14.05.2013

Jeunesse catholique: pourquoi cet engouement?

Texte de Joëlle Misson
En 2012, de nombreuses vidéos tournées par de jeunes catholiques ont fleuri sur le net. Quelles sont les raisons de cet engouement de la jeunesse, dans une branche du christianisme qu'on croyait, à  tort certainement, trop conservatrice pour s'intéresser aux médias, ou sur le déclin? Et qu'est-ce que cela dénote?
Fin 2012, le Catho Style crée le «buzz catho» avec 670'000 vues sur YouTube.

Le Catho Style, parodie catholique du célèbre Gangnam Style, Bref version catho ou encore le Cathologue: voici quelques exemples de la vague audiovisuelle dont s’est emparée de la jeunesse catholique en France l’an dernier. Les jeunes de la Frassateam, âgés de 25 à  30 ans, ont été les premiers à  lancer le mouvement. En 2007 déjà , ils filmaient Les aventures de Cadichon, un récit de la Nativité mettant en scène des Playmobils. Mais Cadichon était encore loin de la qualité de Bref version catho, qui a sorti la Frassateam de l’ombre avec près de 450’000 vues sur YouTube. Début mars, ils ont lancé Péril Jeûne, leur nouvelle série disponible sur le net. Avec toujours le même esprit déjanté sur fond de spiritualité.

 

«On a pris un risque…»

Fin 2012, le Catho Style crée le «buzz catho» avec 670’000 vues sur YouTube. Crée par les jeunes de la Communauté du Chemin Neuf (CCN) en France, la vidéo a pour but initial de promouvoir leur festival d’été Welcome to Paradies. Mais Mustapha Amari, réalisateur du Catho Style explique que l’objectif premier est d’annoncer l’Evangile. Et en effet, le clip vidéo fait à  peine mention du festival. «On a pris le risque de jouer avec les symboles chrétiens», poursuit-il. «Nous savons ce que nous croyons mais nous voulions être un peu aventuriers et nous poser la question: comment faire pour que cela intrigue suffisamment?»

 

Les jeunes de la CCN ont dû être rapides sur ce coup: «Il y avait une vague sur laquelle il fallait surfer rapidement», avoue le réalisateur. Il ajoute que cette vidéo a été très bien accueillie par le milieu catholique «autant chez les jeunes que par la Conférence des évêques de France.» La preuve? La CCN a reçu le 24 janvier pour son Catho Style le «prix spécial du jury» de la Fédération française de la presse catholique (FFPC), à  l’occasion des Journées St-François de Sales, à  Annecy.

 

Et les jeunes Suisses qu’en pensent-ils?

«Je me questionne sur la motivation de ces vidéos, en particulier le Catho Style», lance Gilbert Conus, 27 ans et responsable du groupe des 20-30 ans de l’Eglise catholique romaine à  Lausanne. Pour lui, s’il s’agit «de faire du buzz pour faire du buzz» cela n’est pas une bonne motivation. En revanche, il apprécie le contenu des vidéos Bref. version catho et du Cathologue: «Il y a une vulgarisation sans prise de tête, tout en apportant du contenu.» Mais s’il s’agit d’attirer du monde à  l’Eglise, le jeune responsable ne pense pas que cela soit nécessaire.

 

Dans un autre milieu, Natacha Lacombe, 25 ans et responsable de la communication au sein de l’Eglise ICF Genève est «hyper pour.» Elle poursuit: «J’ai été étonnée au début de voir des catholiques faire ça. Mais je suis très contente si eux aussi veulent montrer à  notre génération que Dieu n’est pas seulement pour les vieux.» Il faut dire que la communauté ICF est particulièrement familière de ces nouvelles technologies et accueille de nombreux jeunes chaque semaine. En mars, le groupe de jeunes YouthPlanet d’ICF Lausanne a filmé un Harlem Shake, disponible sur Youtube.

 

Etre dans l’ère du temps

Hervé Guénéron, directeur de la FFPC, dénote une volonté beaucoup plus forte que par le passé de l’Eglise catholique de s’afficher dans l’ère du temps. Volonté d’autant plus encouragée par le Vatican.

 

Quant à  savoir si ce genre de vidéos attirent les internautes à  l’Eglise, Hervé Guénéron est sceptique. «Le contenu est assez pauvre et rustique», glisse-t-il. «Mais ces vidéos sont faites avec une bonne humeur et un dynamisme qui tranche avec le conservatisme de l’Eglise, et attire la sympathie.» Cela peut peut donc contribuer à  donner une image positive de la religion qui essaie de se renouveler, moins conformiste et plus délurée qu’on ne le pensait.

 

Regain d’intérêt pour la religion?

Alors, assiste-t-on à  une recrudescence d’intérêt pour la religion ou à  un renouveau catholique? Le philosophe Marcel Gauchet déclarait au Nouvel Observateur, le 6 mai: «Il y a effectivement une montée identitaire du catholicisme français. C’est une mutation historique majeure, portée par une jeunesse à  la fois conservatrice et moderne».

 

Dans le même article, la soeur Nathalie Becquart, qualifie les jeunes pratiquants, conscients d’être minoritaires, d’une «génération de croyants plus fervents qui cherchent à  vivre leur foi dans tous les aspects de leur vie, dans leurs engagements politiques, professionnels ou associatifs.»