtlètes lse seront orientés vers cette discipline dès le début.

 

 

 

Comment ce changement s’amorce-t-il?

C’est une tendance générale. Par exemple, les entraîneurs sportifs professionnels disposent d’un diplôme fédéral depuis 2004 seulement. Grâce à  ceci, le triathlon, comme les autres sports, est valorisé et existe en tant que métier. Désormais il faudrait qu’il soit protégé car tout le monde ne peut pas s’improviser entraîneur sportif. Cela amènerait une qualité certaine aux entraînements et donc des résultats sportifs.

 

 

Quelle est selon vous la plus grosse difficulté lorsque l’on s’entraîne pour un triathlon?

La gestion du temps, assurément. Natation, course à  pied et vélo sont trois sports nécessitant de l’endurance, et qui demandent qu’on y consacre un temps phénoménal. Il faut également être un bon technicien en natation et un avoir corps bien construit pour courir.

 

 

Justement, on dit que la natation est la plus importante des disciplines. Est-ce exact?

Il faut être un bon nageur pour être avec le peloton. Mais c’est lors de la course que tout se joue. Au vélo, on peut plus ou moins facilement rester dans le groupe grâce au drafting [technique qui permet d’économiser jusqu’à  40% de son énergie en se positionnant directement derrière le cycliste qui précède, ndlr] qui est désormais permis lors de certaines courses.

 

Mon leitmotiv est de dire «si tu veux savoir nager en compétition, alors fais de la compétition.» C’est-à -dire que pour n’importe quelle discipline il est bon de se mettre dans les conditions de la compétition. C’est là  que l’on se rend compte des difficultés et qu’on apprend à  les surmonter.

 

 

Une nouvelle forme de triathlon a fait son apparition il y a quelques années: le triathlon en relais par équipe. Pouvez-vous nous en dire plus?

Il s’agit d’un triathlon disputé par deux femmes et deux hommes où chaque membre de l’équipe se relaie après avoir couru un triathlon complet mais de courte distance. On parle même d’une apparition de la discipline aux Jeux Olympiques de Rio 2016. La réponse définitive sera connue en octobre de cette année.

 

 

C’est très avant-gardiste, le fait de mêler les hommes et les femmes dans une discipline?

Oui. Et cela rend la chose très stratégique car les places ne sont pas définies. Et puis, il n’y a pas de raison particulière de séparer les genres dans un relai. On pourrait y penser pour le 4×400 à  l’athlétisme par exemple!

 

 

A quel point le triathlon est-il connu et médiatisé, en Suisse et dans le monde?

Moi qui proviens du monde de la natation, je peux en témoigner: par rapport à  d’autres sports, nous bénéficions déjà  d’une très bonne renommée. Le triathlon possède ce côté fun, spectaculaire et stratégique qui le rend agréable à  regarder. C’est un sport qui se pratique en eaux vives, dans les villes. L’aspect visuel est bien plus intéressant que si l’on reste cantonné dans une piscine olympique par exemple.

 

L’Ironman, ce triathlon hors-norme qui enchaîne 3,8 kilomètres de natation, 180 kilomètres de cyclisme et un marathon, entretient aussi le mythe. Le grand public associe facilement l’Ironman à  la discipline et c’est à  double tranchant: l’Ironman n’est pas le triathlon, mais il participe à  le rendre fascinant.

 

 

La discipline a-t-elle besoin des médias pour perdurer?

A nouveau, on joue sur deux aspects. Pierre Parlebas, sociologue français, prétend que le but du sport est de faire du profit. Si l’on accepte ceci, la médiatisation est évidente et nécessaire, sinon le sport n’en est pas un et ne peut se développer. En sport, il y a un vainqueur et un vaincu, un règlement, des fédérations qui doivent survivre en vendant la discipline. Je dirais que la médiatisation est un mal nécessaire. La pression qu’elle exerce sur les athlètes et leurs équipes n’est pas toujours facile à  gérer.

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