28.05.2013

Développement durable: «Etre dans le vif» avec AED

Fondée à  Neuchâtel en décembre 2012 par 17 étudiants de diverses facultés et divers âges, «Alternative Etudiante Durable» est une nouvelle association estudiantine favorisant le développement durable.
Favoriser les actions, la prise de conscience et la responsabilité individuelle et collective en valorisant la récupération de nourriture, des principes essentiels pour AED.Photo : Anaïs, https://www.facebook.com/AedNeuchatel
Photo: Anaïs, https://www.facebook.com/AedNeuchatel

Les membres d’Alternative Etudiante Durable (AED), actifs et motivés récupèrent tous les vendredis des paniers de nourriture qu’ils redistribuent aux étudiants en échange de coups de main ponctuels; un concept intelligent mais plutôt rare en Suisse, contrairement à  la France ou la Belgique. AED est une association ambitieuse, avec beaucoup d’idées qui ne demandent qu’à  éclore; une envie d’agir, de s’engager, d’être dans le vif! Sarah Ducret vice-présidente de l’association et étudiante en ethnologie à  l’Université de Neuchâtel nous en dit plus. Interview.

Comment récupérez-vous la nourriture et d’où vous est venue cette idée ?

Nous sommes depuis peu en collaboration avec Table Suisse, association qui agit bénévolement dans toute la Suisse pour la récupération de nourriture dans les supermarchés, COOP surtout qui est partenaire de l’association et récemment avec Migros, afin de la redistribuer dans des foyers d’accueil. Et depuis peu, ils en redistribuent dans notre association.

L’idée du partage de nourriture est partie du GREEN, Groupe des Etudiants en Ethnologie de Neuchâtel dont je suis la présidente. A notre grande surprise, le concept a très vite pris de l’ampleur et nous avons donc décidé de créer une association à  part, l’AED.

Quels sont les projets d’ Alternative Etudiante Durable?

Nous voyons trois objectifs à  notre association: premièrement, nous agissons en récupérant et redistribuant de la nourriture gratuitement en échange de l’implication des étudiants dans divers projets de développement durable.

Deuxièmement, l’idée est de créer un espace culturel étudiant, pour aller plus loin dans la redistribution de nourriture: la transformer afin de pouvoir offrir des petits repas aux étudiants, trouver des cuisinières à  mettre à  leur disposition… Cet espace nous permettrait aussi d’organiser des ateliers en relation avec le développement durable comme par exemple faire des bocaux de légumes de printemps pour l’hiver, récupérer et faire des meubles en carton, favoriser le troc (vêtements, vélo,…) etc.

Notre troisième objectif, toujours en lien avec l’espace culturel est d’organiser des conférences et des évènements afin que cet espace deviennent un pôle pour les étudiants, un endroit fixe pour se réunir.

Vous êtes 17 étudiants à  avoir fondé AED, cela fait beaucoup de personnes, comment vous organisez-vous ?

Oui, effectivement nous sommes beaucoup. Il n’est pas toujours facile de s’organiser, cela prend du temps et de l’organisation et nous fonctionnons donc beaucoup sur la division par exemple lors de réunion, quelques personnes seulement y vont et font un feedback aux autres. Notre nombre est aussi ce qui fait notre force; nous travaillons beaucoup en réseau, ce qui nous permet de nous dispatcher pour nous faire connaître.

Vous parlez d’objectifs, votre association est nouvelle, a-t-elle démarré avec succès ?

Comme je l’ai dit, elle s’est très vite développée. Nous devons être 30 membres à  présent sans compter les membres bénéficiaires qui se sont inscrits ou qui ont signé notre pétition; ils sont «enregistrés» et peuvent ainsi participer à  la réception des paniers, s’impliquer et en bénéficier. Par leur signature, ils soutiennent aussi notre demande de local permanent; nous avons temporairement demandé à  l’Université de nous en fournir un pour une phase de test. Cette situation provisoire nous permet d’avoir notre espace étudiant et de gentiment démarrer notre premier objectif qui est de récupérer et redistribuer des paniers de nourriture. Mais pour pouvoir progresser et développer notre objectif d’espace culturel, il nous faut trouver un local fixe.

J’imagine que votre but est d’amener de plus en plus d’étudiants à  vous accompagner dans vos démarches. Quelles actions entreprenez-vous pour faire de la publicité ?

Au départ, nous avons commencé par entreprendre des actions un peu à  l’aveugle et cela a finalement fonctionné. Notre première action a été la « vente de soupe à  la criée », cuisinée avec des légumes récupérés. Une occasion de sensibiliser les gens, d’expliquer les principes d’AED, de faire signer des pétitions pour que les étudiants en parlent autour d’eux.

Nous organisons aussi un pique-nique le mardi à  midi entre nous et à  nouveau, c’est une manière de se montrer. C’est d’ailleurs lors de notre première distribution de paniers que nous avons croisé par hasard le conseiller communal ainsi que le responsable du développement durable de la ville. Ils ont signé notre pétition et ont fait suivre. Il y a donc toujours un retentissement d’une manière ou d’une autre, un rebondissement, à  notre étonnement aussi.

Y a-t-il beaucoup d’étudiants sensibles au développement durable alors ?

Etonnement oui! Chacun y met son grain de sel à  sa manière. Pour la petite anecdote, nous voulions (dans un autre cadre qu’AED mais qui reste en lien) trouver un jardin potager pour pouvoir cultiver nos propres fruits et légumes. Beaucoup étaient motivés à  nous soutenir. Cela fait maintenant quelques semaines que des graines y ont été plantées. Pour l’instant ce projet n’est pas lié directement à  AED mais l’est en devenir. Nous découvrons ainsi qu’il y a un vrai engouement, un vrai intérêt de la part des gens.

Etes-vous en lien avec d’autres associations ?

Oui, nous avons plusieurs collaborateurs qui nous permettent de nous développer: comme je l’ai dit, entre autres le GREEN et Table Suisse mais aussi CARITAS et Ecoparc.

Nous collaborons aussi avec le service social de l’Université en ce qui concerne les bénéficiaires par exemple; ce qui a fait le succès plutôt rapide de notre association c’est bien le fait que nous ayons mis l’accent sur le fait qu’il y a bel et bien une précarité estudiantine même si elle n’est pas chiffrée. Bien entendu, c’est une précarité qui inquiète moins les gens mais il y a des étudiants qui n’ont pas d’aide sociale alors qu’ils en auraient besoin. Nous voulions donc tenir compte de cette «pauvreté étudiante», et élargir au mieux tous les bénéficiaires.

Votre association a maintenant quelques mois, où en êtes-vous à  présent ?

AED était tout d’abord une association indépendante mais il y a eu par la suite l’appel à  projet de la CUS, Conférence Universitaire Suisse. La CUS a lancé un e-mail à  tous les étudiants car ils mettaient des fonds à  disposition pour des projets en lien avec le développement durable. Nous avons donc décidé de déposer notre dossier: une démarche assez compliquée, qui nous a fait peur au départ. Nous avons reçu la réponse dernièrement, une réponse positive. Ces subventions nous seront très utiles pour le développement de nos trois objectifs, surtout la concrétisation d’un espace culturel étudiant permanent qui nous permettra de mettre en place des fondements solides à  notre association. Nous sommes d’ailleurs en pleine démarche pour une demande de local à  la ville de Neuchâtel.

Un espace culturel étudiant manque à  cette ville; un lieu où se poser et bien manger à  des prix abordables.  Nous pensons qu’il y a un besoin de la part des étudiants de s’émanciper. Je pense notamment au covoiturage qui essaie de se développer à  l’Université mais qui n’y parvient pas. On voit que les étudiants ont besoin d’un lieu concret, matériel qui permettrait de favoriser les actions, la prise de conscience et la responsabilité individuelle et collective en valorisant la récupération de nourriture, des principes essentiels pour AED.