Culture | 29.04.2013

Rédemption?

Le 21 avril, les cinémas du Grütli projetaient Le Repenti de l'Algérien Merzak Allouache dans le cadre du FIFOG, à  Genève. Une fiction dramatique tournée en 2012 qui tient en haleine la salle jusqu'à  la dernière minute.
"Le Repenti" de Merzak Allouache s'était illustré à  la Quinzaine des réalisateurs 2012 à  Cannes, avant d'être présenté au FIFOG cette année.
Photo: Sophie Dulac Distribution

Un jeune homme coiffé d’un turban court dans les montagnes enneigées de l’Algérie. Il tombe, regarde derrière lui comme si on le poursuivait puis reprend sa course pour arriver à  son village, où il retrouve ses parents. Ce jeune homme, c’est Rachid, un ex-djihadiste. Dans les années 2000, le gouvernement algérien a promulgué la «loi de la Concorde civile»: ce texte, qui vise à  amnistier les anciens terroristes, a permis à  Rachid de se réintégrer dans la société.

 

Une vie impossible

Rachid rentre donc chez lui et commence à  travailler dans un café afin de refaire sa vie. Mais si le gouvernement l’a bien pardonné, ses anciens crimes ne sont pas effacés. A la recherche d’un nouvel équilibre, Rachid passe un sombre marché avec un pharmacien de son village. Il propose d’emmener le commerçant et son épouse sur la tombe de leur fille, assassinée par les anciens «frères» de Rachid. En échange, le pharmacien doit verser une somme d’argent considérable à  l’ex-combattant.

Les trois compagnons de fortune entament alors une longue traversée du désert et roulent presque sans échanger un mot, dans une ambiance extrêmement tendue. Seuls les reproches du pharmacien, ou les accusations lancées par sa femme, fendent l’air sec. Rachid essaie tant bien que mal de se défendre. Arrivés à  destination, on ne peut imaginer une fin heureuse pour les trois protagonistes…

 

Troublant

Ce film interroge et ne laisse pas indifférent: que valent finalement ces lois de clémence, édictées en contradiction avec le principe selon lequel tout homme ayant commis une faute doit être jugé? Répondent-elles d’une tentative désespérée d’un gouvernement pour tendre vers la réconciliation nationale? Autant de questions que le film laisse en suspens.

Mais on est aussi questionné sur un fait bien plus intime: comment vivre aux côtés de gens que l’on a déchirés ? Bien que pardonnés par la loi, il semble que les ex-combattants à  l’image de Rachid ne seront jamais pardonnés par la société. La vengeance, la haine, le mépris se manifestent alors vis-à -vis des ex-bourreaux, et la loi du Talion l’emporte malheureusement le plus souvent.

Mais malgré tous les crimes que Rachid a probablement commis, on développe une compassion presque gênante pour ce personnage ambigu. Il reste malgré tout un être humain amoureux et qui sait rire, loin de l’image sombre que l’on pourrait se faire des terroristes. Il devient difficile de condamner moralement Rachid sans autre: que sait-on des pressions qu’il a peut-être subies, comment juger de la justesse de sa cause?

 

Le Repenti primé

Le Repenti n’est pas le premier long-métrage du réalisateur Merzak Allouache. Ce dernier avait déjà  atteint une renommée internationale avec Omar Gatlato, comédie sélectionnée au Festival de Cannes de 1977. Cette oeuvre, son premier long-métrage, ne décrit pas les méfaits de la colonisation ou les guerres mais simplement le quotidien d’Algériens. Le Repenti a été projeté en 2012 à  la Quinzaine des réalisateurs, en marge du Festival de Cannes, où il a reçu le prix Label Europa Cinemas.