23.04.2013

Rajeunie, la lecture!

Texte de Nina Borcard | Photos de Tink.ch
Le 23 avril, une date consacrée à  la lecture. A l'occasion de la Journée mondiale du livre, les bibliothèques et l'Université de Neuchâtel se lancent dans des animations et expositions en lien avec la lecture. Mais la jeunesse actuelle sait-elle toujours lire?
"Qu'entendons-nous par "lire"?", s'interroge Geraldine Voirol, responsable Lecture Publique de la Bibliothèque Publique et Universitaire de Neuchâtel.
Photo: Tink.ch

Une occasion de reprendre le vieux bouquin étiqueté «en cours» qui traîne sur notre table de nuit, de se promener dans notre bibliothèque fétiche ou encore de s’essayer au BookCrossing, la journée mondiale du livre est pleine d’opportunités.  Mais elle est aussi l’occasion de se pencher sur le rapport des jeunes à  la lecture: qu’est-ce que lire? Les jeunes aiment-ils toujours lire? Et qu’en est-il de cette nouvelle technologie qu’est le e-book? Eclairage avec Géraldine Voirol, responsable de la section Lecture publique à  la Bibliothèque Publique et Universitaire (BPU) de Neuchâtel.

Lire oui, mais lire quoi?

«Oui, certains lisent, d’autres pas», affirme Géraldine Voirol. Tout en soulignant: «Tout dépend de leur rapport à  la lecture dès leur plus jeune âge, et des pratiques familiales dont ils ont hérité.» Lorsque les enfants entrent dans l’adolescence, la lecture devient obligatoire, et pour beaucoup c’est à  ce stade que le plaisir se perd. «Un loisir souvent redécouvert à  l’âge adulte», confie la responsable. En se référant aux nombreux concours et débats mis en place et impliquant les jeunes, elle ajoute qu’ «il est plus facile de donner aux jeunes l’envie de lire lorsqu’ils sont impliqués comme des personnes dont l’avis compte.»

Un aspect important doit alors être souligné: Qu’entendons-nous par «lire»?  Les jeunes sont souvent attirés, explique-t-elle, par les romans pour la jeunesse dont la production est devenue très importante depuis quelques années, ainsi que les romans de science-fiction. Sans oublier les différents livres, documents et pages web qu’ils lisent dans le cadre de leurs études. Les BD sont aussi très appréciées mais sont seulement depuis peu considérées comme de la lecture.

Une notion en perpétuel changement

Depuis quelques années, la notion de lecture s’est élargie. La société dans laquelle la jeunesse est ancrée aujourd’hui lui offre beaucoup plus d’opportunités qu’il y a 20 ans par le biais notamment d’Internet. Géraldine Voirol précise: «Il y a de nos jours, plusieurs façons de lire.» Elle relève qu’au sein de l’apparente baisse de lecture des jeunes depuis quelques années, ne sont certainement pas pris en compte les nouveaux supports de lecture. Elle s’interroge: «Sommes-nous nous-mêmes conscients que lorsque nous lisons une page web, il s’agit aussi de lecture?» Dans une société où la technologie est reine, donner une définition de la lecture indépendamment de ces nouveaux outils devient alors insensée, et souvent controversée: «Peut-on parler de lecture, lorsqu’il s’agit de lire un blog ou des billets Facebook par exemple?» Si l’on prend en considération l’offre d’internet, donner une définition de la lecture devient alors une tâche un tantinet plus difficile.

Au-delà  des controverses, l’issue du numérique

Selon Géraldine Voirol, l’e-book est un nouveau media incontournable. «Il faudra en tenir compte à  l’avenir, aussi bien dans l’offre commerciale qu’en bibliothèque», prédit-elle. Dans les pays anglophones, la lecture en numérique est déjà  très développée. En Suisse, le prêt de livres numériques dans les bibliothèques s’est mis en route, en Valais et à  Genève notamment. «Les jeunes pratiquent les nouvelles technologies en y trouvant un vrai intérêt», poursuit t-elle. Mais «s’ils n’en ont pas pour la littérature, les livres numériques seuls ne leur donneront pas davantage le goût de la lecture».

Toutefois, comme Géraldine Voirol l’indique, les e-books permettent d’aiguiser la curiosité, et ainsi l’enthousiasme. Elle affirme d’ailleurs que les bibliothèques pouvant fournir une offre multimédia, telle qu’un espace dédié à  la pratique des nouvelles technologies voient leur fréquentation par les adolescents augmenter. Dès lors, il est difficile d’affirmer une croissance, ou décroissance de l’intérêt des jeunes pour la lecture ces dernières années. «Même les sociologues sont en désaccord»,  conclut-elle.

Une lecture qui a, pour chacun, une définition différente; d’un côté, les conservateurs, amoureux de littérature et du bon vieux bouquin poussiéreux et de l’autre, les novateurs, une nouvelle génération, celle de la technologie, du numérique. Une lecture modernisée, jeune.