Culture | 15.04.2013

Rencontre avec l’électricité

Texte de Romane Pascal
Le Festival International du Film Oriental de Genève nous offre pour sa 8ème édition un vaste de choix de films originaux et percutants, dont le documentaire «Le thé ou l'électricité» réalisé par Jérôme le Maire en 2012.
Le documentaire "Le thé ou l'électricité" de Jérôme Le Maire prend pour décor un village isolé du Maroc, dans lequel le courant électrique se fait encore rare. A travers le reflet d'un village qui semble figé dans le temps, le réalisateur nous invite à  nous interroger sur notre propre modernité. Photos: theouelectricite.be

A travers Le thé ou l’électricité, son dernier documentaire, c’est un regard nouveau que Jérôme Le Maire veut nous faire poser sur l’électricité. Cette énergie si banale pour nous, nous la découvrons autrement là  où elle est si rare, dans un village du Maroc perché à  plus de 2000 mètres d’altitude. Restés dans un mode de vie passé, ses habitants n’ont pas l’eau courante, n’ont pas de routes praticables pour sortir hors du village, et n’ont pas d’école. Ils vivent dans la pauvreté et dans l’isolement.

 

Des images qui parlent

L’objectif de la caméra offre le reflet d’un village qui semble avoir été figé dans le temps. Lors une interview donnée en janvier 2012 au site internet iletaitunefoislecinema.com, Jérôme Le Maire explique: «Ce que je voulais filmer en suivant l’électrification de ce petit village, c’est précisément la «rencontre» (la collision?) entre deux univers». Une maison en terre, sans meubles, avec, trônant au plafond, une ampoule. Des villageois, assis par terre, avec un air ébahi, la bouche ouverte, en train de regarder une publicité pour un supermarché, ou la diffusion d’un jeu télévisé. Voici les images que nous garderons.

 

Un questionnement sur la modernité

C’est par son don de faire prendre tant de sens à  une image que Jérôme Le Maire transforme la construction d’une route en un symbole des conditions de vie difficiles, et l’arrivée de l’installation électrique en un questionnement sur la modernité. Comment, aujourd’hui, en 2013, peut-on encore vivre dans de telles conditions? Beaucoup de villageois mettent en cause le gouvernement pour expliquer leurs difficultés. Pourquoi Ifri, l’un des villageois, déploie-t-il tant de moyens pour obtenir l’électricité? Peut être que l’envie de modernité, du confort d’une vie moderne, devient une préoccupation centrale quand elle se trouve à  portée de main.

 

A travers ce village qui nous semble si éloigné du monde dans lequel nous vivons, Jérôme le Maire veut nous faire réfléchir sur notre réalité. Au moment où les villageois reçoivent l’électricité, une ressemblance se dessine entre eux et nous, Européens, vivant pour la plupart dans un monde que l’on peut appeler «moderne». Après tout, quand le film se termine, et que l’écran s’éteint, comment pouvons-nous savoir si nous n’avions pas, nous aussi, l’air ébahi et la bouche ouverte devant notre écran?

 

A la réalisation

Jérôme Le Maire avait déjà  fait parler de lui en 2006 avec Où est l’amour dans la palmeraie? Ce long métrage, qui traite de la place de l’amour au sein de l’islam, avait fait grande impression au festival Visions du Réel à  Nyon ainsi que dans une vingtaine d’autres festivals partout en Europe. Plus récemment, en 2011, le réalisateur belge avait joué la carte de l’humour dans Le Grand’Tour qui raconte l’aventure de quarantenaires qui décident, un soir, de partir faire la fête, mais qui ne reviennent que six mois plus tard. Ce long métrage a également reçu de nombreuses récompenses, dont l’Amphore d’Or au Festival du Film Grolandais à  Toulouse en 2012. Il sera sur les écrans des cinémas français en 2013.

 

Déjà  récompensé dans plusieurs festivals européens, le documentaire Le thé ou l’électricité a reçu récemment le Magritte 2013 qui récompense le meilleur documentaire. Il est donc logiquement l’un des favoris pour remporter le FIFOG d’or dans la catégorie «Documentaires» cette année.