16.04.2013

« On a une seule foi »

Texte de Raphael Fleury | Photos de Raphael Fleury
Le philosophe suisse Alexandre Jollien était présent tout le week-end à  la manifestation. Il a accepté de répondre aux questions de Tink.ch.
Le philosophe et écrivain romand Alexandre Jollien était présent au Forum Fribourg pour écouter les enseignements du Dalaï-Lama. L'auteur est un adepte de la pratique zen.
Photo: Raphael Fleury

Vous êtes un philosophe suisse, croyant, vous avez écrit plusieurs livres et vous collaborez avec le magazine Le Monde des religions. Que pensez-vous du bouddhisme?

Alexandre Jollien: Je suis profondément chrétien, et la rencontre du bouddhisme m’aide à  replonger dans les racines de ma propre religion. Pour moi, le bouddhisme est avant tout une pratique spirituelle d’une richesse inouïe qui aide entre autres à  l’établissement de la paix intérieure et de la connaissance de l’esprit.

 

Est-ce que le bouddhisme vous aide au quotidien ? Vous aide-t-il à  faire face à  votre handicap ?

Absolument. Et je suis content que le Dalaï-Lama ne fasse aucun prosélytisme, et qu’il invite chacun à  pratiquer sa propre religion. Ce qui est à  relever, c’est qu’il existe des valeurs communes, comme la paix intérieure ou l’altruisme, qui aident à  vivre la singularité et la fragilité dans notre société matérialiste, dans laquelle nous pouvons vite nous sentir délaissé.

 

Est-ce que vous pratiquez la méditation ou appliquez des principes bouddhistes dans votre vie?

Tout à  fait, je pratique la méditation zen, qui m’aide à  goûter le silence, et je suis sur le point de partir en Corée du sud pour approfondir cette voie spirituelle. Par ailleurs, l’un des fondements de l’éthique bouddhique, «ne pas nuire», qui paraît simple à  première vue, se révèle être d’une profondeur radicale. Elle me touche beaucoup.

 

Que pensez-vous du Dalaï-Lama?

Le Dalaï-Lama est avant tout un homme de paix, qui ne fait pas de prosélytisme. Il véhicule un message qui est applicable qu’on soit bouddhiste ou non, chrétien ou musulman. Se rapprocher de l’autre, faire moins grand cas de soi, et s’ouvrir à  la vie, sans vouloir lutter contre un adversaire quelconque, voilà  ce que je retiens en particulier. Je suis très sensible à  la manière d’être du Dalaï-Lama, il est à  l’écoute, il paraît être totalement dans l’instant présent. En ce sens, pour une société qui a forcément besoin de repères, ce ne peut être que positif de mettre en lumière un individu si admirable de bonté.

 

Vous êtes chrétien, mais vous pensez qu’il est tout à  fait possible, en tant que tel, de s’ouvrir à  d’autres voies, comme par exemple celle du bouddhisme…

Absolument, sans cependant tout mélanger. Je suis d’accord avec ce que le Dalaï-Lama a dit samedi. on n’a qu’une seule foi – pour le bouddhiste, c’est de croire à  la vérité du chemin inauguré par le bouddha, pour le chrétien, c’est la foi en Jésus-Christ –, mais le dialogue, le respect et l’échange entre religions est possible et même important. Le bouddhisme offre une science de l’esprit, une pratique spirituelle et un art de vivre qui sont de précieux cadeaux pour l’humanité tout entière.

 

Qu’envisagez-vous pour la suite ? Avez-vous des projets en cours, tels que l’écriture d’un nouveau livre?

Tout d’abord, comme je le disais, je vais partir une année en Corée du sud en famille, à  Séoul, pour pratiquer la méditation zen, et j’en tirerai probablement un livre, sous forme de journal de voyage. A mon retour, il est prévu que je tourne avec Bernard Campan, l’un des trois inconnus.

 

Info


Alexandre Jollien est un écrivain et philosophe suisse. Il a écrit plusieurs livres, dont le premier « Eloge de la faiblesse » s’est vendu à  110’000 exemplaires. Malgré son handicap qui lui complique parfois la vie – il est atteint d’athétose à  cause d’un étranglement avec le cordon ombilical à  la naissance – Alexandre Jollien trouve la force d’écrire sur ses expériences de vie qui touchent profondément ses lecteurs. Il possède aussi de nombreux détracteurs, et malgré son succès, les moqueries concernant son handicap sont présentes.