Culture | 30.04.2013

Mise en garde subtile

«Légendes de la forêt viennoise» de Ödön von Horváth se joue actuellement au Théâtre du Grütli à  Genève. La mise en scène signée Frédéric Polier, directeur du Grütli, donne vie à  ce texte à  la fois beau, tragique et inquiétant.
"Légendes de la forêt viennoise" de Ödön von Horváth se joue jusqu'au 12 mai au Théâtre du Grütli à  Genève. Frédéric Polier, directeur du Théâtre, a su trouver le ton juste pour mettre en scène cette pièce exigeante. Photos: Isabelle Meister

Vienne, dans l’entre-deux guerres. Marianne, fille du Roi de la magie, est promise à  Oscar, le boucher d’à  côté. Mais durant ses fiançailles, Marianne rencontre Alfred, jeune homme séduisant mais esclave d’une sournoise dépendance aux jeux d’argent. Les deux protagonistes tombent immédiatement amoureux et fuient leur monde bourgeois et guindé pour s’installer dans un petit appartement. Marianne fait naître un bel enfant qui sera placé chez la mère d’Alfred pour des raisons de santé.

 

Malheureusement, la réalité financière du monde rattrape vite le couple et le conduit à  la séparation. Marianne, pour arrondir ses fins de mois est alors obligée de danser dans un bar de seconde zone. Un soir, essayant de détrousser un client, elle finit en prison. A sa sortie, elle découvre que son enfant a succombé à  ses complications. Suite à  cet évènement tragique, Oscar se propose à  nouveau d’épouser Marianne.

 

Vienne un jour, Vienne toujours

Sous ses airs de simple mélodrame amoureux, le texte d’Horvárth est beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. Marianne, en refusant de se marier à  Oscar, se révolte contre l’ordre moral absolu et devient ainsi une résistante malgré elle. Mais son opposition au monde bourgeois va être détruite à  la fin de la pièce par la mort de son enfant et la nouvelle demande en mariage d’Oscar. Elle finit par se soumettre et tue tout espoir de changement.

 

Légendes de la forêt viennoise n’a pourtant rien d’une pièce pessimiste. Elle doit plutôt être lue comme une mise en garde contre l’ordre moral et plus implicitement contre le nazisme grandissant. Car derrière ses airs de carte postale, l’Autriche se lézarde, craque, se détruit peu à  peu. Les personnages ne désirent pas forcément l’avancée nazie, ils veulent juste conserver leur mode de vie actuel sans prendre en compte que le monde est en train de changer. Ils seront pour cette raison particulièrement perméables à  la propagande nazie.

 

Un ton juste!

La scénographie restitue bien cette atmosphère de dégradation. Sur scène, seules les façades de la boucherie, du magasin de jouet ou encore du kiosque sont présentes. Une fosse à  l’arrière-scène figure le Danube. Le côté simple et artisanal de ce décor rend la pièce touchante et poétique. Il suffit de quelques éléments pour faire apparaître un bar, une prairie au bord du Danube ou encore une maison de campagne. Et ça marche! Malgré sa longueur (3 heures), on ne sent pas le temps passer. Les scènes s’enchaînent avec un rythme soutenu, portées par des comédiens talentueux. Frédéric Polier a su trouver le ton juste pour cette pièce qu’on pourrait qualifier d’exigeante. On se laisse porter par ce mélodrame intelligent et on ressort du Grütli à  la fois amusé, et intrigué par cette pièce subtile.

 

 


Info

Légendes de la forêt viennoise est joué du 23 avril au 12 mai au Théâtre du Grütli.