Culture | 23.04.2013

Quand les certitudes s’effondrent

Le 21 avril, le Cinéversoix projetait dans le cadre du FIFOG "Inch'Allah" de la réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette. Un film émouvant et percutant qui remet en cause nos convictions les plus profondes.
Dans "Inch'Allah", Evelyne Brochu campe une infirmière québécoise impliquée un peu malgré elle dans le conflit israélo-palestinien. Anaïs Barbeau-Lavalette propose une vision fine non pas du conflit en lui-même, mais des conséquences qu'il peut avoir sur nos certitudes et notre morale. Photos: Happiness Distribution

Chloé est une infirmière québécoise qui travaille dans une clinique de Ramallah en Palestine. Dans le cadre de son travail, elle rencontre Rand, une Palestinienne enceinte avec qui elle se lie d’amitié. Chloé est également amie avec Ava, une jeune israélite accomplissant son service militaire dans un checkpoint.

 

Peu à  peu, Chloé tente de s’engager dans le conflit en faveur des Palestiniens. Elle colle des affiches révolutionnaires et participe aux manifestations, afin d’essayer de donner un sens à  ce conflit. Ses illusions et ses idées s’écrouleront dans cette guerre qui ne lui appartient pas.

 

Une jeune fille comme les autres

Anaïs Barbeau-Lavalette donne avec Inch’Allah un point de vue très humain sur le conflit israélo-palestinien. Pas de scènes d’actions spectaculaires ou de longs discours politiques: la réalisation est clairement axée sur le triangle d’amitié entre Chloé, Rand et Ava. C’est cet aspect familier qui donne au film une violence parfois insoutenable. La plupart des scènes sont tournées caméra à  l’épaule afin de faire ressentir l’urgence qui règne dans cette région. On passe du léger au grave, de l’important à  l’insignifiant, du tragique au comique sans suivi d’un parcours narratif classique.

 

C’est cependant grâce à  ce procédé que l’on s’identifie au personnage de Chloé et que l’on bascule avec elle dans le conflit. Son histoire pourrait être celle de n’importe quel occidental habitant cette région. Au début, nous percevons un caractère déterminé et une capacité d’adaptation et d’intégration qui semble sans faille. Malheureusement, le fait d’avoir voulu trop s’investir dans les deux parties réduira en cendres les relations fragiles de Chloé. Son histoire touche car elle arrive à  faire ressentir la nature même du conflit. Malgré lui, le spectateur se sent soudain plus proche de cette lutte.

 

Réalisme étonnant

Les dialogues sont réduits au strict minimum et la bande-son est inexistante. Les chants des muezzins et les bruits de la rue donnent vie à  cette succession de tableaux réalistes. Cependant, une partie seulement (environ 20%) du film a été tourné en Palestine et en Israël pour des questions de sécurité. Le réalisme du résultat est pourtant assez surprenant.

 

Côté acteurs, on découvre la jeune Evelyne Brochu qui campe le rôle de Chloé de manière poignante et touchante. On ressent à  travers son jeu, ses émotions les plus profondes. Plus connue, Sabrina Ouazani interprète le rôle de Rand. Elle donne vie à  ce personnage mi-femme mi-enfant de manière étonnante. Les enfants du film sont, quant à  eux, joués par des Palestiniens non-professionnels, accroîssant encore le réalisme et l’authenticité de la réalisation.

 

Une histoire personnelle

A la genèse du film, un documentaire tourné en Palestine par la réalisatrice. Anaïs Barbeau-Lavalette tombe amoureuse de cette région et décide d’y retourner régulièrement. Durant ces voyages, elle lie de nombreuses amitiés, parle avec beaucoup de monde, assiste à  plusieurs événements tragiques qui la marqueront beaucoup. Elle décide alors d’utiliser cette expérience afin de réaliser Inch’Allah qui n’est, selon elle, pas un film sur le conflit en lui-même mais plutôt sur les conséquences qu’une guerre peut avoir sur les certitudes et la morale de l’être humain.

 

 


Info

« Inch’Allah » est sorti en Suisse le 3 avril 2013. On peut le voir actuellement à  Genève dans la salle de cinéma indépendante Les Scalas.