Culture | 16.04.2013

Visions de Palestine

Texte de Tamina Wicky
Le 14 avril, le Festival International du Film Oriental de Genève proposait une série de ses "Orient-Express" (cours métrages) consacrés à  la Palestine.
Dans "Eid", la caméra du Saaheb Collective suit, dans un village de Cisjordanie, le parcours d'un artiste un peu particulier. En proposant dans son court métrage "Nation Estate" une vision futuriste et décalée de son pays, Larissa Sansour espère provoquer la réflexion sur la Palestine d'aujourd'hui. Photos: DR

Eid, le premier court métrage présenté, s’ouvre sur un état des lieux de la situation du petit village de Umm Al Khair, en Cisjordanie, entouré d’une colonie israélienne et confronté aux démolitions et aux expulsions. Cependant, loin de s’attarder sur le décor de ruines et de désolation, la caméra s’arrête sur la silhouette de Eid, un habitant du village qui passe une bonne partie de son temps à  fouiller les gravas pour dénicher le plastique et le métal nécessaires à  ses créations. Eid est un artiste d’un genre un peu particulier: ayant grandi au milieu de ces matériaux, il les considère comme un don du Ciel destinés à  être transformés en modèles réduits de véhicules. Le documentaire suit donc la création d’un tracteur miniature similaire à  celui qui a détruit la maison de Eid lors d’une extension récente de la colonie israélienne.

 

Plaidoyer pacifiste

Ce court film se révèle donc un plaidoyer pacifiste: «un véhicule peut détruire ou construire», déclare Eid dans le film. Il fait ainsi écho, comme l’a remarqué Tobias Schnaebli du Collectif Urgence Palestine à  la fin de la projection, à  la prophétie d’Isaïe dans l’Ancien Testament: «De leurs glaives ils forgeront des hoyaux et de leurs lances des serpes: une nation ne tirera plus l’épée contre une autre et l’on n’apprendra plus la guerre».

 

Eid est un documentaire proposé par le Saaheb Collective. Ce collectif s’est constitué en 2011 autour d’un groupe d’amis de la région d’Hébron, en Cisjordanie. Leur but est de créer un changement social par le biais de l’art. «Notre projet est basé sur les notions d’amitié et de créativité», écrivaient les membre du collectif sur le site culturel Ibraaz en novembre 2012.

 

Un Etat à  la verticale

Le deuxième court-métrage tranche fortement avec le premier documentaire. Nation Estate de Larissa Sansour est un film de science-fiction imaginant la Palestine du futur. Cette dernière est réunie en un seul et immense gratte-ciel: Jérusalem se trouve au troisième étage, tandis que Bethléem est au cinquième.

 

La caméra accompagne une jeune femme qui déambule dans des couloirs froids et aseptisés, semblables à  ceux d’un aéroport. Pendant son trajet, la femme (jouée par la réalisatrice elle-même) déambule à  travers plusieurs monuments ou lieux symboliques, comme si elle visitait un musée. A l’image de l’Esplanade des Mosquées que l’on aperçoit dans un immense hall lors d’un arrêt d’ascenseur.

 

Un univers parallèle qui interroge

La Palestine est aussi évoquée au travers des détails de l’appartement de la jeune fille, tels la vaisselle aux motifs «keffieh», le plat de tabouleh ou l’olivier qui décore le salon. «Un Etat palestinien séparé est aujourd’hui difficile à  imaginer, c’est l’impasse totale, et les gens dans le monde perdent l’intérêt. Alors j’ai imaginé un univers parallèle, qui permet de s’interroger et de repenser à  notre univers actuel», expliquait Larissa Sansour dans une interview à  Rue89 en septembre dernier.

 

Ce court documentaire est en compétition pour la remise du FIFOG d’or dans la catégorie «Courts métrages». Ce n’est pas la première fois que Larissa Sansour participe à  une compétition avec son projet Nation Estate. Une série de photographies en lien avec le film avait été présentée lors du prix Lacoste-Elysée 2011 décerné par le musée de l’Elysée à  Lausanne; son travail avait alors été jugé trop pro-palestinien et hors sujet par Lacoste, le principal sponsor du concours. La compagnie avait même décidé d’exclure l’artiste de la compétition.